Espagne: Coup de projecteur sur une Congrégation religieuse pas comme les autres

Apic Reportage

Les «Hermanos Fossores» préparent l’éternité depuis 50 ans

Par Pierre Rottet, de l’Apic

Cadix, 3 avril 2003 (Apic) Les cimetières, ils aiment cela, au point d’y passer leur vie, si l’on ose dire. Ils? Ce sont des religieux, certes bien peu nombreux dans le monde, puisqu’ils exercent exclusivement leur charisme en Espagne. Peu connus, on les appelle les «Frères fossoyeurs». Et même si leur nom s’inspire des lointaines catacombes, ces religieux n’en vivent pas moins à l’heure de l’informatique, pour leur comptabilité s’entend. Reportage, sur ces religieux qui préparent l’éternité depuis leur fondation, il y a 50 ans

Les «Hermanos Fossores de la Misericordia», les «Frères fossoyeurs de la miséricorde», célèbrent cette année en Espagne le cinquantième anniversaire de leur fondation. Une congrégation «pas comme les autres»: elle est la seule à se dédier exclusivement aux cimetières et à leur entretien, à la sépulture des défunts et à la prière pour le salut de leur âme. Pas seulement à la Toussaint et à la fête des morts, mais tout au long de l’année. En cette période de Pâques, où la vie prend sa «revanche» sur la mort, où le matin de Pâques l’emporte sur le Vendredi saint, le travail des «Hermanos Fossores de la Misericordia» valait bien un coup de projecteur.

Ils ne sont pas nombreux, les «»Frères fossoyeurs», à peine une douzaine aujourd’hui, présents uniquement en Espagne. Il faut dire que les vocations ne fleurissent guère. Pas facile, à vrai dire, de choisir un tel mode de vie, avec la mort à proximité. Et encore plus difficile en Andalousie, le pays qui chante le soleil tout au long de l’année, y compris dans les cimetières de Cadix et de Grenade. Là où, précisément, travaillent ces religieux, du soir au matin, entre leurs moments de recueillement et de prière pour les défunts. Une autre communauté exerce dans le nord, sur les bords de l’Ebre, à Logroño, dans le Rioja.

Lointain héritage

Avec leur bure couleur marron, les «Frères fossoyeurs» se sentent les héritiers des persécutés qui allaient se réfugier dans les catacombes romaines, là où ils étaient aussi enterrés en chrétiens.

Pourtant, c’est en 1953 seulement que débutera, dans le cimetière de Cadix (Grenade), la sépulture des morts, la prière pour les vivants et pour les défunts de la part de quelques religieux: 12 en tout, répartis à parts égales dans les communautés de Cadix et Logroño. «Notre congrégation n’a jamais compté plus de 35 membres, tous frères. Nos tentatives d’essaimer à l’étranger se sont d’ailleurs soldées par autant d’échecs, malgré une timide et brève apparition au Canada, bien éphémère», confie à l’Apic Frère Hermenejildo, du côté de l’Andalousie.

Le fondateur, Frère José María de Jesús Crucificado, vit toujours. Il fut le premier à creuser l’idée, à tenter cette expérience de vie religieuse particulière.

Pas la fin.

Dans une lettre écrite à l’occasion du jubilé de la congrégation, Frère José María explique que l’idée, née à Córdoba, a mûri avec l’intention de fonder une nouvelle famille religieuse consacrée aux cimetières. Pour les «fossores», relève-t-il, «la mort n’est pas la fin, mais seulement le début». D’où le nom qu’ils lui donnent de «mort-vie».

Leur mission, le supérieur général de la congrégation, Alberto Agustín Sany, la con- çoit comme un contraste de vie dans l’enceinte d’un cimetière. Pas simple à faire comprendre aux survivants. «Ces dernières années, dit-il, nous avons essayé d’être sel et lumière du Christ Ressuscité, dans une période où justement beaucoup de gens marchent dans les ténèbres et pensent que c’est là où tout finit».

Nombreuses demandes

Les «Hermanos fossores» ne résisteront sans doute pas aux temps à venir, par manque de relève. Leur moyenne d’âge bascule aujourd’hui lentement mais inexorablement vers la seconde partie du siècle. «Le peu de vocations n’est pas propre à notre congrégation. L’Eglise dans son ensemble est touchée», commente Frère Hermenejildo. «Ceci dit, il faut bien reconnaître que les jeunes ne se pressent pas au portillon du cimetière pour venir nous rejoindre». Non qu’ils redoutent de se tuer à la tâche, mais en raison de l’environnement même et de l’idée de la mort, omniprésente dans le charisme des frères fossoyeurs. «Les jeunes, précise notre interlocuteur, manifestent de la curiosité à notre égard. Chaque année, plusieurs tentent de faire le pas. Mais une fois qu’il s’agit d’expérimenter et de mettre en pratique. ils se retirent très vite». Une question de semaines, voire de quelques mois pour les plus téméraires et les moins vulnérables.

