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Genève: Le pasteur Raiser de retour de Jérusalem(250595)

Frustrations palestiniennes face au processus de paix

Genève, 25mai(APIC) «Les possibilités qui existent d’entamer une seconde

série de négociations dans le processsus de paix israélo-palestinien actuel

semblent minces», a estimé mercredi le pasteur Konrad Raiser, au lendemain

de la première visite officielle qu’il a effectuée en sa qualité de secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE) auprès des Eglises

membres de Jérusalem, de Cisjordanie et de Gaza.

«Dans les conversations que j’ai eues avec le premier ministre Itzhak

Rabin et le ministre des affaires étrangères Shimon Pérès, tous deux se

sont dits préoccupés par l’étroitesse de leur majorité à la Knesset, ce qui

les incite à envisager avec prudence toute nouvelle initiative spectaculaire avant les élections de 1996», révèle le secrétaire général du COE. L’un

et l’autre ont souligné les problèmes de sécurité qui semblent l’emporter

sur leur engagement à poursuivre le processus de paix.

Pour Arafat, le processus de paix est dans une impasse totale

Le président Arafat a parlé à la délégation du COE d’une impasse totale

dans le processus de paix, due à l’intransigeance des Israéliens, et du

sentiment d’être abandonné par la communauté internationale. «Du côté palestinien, nous avons entendu de nombreuses mises en garde selon lesquelles, si le processus de paix ne reprend pas son cours, on risque d’aboutir

à une explosion de violence incontrôlable», souligne Konrad Raiser.

La délégation a entendu de nombreuses plaintes formulées par des Palestiniens et par des défenseurs israéliens des droits de l’homme concernant

la politique de confiscation des terres. Cet état de choses, juge-t-on, modifie la situation sur le terrain en devançant les négociations, en particulier dans le cas de Jérusalem dont le caractère et l’équilibre démographiques uniques se trouvent ainsi transformés.

La politique israélienne est discriminatoire: deux poids, deux mesures

D’autres plaintes très vives concernent le refus des autorités israéliennes d’accorder des permis de construire à des Eglises et à d’autres sur

des terres appartenant à des Arabes. Dans plusieurs cas, a-t-on rapporté à

la délégation, la raison alléguée pour justifier ce refus est que les zones

en question sont classées «ceinture verte». Mais il y a des exemples où ces

mêmes zones, une fois confisquées au profit de propriétaires israéliens,

ont été reclassées terrains à bâtir et le permis de construire accordé.

La délégation a entendu de multiples témoignages sur les difficultés et

le coût économique très élevé qu’ont entraînés les nombreuses fermetures,

par les autorités israéliennes, de postes frontières vers Jérusalem, la

Cisjordanie et en particulier Gaza. L’interdiction d’entrer dans Jérusalem

durant la Semaine Sainte, cette année, a été citée pour illustrer l’humiliation et les souffrances causées par ces mesures. Il est à noter aussi

que ces fermetures empêchent de nombreuses personnes de parvenir jusqu’à

leur lieu de travail, de se rendre dans les hôpitaux ou les écoles.

Pour les autorités israéliennes, la paix est synonyme de sécurité nationale, obtenue, s’il le faut, par des moyens militaires. La délégation du

COE estime qu’il faut redonner à la notion de paix un sens qui dépasse les

définitions étroites et convaincre les personnes concernées qu’une sécurité

authentique ne peut être fondée que sur la justice pour tous.

Echec et inconstance de la communauté internationale

Du côté palestinien, la délégation du COE a entendu à maintes reprises

cette exclamation: «Ce que nous avons là n’a rien à voir avec la paix!». Au

niveau international, de nombreux Palestiniens ont été profondément déçus

de ce qu’ils ont considéré comme l’échec de la communauté internationale à

remplir les promesses politiques et économiques faites au lendemain des accords d’Oslo pour soutenir le processus de paix. La visite de la délégation

a en effet coïncidé avec la décision des Etats-Unis de recourir à leur

droit de veto pour s’opposer à une résolution du Conseil de sécurité relative aux confiscations de terres par Israël. Les Palestiniens ont déclaré

se sentir abandonnés et trahis par cette décision.

Selon la délégation, les chrétiens de Terre Sainte ont joué un rôle historique unique en maintenant la communication entre toutes les communautés.

Cependant, les communautés chrétiennes locales se sentent menacées tant sur

le plan politique que démographique. Au cours des trente dernières années,

la population chrétienne de la région – les «pierres vivantes» qui y vivent, prient et travaillent – n’a cessé de décroître. Bon nombre de chrétiens palestiniens qui restent craignent qu’un jour les seuls chrétiens à

Jérusalem soient les pèlerins qui ne verront que des pierres sans vie et

des musées. (apic/coe/eni/be)

Encadré

Une préoccupation qui date de 1948

La visite du pasteur Raiser et de sa délégation s’inscrit dans l’histoire

des préoccupations du COE qui s’est intéressé à cette région dès 1948. A

maintes reprises, le COE a affirmé sa conviction que la reconnaissance mutuelle, sur un pied d’égalité, du peuple israélien et du peuple palestinien

était l’unique garantie de la paix et de la sécurité dans la région. Il a

affirmé en outre que les droits à l’autodétermination de ces deux peuples

sont interdépendants.

Par l’intermédiaire de ses Eglises membres, le COE, depuis plus de quarante ans, s’efforce de subvenir aux besoins des habitants de la région, en

particulier des personnes déplacées et déracinées, recherchant la justice

et travaillant pour la réconciliation. (apic/coe/be)

25 mai 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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