Fribourg: Mgr Jacques Richoz, vicaire général du diocèse, quitte l’évêché après 26 ans
APIC portrait
Son avenir: «Prêt à tout, mais bon à rien!»
Bernard Bovigny, agence APIC
Fribourg, 6 juin 2001 (APIC) Le vicaire général Jacques Richoz, est un personnage incontournable de la vie du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. En place depuis 26 ans, il a «usé deux évêques» (il en est au troisième), et été témoin de tous les changements de la vie de l’Eglise durant la deuxième moitié du 20e siècle. Agé de 72 ans, il quitte sa fonction de bras droit de l’évêque le 1er septembre prochain. Rencontre avec ce serviteur de l’Eglise, qui allie le zèle du fonctionnaire et la générosité sans limite du chrétien engagé.
Que peut-il se passer d’intéressant à l’évêché? Pas grand chose à entendre le vicaire général Jacques Richoz. Et pourtant, durant les deux heures de notre reportage, nous nous sommes trouvés dans le hall d’attente à côté d’un visiteur venu «pour un exorcisme» et avons été interrompus trois fois pendant l’entretien par des téléphones, pourtant filtrés à la réception, pour un renseignement sur une position de l’Eglise, une demande pour une dispense en vue d’un mariage qui a lieu dans trois semaines et une demande de rendez-vous, pour lequel Jacques Richoz peinait à trouver un moment. A trois mois de son départ. A part ça, la vie à l’évêché tient du train-train quotidien, à en croire le vicaire général.
Le personnage qui quitte l’évêché après 26 ans de bons et loyaux services comme bras droit de l’évêque revêt les qualités du «fonctionnaire zélé» et du chrétien qui ouvre sa porte et son cœur aux demandes de toutes sortes. Demandez-lui un document sur une prise de position ou un événement de l’Eglise, il le trouvera dans la minute qui suit, dans ses dossiers minutieusement classés, et vous le fera parvenir le jour même. Demandez-lui un exorcisme, il répondra avec le même sérieux et avec la conscience professionnelle du serviteur de l’Eglise. «Mais pas pour faire sortir le démon, plutôt pour un accompagnement spirituel», tient-il à préciser.
Son avenir, dès septembre? «Je suis prêt à tout, mais bon à rien», affirme-t-il avec l’air de celui qui y croit tout de même à moitié. Il gardera certaines activités annexes qui ne sont pas liées à sa fonction actuelle, comme les pèlerinages à Lourdes et la messe dans deux communautés religieuses de Fribourg. «A part ça, je n’en sais rien».
Etudes en droit canonique et en liturgie
Né à Fribourg en 1929, Jacques Richoz a fréquenté le Collège St-Michel, puis le séminaire (»comme tout le monde») avant d’être ordonné prêtre en 1953. Il devient durant 9 ans vicaire à La Chaux-de-Fonds, où il s’occupe entre autres de la pastorale de langue allemande. Alors qu’il se trouve à l’hôpital pour une fracture de la jambe, il reçoit une lettre de son évêque, Mgr François Charrière, l’envoyant poursuivre ses études à Rome. Elles seront ponctuées d’une licence en droit canonique à l’Institut de la Grégorienne. Il vivra alors sur place, de 1962 à 1964, le Concile Vatican II, la mort de Jean XXIII et l’élection de Paul VI.
Nouvel appel de l’autorité diocésaine. L’évêque lui demande d’étudier la liturgie. «Mais pas à Rome. Ce n’est pas assez ouvert sur le monde», a estimé Jacques Richoz. C’est finalement à l’abbaye bénédictine de Saint-André à Bruges qu’il s’initiera durant une année aux nouvelles formes de liturgie demandées par le concile.
De retour à Fribourg, il enseigne la liturgie et le droit canonique au séminaire diocésain de 1965 jusqu’en 1970, au moment où il a été décidé d’envoyer les futurs prêtres sur les bancs de l’université. Jacques Richoz entreprend alors une «conversion» de 180 degrés en réalisant des émissions religieuses à la Radio Suisse romande durant 5 ans. En parallèèle à ces activités, il donne des cours de religion à l’école secondaire de Jolimont durant 9 ans.
