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Conférence de Pékin: Le Saint-Siège précise sa position(250895)

Le Vatican veut se faire l’interprète des justes revendications des femmes

Rome, 25août(APIC/CIP) Dans une note publiée vendredi, le Saint-Siège a

précisé sa position en vue de la IVe Conférence mondiale sur la femme qui

se tiendra du 4 au 15 septembre à Pékin. La note souligne que le Saint-Siège veut tenir compte «des aspirations, des inquiétudes et des justes revendications» des millions de femmes dans les cinq continents, en se faisant

leur interprète, à quelque tradition culturelles ou religieuses qu’elles

appartiennent.

La IVe Conférence mondiale sur la femme ne parviendra certainement pas à

unir le monde si elle cherche à imposer, particulièrement dans les pays en

voie de développement, un «produit occidental», «une philosophie sociale

réductrice, qui n’est même pas représentative des aspirations et des besoins de la majorité des femmes en Occident», telle est la position du

Saint-Siège à la veille de la Conférence de Pékin. Elle a été commentée

vendredi à Rome devant les journalistes par Joaquin Navarro Valls, directeur de la salle de presse du Saint-Siège

Le Saint-Siège souhaite que la Conférence de Pékin soit «une occasion de

réflexion et surtout de prise de décision efficace pour promouvoir la dignité, les droits et le développement intégral de la femme». Pour atteindre

ces objectifs, la Conférence devra «assumer avec audace une perspective résolument en faveur de la femme.»

Le fardeau de certains conditionnements culturels

La délégation du Saint-Siège désire «s’engager dans un effort pour libérer les femmes du lourd fardeau de certains conditionnements culturels et

sociaux négatifs qui, en bien des lieux, les ont empêchées d’être conscientes de leur propre dignité». Et il souhaite que l’on évitera «de nouvelles

contraintes qui imposent aux femmes une philosophie sociale minoritaire qui

méconnaît les exigences concrètes quotidiennes et les aspirations les plus

profondes de la majorité des femmes, dans les pays développés et, surtout,

dans les pays en voie de développement».

Le Saint-Siège a observé la tension qui s’est manifestée autour de «deux

positions nettement divergentes». La première «semble réduire la personne

humaine – en l’occurrence la femme – à des fonctions sociales à acquérir;

son paradoxe réside dans le fait que la lutte pour l’égalité avec l’homme

finit en fait par nier aux femmes la vérité la plus intime de leur existence. Parmi les caractéristiques importantes de ce féminisme, il faut parler

de l’attitude négative face à la famille, du soutien non critique à l’avortement et une anthropologie confuse selon laquelle les problèmes de la féminité sont relégués dans la sphère de la sexualité et de la contraception.»

La seconde position «considère la femme et l’homme également

coprotagoniste – et non antagonistes – dans l’immense tâche d’améliorer

l’humanité. Elle affirme l’égale dignité de la femme, son droit à une

maternité responsable et dénonce les idéologies totalitaires qui, au nom de

gouvernements ou d’anthropologies totalitaristes, tentent d’opposer l’Etat

à la famille, la femme à l’homme et à ses enfants, les riches aux pauvres.»

Inévitablement, ces deux positions reflètent la tension Nord-Sud qui est

apparue durant la phase de préparation de la Conférence. Pour le SaintSiège, le document préparatoire est «une base de discussion», mais il est

«alarmant de voir que pratiquement 50% du texte n’a pas obtenu de consensus

et va ainsi à Pékin entre parenthèses».

S’il veut refléter les aspirations des femmes en un moment historique,

son contenu doit s’ouvrir davantage à une réalité dont on n’a pas tenu

compte suffisamment jusqu’ici. Le Saint-Siège «espère que son apport et celui des autres délégations présentes à Pékin pourra contribuer à enlever de

l’actuel plate-forme certaines tendances exaspérantes présentes dans

certaines pages qui ne respectent pas du tout le pluralisme culturel des

femmes aujourd’hui dans le monde.»

