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APIC – dossier

Romandie: Eglises et radios locales romandes (250795)

Panorama de la bande FM, entre front du refus et radio chrétienne

Lausanne, 25juillet(APIC/SPP) «Framboise, la radio régionale vaudoise.»

«J’écoute régional, j’écoute fribourgeois…» Depuis 1984, de tels slogans

résonnent sur la bande FM en Suisse romande. Avec leurs 17% de parts de

marché, les radios locales ont connu un développement remarquable. En matière religieuse, leur offre est pour le moins variée.

Sur les 11 radios régionales, 3 refusent toute présence régulière, 7

diffusent ou aimeraient diffuser un programme des Eglises. En tout un peu

plus de 7 heures de programme hebdomadaire. La dernière, Radio-Cité, avec

ses 19 heures de programme quotidien, est la voix des Eglises genevoises.

Plusieurs stations émettant de France viennent enrichir l’offre religieuse

sur le territoire romand.

Des radios qui disent non

«Je me place au-dessus de la religion. Mon rôle n’est pas de lancer des

messages, mais d’ouvrir l’esprit des gens, car les religions ont des oeillères.» Philippe Zumbrunn, directeur de Radio Framboise, a le mérite d’une

position claire: il n’accordera jamais «l’antenne à quelqu’un qui prêche.»

Toutefois, il lui arrive d’accueillir dans ses studios des gens qui font

part de leur expérience religieuse. Rarement, il est vrai.

Sur Radio Lac ou Radio Thollon, qui émet de France, la position est la

même. «Le souci de l’audimat exige que nous traitions de sujets porteurs

comme la musique, le cinéma… Le religieux n’entre pas dans ces domaines»,

relève François Besançon, directeur adjoint de Radio Lac à Genève. A moins

qu’il constitue une page essentielle de l’actualité du jour. Ainsi, Emmanuel Rebout, journaliste à Radio Thollon, se rappelle d’une interview de

Mgr Gaillot réalisée récemment à Lausanne.

Sur Radio Chablais, «n’importe qui peut passer à l’antenne pour autant

qu’il soit accompagné d’un journaliste de la station.» Claude Défago, directeur, ne veut pas inscrire le religieux «dans un ghetto radiophonique».

Et ce d’autant plus que le Chablais valaisan et vaudois est multi-confessionnel. Les musulmans, nombreux à Monthey, ont le droit comme les autres

de passer un appel sur les ondes, en compagnie d’un journaliste maison. «Ce

qu’ils ont abondamment fait pour collecter vivres et vêtements en faveur de

la Bosnie», souligne le directeur de Radio Chablais.

De trois minutes à quatre heures

La politique des radios qui accordent un temps réservé aux Eglises, est

assimilable à celle de la Radio Suisse Romande (RSR). Les Eglises constituant une entité incontournable de la réalité régionale, il paraît bon de

leur accorder du temps d’antenne. Ce temps est assez variable: 3 minutes

hebdomadaires sur Fréquence Jura, 50 minutes sur Canal 3, à Bienne. 1 heure

15 sur RTN-2001, la radio neuchâteloise, 4 heures sur Radio Rhône, à

Sion… L’animation est la plupart du temps oecuménique (Canal 3 et Radio

Rhône). Même si parfois les Eglises avancent en ordre dispersé.

Sur RJB-Horizon 9 (Jura Bernois), catholiques, réformés et évangéliques

animent une émission à tour de rôle le samedi matin de 8h15 à 9h. Le plus

souvent, les émissions sont de type magazine avec des interviews ou des débats. Canal 3 à Bienne propose un magazine de 20 à 25 minutes, «Paraboliques», diffusé à deux reprises durant la semaine. Les thèmes abordés sont

variés: droit de vote des étrangers dans l’Eglise, campagne d’évangélisation avec Nicky Cruz… A Fréquence Jura, un billet de 3 minutes est diffusé le samedi matin. «Liberté totale est laissée aux représentants des Eglises réformées et catholique pour apporter une sorte de minute oecuménique

autour du mot de la semaine, par exemple le mot paix», relève Dominique

Bugnon, rédacteur en chef.

RTN 2001 accueille les Eglises réformées et catholique, le dimanche à

19h, pour une demi-heure de programme. Les Eglises évangéliques, par l’entremise de Radio-Réveil, une maison de production radiophonique à Bevaix,

bénéficient de trois quarts d’heure d’émission le dimanche matin à 8h.15

pour un magazine avec des interviews, mais aussi avec des émissions d’animation.

Radio Fribourg et Radio Rhône bénéficient des services d’un animateur

payé par l’Eglise catholique. Dans la capitale fribourgeoise, Bernard Bovigny travaille comme attaché de presse du vicariat. Il met aussi sur pied

une heure d’émission le deuxième dimanche du mois de 9h à 10h. Lors des fêtes religieuses, il dispose de une à deux heures de programme. Avec ses 4

heures hebdomadaires, Radio Rhône accueille une forte présence chrétienne.

Jean-Luc Ballestraz, responsable des émissions religieuses, joue un rôle

important dans la station elle-même. Il a été ordonné diacre permanent pour

les médias dans le diocèse de Sion. Outre les émissions religieuses, il a

la responsabilité des programmes du soir et du week-end.

Tout en proposant de l’information religieuse régionale tant catholique

que réformée, Radio Rhône reprend des produits extérieurs à la station: la

messe, le culte et l’émission Bleu Ciel du dimanche matin sur la RSR, en

tout 3 heures de programme. Ou encore des émissions diffusées sur le réseau

français Fourvière-FM ou sur Radio Notre-Dame à Paris.

