Pérou: Pour servir dans les facultés de médecine, les cadavres se monnaient

Apic reportage

Ces pauvres qui valent plus morts que vifs

Pierre Rottet, de l’Agence Apic

Acheter un cadavre à Lima pour le disséquer en «Fac» de médecine, c’est possible. C’est d’ailleurs souvent pour beaucoup le prix à payer pour devenir toubib au Pérou. En d’autres termes, se donner les moyens d’acquérir la connaissance, quitte à détourner quelque peu la légalité. La faute aux moyens dérisoires mis à la disposition des étudiants dans les universités d’Etat. Il est vrai que tout le monde ne peut se payer le luxe de fréquenter les établissements privés, privilégiés dans ce pays.

Disséquer un cadavre lorsqu’on est étudiant en médecine? Rien de plus normal! C’est du reste le passage pratiquement obligé pour former tout nouveau toubib, de Fribourg* à New York, en passant par Lima. Sauf qu’au Pérou, notamment, carences de l’Etat obligent, les cadavres ne tombent pas du ciel, et encore moins sur la table de dissection. En l’absence d’alternative, une solution s’impose, le système «D», la débrouille: se procurer un cadavre. de fraîche date de préférence et en toute discrétion, bien entendu. Aussi bien pour le réceptionner que pour en payer la «commande», entre 1’000 et 1’200 soles, soit un peu plus de 350 dollars.

Il ne fait pas beau sur Lima en cette journée de juin. L’hiver pointe son nez, la faute à cette manie qu’à l’hémisphère sud de ne pas ressembler à celui du nord en matière de saisons. L’homme qui s’approche du lieu de rendez-vous n’est pas rassuré, même si la perspective de gagner quelques centaines de dollars finit par l’emporter. Dame, conclure la vente d’un cadavre enlevé de Dieu sait quel endroit peut attirer de gros ennuis.

Les tractations pour cet «achat», pas banal il est vrai, ont pour scène le vieux Lima, en bordure du Rio Rimac, aux alentours du Jiron (quartier) Amazonas. Un véritable paradis pour collectionneurs, étudiants et curieux, à faire pâlir d’envie les bouquinistes des bords de Seine à Paris. Romans, BD, revues, livres de maths, de sciences, de langues et autres, y compris de médecine, s’y empilent pêle-mêle et par milliers. Par millions plutôt. Impossible de ne pas y trouver ce qu’on l’on cherche. Et surtout pas, dans ce lieu étendu, la boutique «recommandée», relais semble- t-il incontournable pour remonter la filière des pourvoyeurs de cadavres.

La caverne d’Ali Baba

L’homme qui semble être le patron de cet étal, véritable caverne d’Ali Baba, s’étonne de la démarche. Un cadavre? A défaut, il admet pourtant être en mesure de livrer rapidement un squelette, à «moins que seule une moitié ne fasse l’affaire»: le haut, du bassin au crâne; le bas, du bassin au pied. Et même en pièces détachées: crâne, aine, pied. pour 25 soles le membre, 7 francs environ, une moitié de squelette pour une cinquantaine de soles, et l’ensemble pour moins de 150, avec des os tout blancs et bien lavés. Soit 10 à 15 fois moins que pour toute représentation squelettique de l’homme en matière synthétique. La démocratisation des études grâce à ce marché de squelettes, en quelque sorte.

La jeune étudiante en recherche de cadavres, appelons-là Alexandra*, accompagnée de son père, ne s’en laisse pas compter. En bassin, crâne, bras osseux et tibia, elle est déjà pourvue. Rien à ajouter de ce côté-là. «Entre étudiants, on se prête et on s’échange ce qui peut l’être», assure-t- elle. La solidarité, somme toute, sur l’air de passe-moi ta main, je te prête mon pied.