Corollaire, le manque de vocations empêche les «Hermanos fossores» de répondre présents là où ils sont demandés, soit un peu partout en Espagne. Leurs démarches, pour se faire connaître un peu plus sur le «marché des charismes», sont demeurées lettre morte. Pourtant, il n’est nullement exagéré d’affirmer que nombre de municipalités souhaiteraient les voir oeuvrer dans leurs cimetières, dans l’accompagnement des défunts et de leurs familles, dans ce qui touche à la mort, et jusqu’à l’embellissement des tombes. D’autant, assurent certains responsables de cimetières, que ces lieux sont parfois bien trop délaissés, oubliés. Sans parler des moments de recueillement et de prière pour l’âme du défunt, qui «se font trop rarement».

Pas étonnant, dès lors, que les populations habituées à voir oeuvrer dans leur région ces frères assistent la mort dans l’âme à la disparition de ces communautés. Qui s’éteignent une à une. «Il y a 5 ans, relève Frère Hermenejildo, nous avons été dans l’obligation de cesser nos activités du côté de Majorque. Autorités et administrés ont tout essayé pour trouver une solution». En vain. D’où le renforcement de la communauté dans le nord, du côté du Rioja.

Un gagne pain aussi

S’occuper des morts, de la mort, permet aussi à cette congrégation de vivre, de trouver de quoi, matériellement, assumer leur travail, leur responsabilité et leur subsistance. Les «Hermanos fossores» de la miséricorde, pour être plus précis, dépendent en effet de la rétribution que leur consentent les municipalités qui font appel à leurs services.

Pas question, pourtant, d’appliquer un tarif précis. Ils prennent ce que veulent bien leur donner les «trésoriers» desdites municipalités, dont la réputation de générosité n’est pas forcément une qualité reconnue. Pourtant, ils ne s’en plaignent jamais, faisant valoir que leur vocation se place au dessus des contingences purement matérielles. Une aubaine, pour les caisses municipales, à l’exception de celle de Logroño. Elle rétribuera en 2003 les services de la communauté religieuse locale pour un montant de 52’000 euros. Six religieux en bénéficieront, modestement sans doute, dans leur maison sise à l’intérieur du cimetière du lieu.

Sans crainte ni peur

Pour le supérieur de la communauté de Logroño, le Frère Rafael Rivera, son activité ne lui inspire ni peur ni crainte particulières. «Pourquoi en aurions-nous? Nous travaillons dans la paix et le calme, du matin dès le réveil à 6h30 pour participer au premier office du jour, jusqu’à la nuit, pour penser à se reposer un peu, y compris en lisant ou en regardant la télévision».

Frère Rivera, serein, explique que sa mission est «d’accompagner les fidèles et de les conforter dans leur foi en la résurrection», même si le côté intendance doit parfois le disputer au spirituel, avec les tâches terrestres pas de tout repos: inhumation, préparation des tombes – des «nichos», sorte de niches, dans les pays catholiques du sud -, entretien des jardins, nettoyages des lieux, gestion du cimetière, mise à jour des livres des décès, sans compter le travail administratif avec les fonctionnaires municipaux. Pas de quoi chômer, mais fallait-il le préciser. (apic/pr)

3 avril 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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Ukraine: Krechiw

APIC – Reportage

Il faut plusieurs fois demander son chemin pour atteindre le village de

Krechiw à une vingtaine de kilomètres de Lviv en Ukraine occidentale. Au

village pour atteindre le monastère St-Nicolas on emprunte une route de

terre poussiéreuse. Quelques vaches paissent librement dans les champs

gardées tantôt par des enfants, tantôt par un veillard. A gauche sur une

pente, le cimetière du village alignent ses croix de pierre ou de bois

peintes en bleu. Au bout d’une longue allée on aperçoit bientôt le mur du

monastère en grande partie ruiné mais les échafaudages indiquent que comme

partout en Ukraine on s’affaire à la reconstruction. Tapis au fonds d’un

vallon entouré de fôrêts, le monastère semble hors du temps, hors du monde.

Comme ailleurs l’église a été le premier bâtiment restauré. Ses coupoles

argentés brillent à nouveau au soleil de printemps. Sur un banc au pied

d’une statue de la Vierge, deux femmes et un jeune homme discutent.