Eviter les retours en arrière

Joaquin Navarro Valls, porte-parole du Saint-Siège, a énuméré les

précédents grands documents de l’ONU, de la Déclaration Universelle des

droits de l’homme (1948) à la déclaration du Sommet mondial sur le

Développement Social (1995), pour s’inquiéter que «dans le projet de

document de la Conférence de Pékin quelques formulations contenues dans ces

documents apparaissent aujourd’hui entre parenthèses».

C’est pourquoi le Saint-Siège insistera pour que soit respecté le contenu des documents déjà approuvés par la communauté internationale. D’autres

points fondamentaux de la position du Saint-Siège portent sur la dignité et

les droits de la femme et de toutes les femmes, son rôle dans la famille,

la féminisation de la pauvreté, la violence physique et psychique infligée

aux femmes, la contribution de la femme à la paix, à l’instruction, à la

santé, l’avortement, les «droits, devoirs et responsabilités de la mère et

du père» et la dimension spirituelle de la femme.

Le Saint-Siège rappelle que «l’homme et la femme jouissent d’une même

dignité identique» et que «la dignité de la femme prime sur toute autre reconnaissance de la part de l’Etat». Il ajoute: «Faute d’une claire compréhension de la signification de la dignité humaine, on ne pourra jamais parvenir à éviter la discrimination. Et la femme sera la première – comme le

montre l’histoire – à en souffrir. En réalité, les pratiques discriminatoires contre la femme, sous toutes leurs formes, ne sont rien d’autre que

l’expression d’un manque de reconnaissance de l’égale dignité de la femme.»

(allusion à la contraception forcée, à la stérilisation, aux mutilations

sexuelles, aux discriminations dans le travail).

De même: «La femme et l’homme sont l’expression d’une complémentarité

biologique individuelle, personnelle et spirituelle. La féminité est la caractéristique unique et spécifique de la femme, comme la masculinité est

celle de l’homme. Cette différence – en raison de l’égale dignité – devrait

trouver dans des pratiques conséquentes une reconnaissance légale dans les

divers ordres juridiques.» Et le Saint-Siège de regretter que, «dans le document, le mot «dignité» (de la femme) se trouve inexplicablement entre parenthèses» (par. 43, 225).

La femme pauvre est égale en dignité

La note du Saint-Siège rappelle aussi que la dignité d’une femme pauvre

est identique à celle d’une femme riche: «Seule une attention particulière

de la Conférence à la dignité inaliénable de chaque femme permettra d’éviter des discriminations fondées sur des raisonnements «pragmatiques».” A

propos du rôle de la femme dans la famille, les statistiques montrent qu’en

moyenne neuf femmes sur dix se marient et que cinq sur six ont des enfants.

La famille, souligne le document, est «l’unité fondamentale de la société»,

ce qui «exige une protection spéciale de la société.»

Or, si cette réalité a été «reconnue et mise en exergue jusqu’à ce jour

par les documents internationaux sur les droits humains», le Saint- Siège

constate que «dans la discussion sur ce thème, quelques Etats n’ont pas inclus la famille parmi les objectifs précédemment cités de politique sociale». Cette attitude, observe-t-il, semble ignorer les accords sur ce thème

suggérés par les documents finaux de la Conférence internationale sur la

Population et le Développement (Le Caire, 1994) et du Sommet mondial sur le

Développement Social (Copenhague, 1995). Le Saint-Siège espère que la Conférence de Pékin tiendra compte «des accords approuvés il y a moins d’un

an» et que «les engagements pris lors de ces sommets internationaux trouveront leur pleine application dans le document de Pékin».

Autres rappels: la famille est «irremplaçable

Le Saint-Siège regrette dans le document préparatoire «une tendance

alarmante à ne parler de la famille qu’en termes négatifs» : «Au lieu de

souligner les devoirs de l’Etat face à la famille et de discuter sur les

politiques familiales les plus adéquates, il y a un oubli presque conscient

de l’importance sociale cruciale de la famille. Il est inquiétant que le

document préparatoire de Pékin ne comporte aucun chapitre sur la famille»,

à la différence des documents approuvés au Caire en 1994, où un chapitre

entier lui était consacré, et à Copenhague en 1995, où on trouve une section sur la famille. «C’est un des aspects où se manifeste le poids idéologique qui pèse sur la «Plate-forme pour l’action», ajoute le Saint-Siège.