Au nombre des radios ouvertes à une présence religieuse, Acidule, la radio lausannoise, fait office de laissé-pour-compte. Selon Nicolas Mattenberger, adjoint de direction, «aucune Eglise ne s’est proposée pour réaliser des émissions. Seule la communauté juive de Lausanne propose depuis

plus de 2 ans un programme, Khola Shalom, le dimanche soir de 18 heures à

19 heures.»

Radios chrétiennes, radios ghettos?

En Suisse romande, la bande FM accueille 3 radios à dominante religieuse. Radio Cité à Genève, la station des trois Eglises officielles, qui diffuse 19 heures de programme quotidien. Pour Jean-François Kister, le rédacteur responsable, «Radio Cité est une radio complète avec un grand nombre

d’émissions bibliques, théologiques, méditatives que l’on ne trouve pas sur

les autres radios.» L’assise financière de cette radio est fragile. Animée

par deux cents bénévoles et deux salariés, Radio Cité n’accueille pas de

publicité. Ses ressources financières proviennent des Eglises et de donateurs particuliers. Radio Cité, radio ghetto? Jean-François Kister s’en défend. «Notre radio vient compenser le peu de présence chrétienne dans les

médias. Les quelques minutes d’espérance chrétienne sur les ondes du service public ne suffisent pas à nourrir un enracinement spirituel. Nous ne

sommes pas une radio ghetto parce que nous travaillons de façon oecuménique.»

«Certes 15% de nos émissions ont une orientation chrétienne. Néanmoins,

je ne considère pas Radio 74 comme une radio chrétienne», explique le directeur de cette station qui émet de Haute-Savoie et se veut généraliste et

multilingue par la reprise des informations de la BBC, de RFI et de Deutsche Welle. Ronald Myers, membre de l’Eglise adventiste, ne peut démentir

le lien étroit qui existe entre son émetteur et les Eglises évangéliques,

pentecôtistes non compris. Il souligne cependant que son Eglise ne soutient

pas directement son travail. Cette radio que l’on peut capter jusqu’à Yverdon désire avant tout être au service des 100’000 personnes de la communauté internationale de Genève. 30 à 40% de son programme est en français.

Parcourir la bande FM en Suisse romande permet parfois de goûter à des

mélopées orientales. Sur 92.2 FM, c’est Radio-Orient. Une station que l’on

peut capter sur tout l’arc lémanique, grâce à un émetteur à Annemasse. Cette radio réalise ses programmes en région parisienne et les diffuse à Paris, Bordeaux, Lyon, Londres et jusqu’au Moyen-Orient. Propriété du milliardaire Rafic Hariri, ancien premier ministre libanais, Radio-Orient est

avant tout une radio musulmane non intégriste. Elle diffuse cinq fois par

jour les appels à la prière.

«S.v.p. pas de chorals de l’abbé Bovet!»

«Tout se passe bien. Les gens apprécient, c’est ce qui compte!» Claude

Cattin, chef d’antenne de RJB Horizon 9, constate que les émissions religieuses sont très suivies par le public. Un avis que ne partage pas François Vaucher de RTN, «il faut aimer pour rester à l’écoute du programme des

Eglises. Le ton y est trop solennel et on y tourne souvent en rond. RTN ne

souhaite pas que les gens s’endorment derrière leur poste…»

Souhaitant ratisser large, RTN diffuse une musique dans l’air du temps.

L’émission des Eglises devrait emboîter le pas et se conformer au style

maison. «Pas de chorals de l’Abbé Bovet», supplie-t-il. François Vaucher ne

tarit par contre pas d’éloges pour la production évangélique de Radio-Réveil.

Du côté de Canal 3 et de Fréquence Jura, le son de cloche est comparable. «Les intervenants devraient prendre conscience qu’ils ne sont pas en

train de faire un prêche dominical. Leur auditoire n’est pas le même» relève Dominique Bugnon, rédacteur en chef de la radio de Delémont. «Au début,

les émissions des Eglises faisaient trop culte dominical, souligne Françoise Beeler, journaliste à Canal 3, mais après discussion avec les intéressés

les choses se sont améliorées.»

Les Eglises ratent le virage

Le Centre catholique de radio et télévision (CCRT) a encouragé les paroisses à se soucier d’une présence religieuse sur la bande FM, dès l’annonce du cadre législatif autorisant la création des radios régionales. A

Sion et à Fribourg, le message a passé. L’Eglise catholique est bien insérée dans le tissu radiophonique.

«Les Eglises réformées, elles, ont raté le virage», relève Michel Kocher, responsable du Service protestant de radio à la RSR. «En matière radiophonique l’axe fort de la présence réformée a été et demeure le service

public, continue-t-il. Comme si trop marqués par la culture Gutenberg, les

réformés s’étaient sentis démunis par rapport à la culture radio». Du coté

des évangéliques, Edmond Moret, directeur de Radio-Réveil, souligne les

contacts pris avec diverses radios. Toutefois, «la non-officialité des milieux évangéliques rend toute présence assez précaire.»

Trop habitués à des auditoires dominicaux disponibles, les animateurs

des émissions religieuses, qu’ils soient pasteurs, prêtres ou autres, ne

perçoivent pas toujours le défi permanent de la radio. Maintenir à l’écoute

un auditeur que tout chez lui peut attirer ailleurs… Bien loin de la

chaire! (apic/spp/fs)

25 juillet 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 6  min.
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