Le calme qui régne ne laisse pas supposer dans ces murs la présence de

quelque 80 jeunes âgés de 17 à 25 ans. Ils accomplissent ici deux ans de

formation dans l’Ordre des basiliens, une des principales congrégation

masculine de l’Eglise grecque-catholique. Après un an de postulat et un an

de noviciat à l’écart du monde, les jeunes rejoignent la maison mère à Lviv

pour se consacrer à l’apostolat notamment dans la presse et les médias,

explique le Père Josaphat Vorotniak, un des responsables de la maison.

Ukrainien né en Serbie, la cinquantaine épanouïe, le Père Josaphat nous

fait visiter le monastère. Il parle avec précision et nuance de la

situation des Eglises du pays. L’intérieur de l’église est encore en

réfection. Les échafaudages cachent à nos yeux les précieuses fresques du

XVIIIe siècle. Les murs sont couverts de nombreux graffitis. ils sont

l’eouvre des enfants handicapés logés dans ces bâtiments aprés l’expulsion

des religieux en 1948, deux ans après la suppression de l’Eglise

grecque-catholique par Staline en 1946, explique le Père Josaphat. Les

travaux de restauration actuels sont financés par le diocèse de Mayence en

Allemagne. Au moyen de tentures et de quelques bouts de tapis le lieu est

aménagé pour y célébrer la messe, les Grecs-catholiques de certains

villages avoisinants qui n’ont pas récupéré leur église, y viennent le

dimanche. Pour les offices de semaine les religieux ont une autre chapelle

où sont conservées deux icônes miraculeuses vers lesquelles on venait

autrefois en pèlerinage.

C’est en 1700, un siècle après le traité de Brest-Litovsk qui fonda

l’Eglise uniate que le monastère de Krechiw rejoignit l’Eglise

grecque-catholique unie à Rome dont il devint rapidement un des centres

spirituel et culturel importants. Les bâtiments actuels datent du XVIIe

et du XIXe siècle. En 1991, le gouvernement les a restitué aux Basiliens,

mais n’a pas rendu par contre les autres propriétés et les terres du

monastère. «Nous sommes obligés de racheter des biens qui nous appartenait

autrefois», constate le Père Josaphat. «Nous avons des ateliers qui

s’occupent des rénovations, mais pas d’exploitation agricole en dehors du

jardin et du verger». Les trois tracteurs presque neufs parqués dans la

cour sont là uniquement pour les protéger du vol, évocation discrète d’une

des plaies du pays où seule l’économie parallèle permet de subsister.

En passant un portail on pénêtre dans le verger en fleurs du monastère

entouré d’un haut mur passablement ruiné. «Les gens sont venus se servir

des pierres pour construire leur maison», commente le Père Josaphat. Au

fond on a ménagé un modeste terrain de football pour la détente des novices

dont un petit groupe assis sur les bancs du jardin nous fait un discret

salut de la main sans interrompre ses conversations. Un carré de terrain

labouré est apprêté pour recevoir les concombres et les tomates légumes que

l’on retrouve pratiquement à tous les repas en Ukraine. Eléments importants

de la cuisine locale, ils suppléent également largement aux pénuries

d’autres aliments.

Dans la fôret de l’autre côté du mur, les religieux ont érigés un chemin

de croix qui monte jusqu’au sommet de la colline. «Nous aimerions bien le

sonoriser pour les pélerinages, notamment la fête de fête de St- Nicolas,

patron du monastère, qui attire des milliers de fidèles». Pour cette année,

le Père Josaphat annonce avec fierté la présence du Nonce apostolique et

attend au moins 5’000 personnes, bien conscient de lancer un sérieux appel

du pied aux éventuels donateurs occidentaux.

La congréagation des basiliens forme l’aile «romaine» de l’Eglise

grecque catholique d’Ukraine. Elle cultive de nombreux contacts acvec les

catholiques romains d’Europe occidentale et a déjà largement intégré la

pensée et l’enseignement du Concile Vatican II. Le Père Josaphat sourit:

«Et dire que ma soutane m’a fait parfois passer pour un intégriste dans

certains séminaires allemands…» «Une tendance plus orthodoxe et parfois

anti-conciliaire existe aussi dans l’Eglise grecque catholique»,

explique-t-il. Mais face aux défis de la reconstruction à l’oppostion de

l’Etat et des adversaires orthodoxes les tensions internes passent

au second plan. La question de la restitution des églises n’est encore

pas résolue. «Avant 1946, l’Ukraine occidentale était presque

exclusivement grecque-catholique, aujourd’hui les autorités formés

d’ex-communistes le plus souvent athées ont attribué quelques églises

18 mai 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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