Mgr Henri Salina, évêque, Abbé de St-Maurice
APIC – Portrait
Une louange de la sérénité
Gabriele Brodrecht, Agence APIC
St-Maurice, 5août(APIC) «La joie de l’espérance» – telle est sa devise.
Lorsqu’on rencontre Mgr Henri Salina, évêque, Abbé de St-Maurice, on
s’aperçoit tout de suite que cette maxime est véritablement son idéal de
vie. On sent sa sérénité et sa confiance envers et contre tout. Son rire
est contagieux et lorsqu’il se met à raconter, ses mains accompagnent les
paroles… Une certaine «italianité» qui ne peut échapper à l’interlocteur.
Effectivement, les ancêtres de l’évêque Salina, qui se sont installés en
Suisse au siècle passé, venaient de l’Italie du Nord. «Nous étions une
grande famille», se rappelle-t-il en évoquant son enfance à Morges, au bord
du Lac Léman. C’est là, dans le canton de Vaud, où il est né en 1926, qu’il
garde ses racines. Il ne fut pas particulièrement un bon élève, avoue-t-il;
il a même une fois raté un examen. C’est certain: il ne pensait pas devenir
un jour Abbé de St-Maurice…
En 1970, c’est pourtant chose faite et en janvier 1992, le pape l’ordonne évêque, selon une antique tradition. De grande tradition, la belle Abbaye de St-Maurice, dans son cadre pittoresque, au pied des rochers escarpés du Valais, n’en manque pas: elle est érigée sur le lieu même du martyr
des soldats de la légion thébaine; la liturgie y est célébrée depuis plus
de 1’600 ans sans interruption – quelque chose d’unique dans toute l’Europe !
Le pays était si plat…
Déjà à l’époque où il est chef scout, Henri Salina découvre le sens du
service des autres et pense alors entrer dans un ordre religieux. Mais la
préparation à la vie dans un couvent de Carmes aurait dû se faire à Lille,
au Nord de la France. Et là, le pays était si plat… «Il n’y a pas plus
plat, et pas de lac, pas de montagnes!» Dans une première réaction, Henri
tourne alors le dos à sa vocation; il travaille dans l’entreprise familiale
à Morges, fait de la voile sur le Léman, fréquente les fêtes des vendanges
et part skier l’hiver avec des amis – «la belle vie!»
Six ans durant. Mais l’appel revient avec force. Henri entre alors au
noviciat à St-Maurice, étudie la théologie et est ordonné prêtre. Saint
Paul, Thomas d’Aquin, François d’Assise, la théologie des Eglises d’Orient
et les saints du Carmel sont d’ailleurs ses auteurs de prédilection. Pendant quelques années, Henri Salina qui est élu procureur de l’abbaye en
1964, est enseignant et préfet au collège. Ses élèves l’apprécient et surnomment «Shériff» celui qui avait dévoré déjà comme garçon les histoires de
Karl May…
Un évêque qui apprécie Lucky Luke
Encore aujourd’hui, une réponse peu commune pour un évêque fuse – vraiment comme un coup de pistolet – à la question de connaître ses lectures
préférées… à part la théologie, bien entendu: «Les bandes dessinées, Lukky Luke par exemple!» Ce n’est pas la seule surprise que réserve cet Abbé
qui porte le long habit noir des chanoines et une simple croix de bois exotique autour du cou, mais qui possède un «walkman» jaune vif et se passionne pour le vieux jazz. Et pour les livres d’astronomie: «J’aime me promener
dans le cosmos», explique en riant Mgr Salina. Il raconte avec des yeux pétillants les merveilles des étoiles. Il garde cependant les deux pieds sur
terre et sait très bien que la misère et la guerre n’épargnent pas la planète terre.
L’urgence de retrouver la paix au sein de l’Eglise en Suisse
Il a visité l’Afrique et l’Amérique latine; six fois il s’est rendu en
Inde. «Quand on voit les problèmes là-bas, on corrige quelques proportions»
– cela vaut aussi pour les tensions actuelles au sein de l’Eglise en Suisse. «Il est urgent de retrouver la paix entre nous – et cela exige une conversion intérieure des deux côtés!» Pour l’évêque, l’Eglise n’est pas simplement une partie de la société: «Il y a là également une initiative de
Dieu, une mission!» Certains ne comprennent pas que dans l’Eglise tout ne
peut pas se décider comme au niveau d’un canton, par exemple. C’est là,
estime Mgr Salina, que réside la source du conflit actuel.