Une multitude d’engagements
C’est en 1975, au retour d’un reportage à Genève, en «Deux-Chevaux» en compagnie de Mgr Mamie, que ce dernier lui demande de devenir son vicaire général. Jacques Richoz accepte et entre en fonction le 1er janvier 1976. Beaucoup affirment qu’il a été chargé par son évêque de renouveler la liturgie dans le diocèse selon l’esprit du concile. «Pas du tout. Ca n’était pas la préoccupation première de Mgr Mamie. Il n’a jamais été un foudre du renouveau liturgique. Durant le concile, il était même contre la messe avec le prêtre tourné vers le peuple», souligne Jacques Richoz.
Ses engagements au niveau de la liturgie, nombreux, se mélangent avec la multiplicité des fonctions qu’il a dû assumer dans le cadre de sa fonction: organisation des célébrations pontificales, commission suisse de liturgie, conseil épiscopal, conseil diocésain pour les affaires économiques, caisse de prévoyance du clrgé, conseil de fondation du séminaire et du Foyer Jean Paul II, commission fribourgeoise d’Art sacré, sans compter les célébrations de confirmation, la correspondance, l’administration du diocèse, l’accueil de nombreuses demandes impromptues, ainsi que de nombreux autres mandats ponctuels. Ainsi que le pèlerinage diocésain de printemps à Lourdes, qu’il organise depuis 1977 et sans doute de nombreuses autres tâches.
Mais au fond, quel est le rôle du vicaire général? «C’est le bras droit, qui fait tout ce que l’évêque ne peut pas ou ne veut pas faire», commente sans hésitation Mgr Richoz. Sa fonction demande une certaine efficacité, «surtout pour les choses les plus simples», précise-t-il.
Séminaire, Foyer «Jean Paul II» et visite du pape
Parmi les grandes réalisations qui ont marqué l’engagement de Jacques Richoz à l’évêché, il convient de relever l’organisation de la venue du pape à Fribourg en 1984, événement pour lequel il a représenté l’évêché au comité de préparation, ainsi que la construction d’un nouveau séminaire diocésain en 1981 et celle du Foyer pour prêtres âgés «Jean Paul II» à Villars-sur-Glâne en 1988. «Et n’oubliez pas que j’ai été administrateur du diocèse durant 9 mois», ajoute-t-il avec un brin de fierté, dans un de ces rares moments où il s’oublie. C’est effectivement lui qui a géré les affaires courantes du diocèse entre le départ de Mgr Amédée Grab à Coire en 1998 et la nomination de Mgr Bernard Genoud en 1999. «Heureusement, cette courte période n’a pas été marquée par de gros événements, si ce n’est la gay-pride qui a envahi les rues de Fribourg. Mais je me suis bien gardé de prendre position. J’ai laissé brailler les gens», affirme-t-il d’un ton mi-amusé.
Quelle évolution a-t-il perçu dans les évêques qu’il a servis? «Autrefois, on n’aurait jamais imaginé l’évêque au bistrot. Et personne n’aurait osé lui demander un rendez-vous. L’approche des gens est devenue beaucoup plus directe». Et lui-même quelle relation a-t-il eue avec ses trois chefs? «Chacun a sa façon de travailler», répond-il d’abord avec aplomb. Et plus précisément? «Mgr Pierre Mamie s’informait toujours du suivi des affaires. C’est un intellectuel qui passait beaucoup de temps à lire, à s’informer et avait le souci de la présence au monde. Mgr Amédée Grab est resté peu longtemps. J’ai quand même remarqué son efficacité dans le traitement des dossiers. Il est doté d’une très bonne mémoire et trouve toujours les bonnes réponses.» Et l’évêque actuel, Mgr Bernard Genoud? «Il est moins systématiquement organisé ! Il n’est pas toujours présent pour les affaires courantes et préfère les rencontres, avec les médias et avec les gens».
