Suisse: Rigoberta Menchu soutient la campagne de Carême 1994 (130294)

apic/Rigoberta Menchu/ Suisse

Le destin des femmes et des Indiens a des points communs

Berne, 13février(APIC) Rigoberta Menchu, Prix Nobel de la paix, a remercié samedi à Berne les oeuvres suisses d’entraide de leur travail. Elle a

exprimé son soutien pour la campagne de Carême 1994 qui a pour thème: «Les

femmes animent le monde». «Le destin des femmes ressemble à celui des Indiens», a souligné l’invitée du Guatémala, lors de ses entrevues avec la

presse et les collaborateurs des oeuvres suisses d’entraide. Elle a, en outre, relevé l’importance des organisations non-gouvernamentales (ONG) pour

les gens habitant les régions défavorisées.

La Guatémaltèque a regretté de ne pas pouvoir participer à l’ouverture

de la campagne de Carême 1994. A cause de son programme chargé, elle

n’inaugurera pas avec Ruth Dreifuss, Conseillère fédérale, la campagne de

Carême commune des trois Eglises chrétiennes de Suisse.

Durant ses voyages effectués l’an dernier, la lauréate du Prix Nobel de

la paix a pu expérimenter la «grande frustration des peuples» qui attendent

une amélioration de leurs conditions de vie, en Asie, sur la côte Pacifique

et en Amérique centrale et méridionale.

Faire tomber ensemble les murs qui nous séparent

«Il y a des défis qui ne peuvent être surmontés qu’avec l’aide des organisations de droits de l’homme, des organisations humanitaires, des Eglises

et de la société civile locale», a souligné Rigoberta Menchu. La solidarité

transfrontalière a également la fonction d’être une sorte de «pompiers internationaux» qui arrivent rapidement sur place pour sauver les personnes

en détresse. Elle a exprimé son espoir qu’avec l’aide des peuples européens, il sera possible de faire tomber les murs qui nous séparent.

Apprécier «la capacité et la sagesse» des femmes

Durant ces dernières années, on peut observer une participation plus

élévée des femmes dans la société. Elles ne s’engagent pas seulement dans

les organisations de base, mais aussi dans les domaines scientifiques. Dans

les régions pauvres également, les femmes jouent un rôle important. Par

leurs conditions de mères et de veuves, du fait d’être pauvres, ces femmes

puisent leur engagement sur une expérience personnelle. Cette capacité,

cette sagesse des femmes, il faut les reconnaître. La campagne de Carême

sera pour elles un grand support.

«Ne nous considerez pas comme des mineurs»

Le destin des peuples indigènes ressemble à celui des femmes, a poursuivi Rigoberta Menchu. Eux aussi sont opprimés. Mais la patience de ces peuples a des limites. On s’en est apperçu lors de l’insurrection des Indiens

de Chiapas au Mexique du Sud. Cette expérience a montré que l’image romantique de «sauvages primitifs», à qui l’on doit apporter l’éducation, ne

correspond pas aux Indiens d’aujourd’hui. A l’époque où «les armes traversent les frontières comme les oiseaux volants», les Indiens sont capables

de bien s’organiser.

Chiapas n’est pas un problème religieux

L’insurrection de Chiapas a été considérée comme un problème extérieur

au Mexique. Certains partageaient l’avis que les insurgés étaient financés

par le Vatican. Rigoberta Menchu s’est exclamé en souriant: «Ca serait

quelque chose de très nouveau. Mais nous savons que l’Eglise et la théologie de la libération ont leurs propres limites.» Aucun mouvement révolutionnaire dans cette terre n’est basé sur une telle idéologie ecclésiastique. L’Eglise a une autre raison d’être et le problème de Chiapas est beaucoup plus complexe. Ce ne sont pas les problèmes religieux, mais les questions de la propriété de la terre et de la justice qui ont été les motifs

de l’insurrection.

L’espoir s’appelle Rigoberta Menchu

«L’espoir s’appelle Rigoberta Menchu», a souligné le secrétaire central

de «Pain pour le prochain», Christoph Stückelberger, lors de la rencontre

avec la lauréate du Prix Nobel pour la paix. Mais il a tout de suite ajouté: «L’espoir a beaucoup de noms. Le nom Rigoberta Menchu est devenu synonyme de l’engagement d’innombrables personnes sans noms dans le monde entier.» (apic/fs)

13 février 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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