Ce dont a aujourd’hui un urgent besoin Alexandra, en seconde année de médecine dans une fac d’une ville de province, c’est d’un corps humain, «objet» indispensable à la dissection des muscles, de la peau, des viscères et autres organes. Du cerveau aussi. «Tout ce qui nous est demandé en seconde année de médecine par rapport à notre programme», précise-t-elle, en s’excusant presque. Après s’être éloignée d’une vingtaine de mètres de la «boutique aux squelettes», suivant en cela les indications d’autres étudiants dans le «besoin». La manoeuvre a semble-t-il porté ses fruits: le temps d’un téléphone entre pourvoyeurs, pour déclencher le système mis en place. A l’abri des regards, un étrange marché se conclut en moins de 10 minutes: l’achat d’un cadavre pour 1’100 soles, livrable le lendemain à l’aube, à quelques centaines de mètres du lieu de la transaction. Interrogé sur la provenance de ce futur corps, celui qui semble être l’intermédiaire n’en dira rien, muet comme une tombe, l’air surpris que la question lui soit seulement posée.

La «revanche» du mort sur la vie

«Nous n’avons malheureusement pas le choix. Le succès de nos études en dépend. Les facs de médecine dans les universités d’Etat sont souvent dépourvues des moyens les plus élémentaires pour permettre aux étudiants d’avancer, de travailler. Un comble: il appartient à ces derniers de pourvoir aux carences de l’Etat, trop heureux de pouvoir s’appuyer sans bourse délier sur les établissements privés, onéreux et donc hors de prix pour la majorité», s’indigne Alexandra. Et pourtant, ajoute-t-elle, les études de médecine faites aux Pérou sont largement reconnues en Amérique latine. Et même au-delà.

Professeur dans une université d’Etat à Lima, le docteur Javier* admet volontiers ce genre de marché de cadavres. «Il y a eu des progrès, certes, pour rendre légale la pratique, ou du moins offrir des alternatives aux étudiants. Mais on est loin du compte, et plusieurs établissements de province restent les parents pauvres du système, qui fonctionne grâce à la volonté de nos étudiants. Leurs mérites n’en sont que plus grands». Lui et ses collègues ne sont pas dupes, mais préfèrent fermer les yeux: «Ces cadavres, dit-il, proviennent sans doute d’une morgue ou d’un cimetière. Des pauvres bougres sans famille, morts comme ils ont vécu: dans l’indifférence. C’est triste à dire, mais ils valent plus morts que vifs. C’est un peu la revanche du mort sur la vie, lui qui, aux yeux de la société, ne valait pas un kopeck de son vivant, va servir la science, et aider les moins vernis dans leurs études».

Pour la petite histoire, le cadavre acheté a été livré à l’heure convenue le lendemain, avant d’être emballé, empaqueté, pour être transporté comme bagage accompagné. sur le toit d’un bus, en toute discrétion. Le temps d’un trajet: de Lima à son lieu de destination, après plusieurs heures de voyage. Au grand air. PR

Encadré

Fribourg: Les cadavres ne manquent pas à l’Institut d’anatomie de la Faculté des sciences

A Fribourg, on ne connaît pas de problème pour repourvoir en cadavres l’Institut d’anatomie. Au Département de médecine dans l’unité d’anatomie de la Facultés des sciences de l’Uni de Fribourg, le professeur Pierre Sprumont le confirme. Et il sait de quoi il parle, lui qui enseigne l’anatomie humaine aux étudiants en médecine, de 1ère et 2ème année. «Les étudiants passent un nombre non négligeable d’heures en salle de dissection, où ils oeuvrent sur des cadavres humains selon un programme extrêmement précis, placé sous la supervision de professeurs d’anatomie», commente Pierre Sprumont, président en charge de la Fédération européenne de morphologie expérimentale, qui regroupe toutes les sociétés d’anatomie de la région européenne, de la Russie au Portugal.