Jacques Richoz assure cependant qu’il a eu un bon contact avec chacun des évêques qu’il a «usés». (apic/bb)
Mgr Henri Salina, évêque, Abbé de St-Maurice
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Une louange de la sérénité
Gabriele Brodrecht, Agence APIC
St-Maurice, 5août(APIC) «La joie de l’espérance» – telle est sa devise.
Lorsqu’on rencontre Mgr Henri Salina, évêque, Abbé de St-Maurice, on
s’aperçoit tout de suite que cette maxime est véritablement son idéal de
vie. On sent sa sérénité et sa confiance envers et contre tout. Son rire
est contagieux et lorsqu’il se met à raconter, ses mains accompagnent les
paroles… Une certaine «italianité» qui ne peut échapper à l’interlocteur.
Effectivement, les ancêtres de l’évêque Salina, qui se sont installés en
Suisse au siècle passé, venaient de l’Italie du Nord. «Nous étions une
grande famille», se rappelle-t-il en évoquant son enfance à Morges, au bord
du Lac Léman. C’est là, dans le canton de Vaud, où il est né en 1926, qu’il
garde ses racines. Il ne fut pas particulièrement un bon élève, avoue-t-il;
il a même une fois raté un examen. C’est certain: il ne pensait pas devenir
un jour Abbé de St-Maurice…
En 1970, c’est pourtant chose faite et en janvier 1992, le pape l’ordonne évêque, selon une antique tradition. De grande tradition, la belle Abbaye de St-Maurice, dans son cadre pittoresque, au pied des rochers escarpés du Valais, n’en manque pas: elle est érigée sur le lieu même du martyr
des soldats de la légion thébaine; la liturgie y est célébrée depuis plus
de 1’600 ans sans interruption – quelque chose d’unique dans toute l’Europe !
Le pays était si plat…
Déjà à l’époque où il est chef scout, Henri Salina découvre le sens du
service des autres et pense alors entrer dans un ordre religieux. Mais la
préparation à la vie dans un couvent de Carmes aurait dû se faire à Lille,
au Nord de la France. Et là, le pays était si plat… «Il n’y a pas plus
plat, et pas de lac, pas de montagnes!» Dans une première réaction, Henri
tourne alors le dos à sa vocation; il travaille dans l’entreprise familiale
à Morges, fait de la voile sur le Léman, fréquente les fêtes des vendanges
et part skier l’hiver avec des amis – «la belle vie!»
Six ans durant. Mais l’appel revient avec force. Henri entre alors au
noviciat à St-Maurice, étudie la théologie et est ordonné prêtre. Saint
Paul, Thomas d’Aquin, François d’Assise, la théologie des Eglises d’Orient
et les saints du Carmel sont d’ailleurs ses auteurs de prédilection. Pendant quelques années, Henri Salina qui est élu procureur de l’abbaye en
1964, est enseignant et préfet au collège. Ses élèves l’apprécient et surnomment «Shériff» celui qui avait dévoré déjà comme garçon les histoires de
Karl May…
Un évêque qui apprécie Lucky Luke
Encore aujourd’hui, une réponse peu commune pour un évêque fuse – vraiment comme un coup de pistolet – à la question de connaître ses lectures
préférées… à part la théologie, bien entendu: «Les bandes dessinées, Lukky Luke par exemple!» Ce n’est pas la seule surprise que réserve cet Abbé
qui porte le long habit noir des chanoines et une simple croix de bois exotique autour du cou, mais qui possède un «walkman» jaune vif et se passionne pour le vieux jazz. Et pour les livres d’astronomie: «J’aime me promener
dans le cosmos», explique en riant Mgr Salina. Il raconte avec des yeux pétillants les merveilles des étoiles. Il garde cependant les deux pieds sur
terre et sait très bien que la misère et la guerre n’épargnent pas la planète terre.
L’urgence de retrouver la paix au sein de l’Eglise en Suisse
Il a visité l’Afrique et l’Amérique latine; six fois il s’est rendu en
Inde. «Quand on voit les problèmes là-bas, on corrige quelques proportions»
– cela vaut aussi pour les tensions actuelles au sein de l’Eglise en Suisse. «Il est urgent de retrouver la paix entre nous – et cela exige une conversion intérieure des deux côtés!» Pour l’évêque, l’Eglise n’est pas simplement une partie de la société: «Il y a là également une initiative de
Dieu, une mission!» Certains ne comprennent pas que dans l’Eglise tout ne
peut pas se décider comme au niveau d’un canton, par exemple. C’est là,
estime Mgr Salina, que réside la source du conflit actuel.