«Les évêques et les prêtres doivent être proches du peuple et à son
écoute – sans que ce soit pour tout autant la base qui décide!» Et Mgr Salina, sifflotant doucement, de chercher au fond du salon accueillant la Règle des Augustins qui régit la vie de la communauté des chanoines réguliers
de St-Maurice – cette communauté qui représente un si grand soutien pour
son Abbé. Finalement il trouve le petit livre rouge au milieu des piles de
livres et les nombreuses peintures. «Au fond, je devrais ouvrir une galerie
d’art» – et l’abbé pointe le doigt sur le passage où il est question de la
charge des Abbés ou des évêques, qui ne doivent pas trouver leur joie dans
l’exercice du pouvoir, mais dans le service de la miséricorde et qui doivent davantage tenir à être aimés que craints. C’est d’ailleurs dans cet
esprit que Mgr Salina a été élu à mi-juillet pour six ans Abbé-primat de la
Confédération des chanoines réguliers de Saint Augustin.
Le plus important de tout
«Je ne suis pas naïf, mais je tiens pour absolument sûr ce que le Seigneur a promis – ’Ne craignez pas, car j’ai vaincu le monde’.» Pour Mgr Salina, la grâce est avec certitude beaucoup plus puissante que tout désespoir. Naturellement il faut faire ce que l’on peut – mais «tout repose dans
la main de Dieu»! Apporter le témoignage aux hommes que Dieu les aime tous
et chacun personnellement est pour l’évêque le plus important de tout,
c’est en somme le sens de sa vie.
Il ne faut pas s’étonner si l’Abbé Salina saute de l’amour de Dieu pour
toutes ses créatures à son plat préféré: «Une véritable choucroute – même
si cela n’est pas bon pour moi!» En effet, la choucroute elle aussi est une
part de la création… Pendant ses vacances, l’évêque – qui peut aussi se
contenter de pommes de terres en robe des champs et de fromage – aime bien
quelques fois cuisiner lui-même. Des pigeons farcis par exemple, qu’il
estime, certainement en minimisant ses talents, réussir «assez bien». Encore une chose qu’il dit de lui-même: la dignité épiscopale ne l’empêche pas
du tout de se faire quelques grimaces tous les matins devant son miroir
quand il se rase. «Et j’en profite aussi pour m’adresser à moi-même quelques mots de reconnaissance. Je suis ainsi certain d’en entendre dans la
journée», plaisante l’Abbé. Un homme tout à fait sérieux, mais qui sait
tout de même rire de lui-même.
C’est avec sérénité aussi qu’il aborde la pensée de la mort. Finalement
à travers ce passage, on arrive à la vision de Dieu, «et rien n’est mieux
que cela!» Avant une opération, sa dernière pensée a été pour un psaume
préféré, un chant de louange à Dieu (Ps 138), – «j’aurais certainement été
heureux d’arriver à l’autre côté avec ces mots, si cela avait dû se
passer…», lance Mgr Salina qui sait aussi que parfois on ne peut que
pleurer avec ceux qui pleurent.
Lui sans doute rit davantage – somme toute, il a de la chance: «Je ne me
laisse pas facilement décontenancer, et je vis l’instant présent. Je ne
pense ni à hier, ni à demain. Lorsque que je pars en vacances, déjà après
une demi-heure, j’ai le sentiment que six mois sont passés!». Il pense
aussi avoir un petit «côté arabe» – «Inch Allah!» Peut-être est-ce pour cela que le pape Jean Paul II, lors de sa nomination comme évêque, lui a
attribué le siège titulaire de Mont de Mauritanie? (apic/gbr/f/mp/gbr)
Ce portrait est le premier d’une série qui présentera au cours des mois
prochains tous les membres de la Conférence des évêques suisses.