En première année d’étude, poursuit-il, les dissections concernent essentiellement les structures de surfaces et des membres, mais aussi les muscles, les articulations. La dissection des viscères, aussi bien thoraciques qu’abdominaux et celle du cerveau étant laissée aux étudiants de seconde année: en tout, plusieurs dizaines d’heures en première année, et bien davantage encore en seconde. Une quinzaine de cadavres sont ainsi «consommés» chaque année.»Aucun testament de dons n’est accepté de personnes âgées de moins de 40 ans». Selon le professeur, il n’existe aucun clivage entre hommes et femmes. Ils sont croyants ou non, et proviennent de tous les horizons sociaux. «L’ensemble des cadavres disséqués à l’Institut proviennent de personnes qui ont légué leur corps à la science, explique Pierre Sprumont. Heureux établissement: actuellement admet-il, ses dossiers comptent pratiquement un millier de testament de personnes dont le corps viendra ici au moment de leur décès. Sans rétribution? «Aucune. C’est volontairement et par altruisme que la personne lègue son corps». Dès que le permis d’inhumer a été établi, le corps est transporté à l’Institut dans les deux premiers jours après la mort. «Il est alors fixé, c’est-à-dire qu’on injecte des produits qui en assurent la conservation pendant des années.»

Technique de pointe

Une soixantaine de cadavres attendent actuellement d’être disséqués par les étudiants: 120 en première année, entre 80 et 90 en seconde. Mais l’Institut n’a jamais été en manque de «matériel». Même si les besoins vont plutôt en augmentant, avec les applications modernes de la formation des chirurgiens, comme la chirurgie fibroscopique.

En Suisse, à la connaissance du professeur, il n’existe pas de législation précise sur la question du don de sa personne à la science. Reste la loi fédérale sur la paix des morts, sur la recherche en médecine et l’expérimentation humaine, qui vise à empêcher la commercialisation et le manque de respect. Et les familles, comment réagissent-elles? «Pour donner son corps à la science, la personne doit signer un document en trois exemplaires devant témoins. Il arrive exceptionnellement que les familles s’opposent une fois la personne décédée. Dans de tels cas, rares, nous respectons le voeu des proches». Tous les ans, avec les étudiants en médecine, y compris les familles qui le désirent, l’Institut organise une messe à l’intention des personnes dont le corps a servi la science. Reste les «morceaux», après avoir été disséqués? Ils sont incinérés, et les cendres sont enterrées au cimetière de Fribourg, sans aucun nom. L’Institut dispose en effet d’une concession, d’une surface à St-Léonard. PR

Encadré

Scannage salutaire

Copies de livres, photocopies de documentations, livres scannés. le Jiron Amazonas est aux étudiants ce que l’assiette est à la table: indispensable. De l’avis des futurs professionnels de l’enseignement, des branches techniques, scientifiques, médicales, des futurs cuisiniers, mécaniciens et tout ce que compte de professions le pays, une formation menée avec des modestes moyens ne saurait arriver à terme sans ce lieu. Sans ces multiples boutiques, où tout, y compris les cahiers, peut s’obtenir pour une bouchée de pain ou presque: à 90% de son prix en magasin. A titre d’exemple, le «Traité de médecine interne», de T. R. Harrison, scanné en 4 volumes, bible pour l’étudiant en fac de médecine, peut s’obtenir à 80 soles, moins de 45 francs, contre 900 soles en librairie, et encore très difficilement trouvable. Le prix d’un cadavre, à quelques soles près. PR

Encadré

Demande plus forte que l’offre

Selon l’Institut de médecine légale (IML) à Lima, la morgue centrale de la capitale n’avait livré début juillet que 54 cadavres à la Chaire d’Anatomie humaine, sur un total de 220 corps demandés à des fins scientifiques en début d’année par les universités, soit 25% de la requête seulement. Un constat préoccupant pour les 160 étudiants de la Faculté de San Fernando, dont certains n’auront d’autres recours que de s’approvisionner au «marché parallèle». Sept universités disposant d’une fac de médecine sont accréditées à Lima, mais la morgue centrale de la capitale reçoit des demandes de l’ensemble des centres d’étude du Pérou, pour un total de 4’100 étudiants dans 27 facultés au total, selon le quotidien «El Comercio». PR