«L’absence dans le document d’une référence positive et globale au rôle et

au travail de la femme dans la famille est suspecte. Là encore, le paragraphe figure entre parenthèses.»

Le rôle central de la religion

Sur la féminisation de la pauvreté, la note du Saint-Siège relève que

«ses causes fondamentales sont à chercher surtout dans l’instabilité de la

famille, le manque de protection de la maternité, l’abandon du foyer de la

part du père», mais aussi dans «un oubli irresponsable de la part des pays

les plus riches de leurs devoirs à l’égard des femmes des pays en voie de

développement, y compris celles qui se voient contraintes à l’émigration.

Et ce problème ne peut être résolu, comme le pensent certains, par une

application mécanique des plans forcés de contrôle de la population».

Dans le chapitre consacré à la santé, l’accent mis sur les «droits à la

reproduction» (reproductive rights), le «sexe en sécurité» (safe sex) ou

«l’avortement sûr» (safe abortion) «fait courir le risque d’altérer la

finalité et le sens de cette Conférence», dont le thème est «l’action pour

l’égalité, le développement et la paix», mais que l’on présente déjà comme

une conférence «sur les droits de la femme et sa santé reproductive». Pour

le Saint-Siège, «cette réduction dessert encore une fois les intérêts de la

plupart des femmes».

Quant à l’avortement, sur lequel la position de l’Eglise catholique est

bien connue, J. Navarro Valls a relevé au passage qu’il n’est pas le thème

de la Conférence. Mais «il n’existe pas un droit à l’avortement, car cela

est en contradiction avec le droit humain à la vie», qui est «le» droit humain fondamental, dont dérivent tous les autres. Par ailleurs, l’avortement

ne regarde pas seulement la femme: il concerne aussi l’homme et la société.

Il est «surprenant» que cet aspect soit absent du document préparatoire, ce

qui condamne la femme à la solitude au moment de sa vie où elle a le plus

besoin de solidarité.

La dimension spirituelle de la femme

Concernant la dimension spirituelle de la femme: «Les graves problèmes

de notre monde exigent que la société apporte une réponse non seulement aux

besoins matériels des femmes, mais aussi à la dimension spirituelle de leur

vie. Toute forme d’extrémisme peut avoir un impact négatif sur la femme,

mais il est indiscutable que la religion joue un rôle central et positif

dans la vie de millions de femmes dans le monde entier, et traduit aussi

les attentes qu’elles portent pour le futur. Le document invoque la pluralité et la tolérance dans beaucoup de milieux, mais, dans tout le document,

la seule référence à la dimension spirituelle et religieuse de la femme se

trouve en parenthèses.»

Pour un «consensus universel»

La note vaticane conclut: «Le Saint-Siège va à Pékin avec le désir et le

projet d’apporter sa propre contribution pour que la IVe Conférence mondiale sur la femme parvienne à un «consensus» universel sur les thèmes urgents

qui intéressent la femme d’aujourd’hui. On a dit que cette Conférence serait «un moyen très efficace d’unir le monde». Cet objectif peut être réalisé à condition que la Conférence parvienne à faire prendre conscience à

tous des droits de la femme; qu’elle offre des moyens de protéger la maternité, la famille et les besoins de la femme dans la vie professionnelle;

qu’elle réussisse à extirper la violence et la féminisation de la pauvreté;

et qu’elle trouve des solutions efficaces pour protéger les femmes migrantes et les flux de population entre le Sud et le Nord de la planète.

«Mais la Conférence ne parviendra certainement pas à unir le monde si

elle cherche à imposer, particulièrement dans les pays en voie de développement, un produit occidental, une philosophie sociale réductrice, qui

n’est même pas représentative des aspirations et des besoins de la majorité

des femmes en Occident.» (apic/cip/be)

25 août 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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