«Les évêques et les prêtres doivent être proches du peuple et à son
écoute – sans que ce soit pour tout autant la base qui décide!» Et Mgr Salina, sifflotant doucement, de chercher au fond du salon accueillant la Règle des Augustins qui régit la vie de la communauté des chanoines réguliers
de St-Maurice – cette communauté qui représente un si grand soutien pour
son Abbé. Finalement il trouve le petit livre rouge au milieu des piles de
livres et les nombreuses peintures. «Au fond, je devrais ouvrir une galerie
d’art» – et l’abbé pointe le doigt sur le passage où il est question de la
charge des Abbés ou des évêques, qui ne doivent pas trouver leur joie dans
l’exercice du pouvoir, mais dans le service de la miséricorde et qui doivent davantage tenir à être aimés que craints. C’est d’ailleurs dans cet
esprit que Mgr Salina a été élu à mi-juillet pour six ans Abbé-primat de la
Confédération des chanoines réguliers de Saint Augustin.
Le plus important de tout
«Je ne suis pas naïf, mais je tiens pour absolument sûr ce que le Seigneur a promis – ’Ne craignez pas, car j’ai vaincu le monde’.» Pour Mgr Salina, la grâce est avec certitude beaucoup plus puissante que tout désespoir. Naturellement il faut faire ce que l’on peut – mais «tout repose dans
la main de Dieu»! Apporter le témoignage aux hommes que Dieu les aime tous
et chacun personnellement est pour l’évêque le plus important de tout,
c’est en somme le sens de sa vie.
Il ne faut pas s’étonner si l’Abbé Salina saute de l’amour de Dieu pour
toutes ses créatures à son plat préféré: «Une véritable choucroute – même
si cela n’est pas bon pour moi!» En effet, la choucroute elle aussi est une
part de la création… Pendant ses vacances, l’évêque – qui peut aussi se
contenter de pommes de terres en robe des champs et de fromage – aime bien
quelques fois cuisiner lui-même. Des pigeons farcis par exemple, qu’il
estime, certainement en minimisant ses talents, réussir «assez bien». Encore une chose qu’il dit de lui-même: la dignité épiscopale ne l’empêche pas
du tout de se faire quelques grimaces tous les matins devant son miroir
quand il se rase. «Et j’en profite aussi pour m’adresser à moi-même quelques mots de reconnaissance. Je suis ainsi certain d’en entendre dans la
journée», plaisante l’Abbé. Un homme tout à fait sérieux, mais qui sait
tout de même rire de lui-même.
C’est avec sérénité aussi qu’il aborde la pensée de la mort. Finalement
à travers ce passage, on arrive à la vision de Dieu, «et rien n’est mieux
que cela!» Avant une opération, sa dernière pensée a été pour un psaume
préféré, un chant de louange à Dieu (Ps 138), – «j’aurais certainement été
heureux d’arriver à l’autre côté avec ces mots, si cela avait dû se
passer…», lance Mgr Salina qui sait aussi que parfois on ne peut que
pleurer avec ceux qui pleurent.
Lui sans doute rit davantage – somme toute, il a de la chance: «Je ne me
laisse pas facilement décontenancer, et je vis l’instant présent. Je ne
pense ni à hier, ni à demain. Lorsque que je pars en vacances, déjà après
une demi-heure, j’ai le sentiment que six mois sont passés!». Il pense
aussi avoir un petit «côté arabe» – «Inch Allah!» Peut-être est-ce pour cela que le pape Jean Paul II, lors de sa nomination comme évêque, lui a
attribué le siège titulaire de Mont de Mauritanie? (apic/gbr/f/mp/gbr)
Ce portrait est le premier d’une série qui présentera au cours des mois
prochains tous les membres de la Conférence des évêques suisses.