Encadré

Beaucoup d’appelés. pour combien d’élus

Quelque 2’000 étudiants intègrent chaque année l’une ou l’autre des facs de médecines au Pérou. Tous ne deviendront pas des professionnels de la médecine, largués en cours de route, y compris et surtout pour des raisons économiques. Un généraliste gagne en moyenne 2’000 à 2’500 soles mensuellement, s’il travaille en province, mais 1’000 de plus s’il est établi à Lima. «Raison pour laquelle tous veulent pratiquer dans la capitale», confie Alexandra. Pour un toubib spécialisé, la moyenne s’élève entre 4’000 et 5’000 soles. Alexandra terminera ses études de médecine générale dans un peu plus de 5 ans, si tout va bien. Soit sept ans en tout, plus deux ans de pratique. Il lui restera alors à effectuer un an en milieu rural, comme le gouvernement l’impose à tout étudiant en fac d’Etat. Une exigence bien acceptée, par Alexandra, ainsi que l’ensemble des étudiants rencontrés. PR

*nom et prénom fictifs

Allemagne:Les pasteurs sont libres d’adhérer à l’ancien parti communiste

Mise au point de l’Eglise protestante en Allemagne

Bielefeld, 15 août 2005 (Apic) Le plus grand rassemblement protestant d’Allemagne a rejeté les affirmations selon lesquelles les nouvelles «lignes directrices sur la loyauté» interdiraient aux pasteurs d’adhérer à des partis de gauche tels que le Parti du socialisme démocratique (PDS), le successeur du parti communiste qui a gouverné l’Allemagne de l’Est pendant 40 ans.

«L’Eglise protestante estime normal que ses collaborateurs s’engagent dans des partis politiques qui sont fondés sur les bases de la Constitution», a déclaré Christof Vetter, porte-parole de l’Eglise évangélique en Allemagne, dans un communiqué de presse.

Cette mise au point fait suite à des informations diffusées dans les médias selon lesquelles «les lignes directrices sur la loyauté» prescrites par l’Eglise et devant entrer en application le 1er septembre, empêcheraient les pasteurs d’adhérer à l’ancien parti communiste ou à un groupement appelé Travail et Justice sociale.

Des élections générales anticipées sont prévues en Allemagne après le vote de la chambre basse du Parlement refusant la confiance au chancelier Gerhard Schröder.

Le PDS et Travail et justice sociale ont formé une nouvelle alliance de gauche qui aurait le soutien d’environ 12% des électeurs, d’après un récent sondage d’opinion.

Christof Vetter a précisé que ces lignes directrices devraient permettre de réglementer les conditions d’embauche des collaborateurs, comme la nécessité de faire partie de l’Eglise protestante. «Mais elle ne s’applique pas aux pasteurs et elle ne renferme pas non plus, explicitement ou implicitement, des prescriptions concernant le PDS ou le parti de gauche qui vient d’être fondé», a-t-il expliqué.

Impartialité requise

Toutefois, a-t-il fait remarquer, on attend des pasteurs qu’ils fassent preuve «d’impartialité», même si cela n’exclut pas leur engagement en politique en dehors de leur temps de travail. «Si un pasteur est candidat à un poste en politique, il faudra examiner, quel que soit le parti concerné, dans quelle mesure la fonction qu’il brigue pourrait avoir des répercussions sur sa paroisse ou sur toute autre responsabilité qu’il assumerait dans l’Eglise», a-t-il ajouté.

De toute façon, a précisé Christof Vetter, l’élection d’un pasteur à un siège régional, national ou européen entraînerait la suspension de son statut clérical.

Christof Vetter a rappelé que l’évêque Wolfgang Huber, responsable de l’Eglise protestante en Allemagne, avait émis l’an passé de sérieuses réserves quant à l’adhésion de pasteurs au PDS. Il avait dit ne pas être convaincu que le PDS ou la plupart de ses membres soient prêts à défendre la place de la religion dans la société. (apic/eni/pr)

15 août 2005 | 00:00
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Troisième visite du pape Jean Paul II en République tchèque

APIC – Reportage

Tchéquie: Accueil chaleureux dans un pays très sécularisé

Prague, 27 avril 1997 (APIC/De notre envoyé spécial Jean-Marie Guénois)

6 avril 2001 | 00:00
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