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Rome: Document du Vatican sur la faim dans le monde (241096)
Les «mauvaises politiques» sont en cause
Rome, 24octobre (APIC) Trois semaines avant l’ouverture du sommet mondial
contre la faim, le Vatican publie jeudi un document intitulé «La Faim dans
le monde. Un défi pour tous: le développement solidaire». Elaboré à la demande de Jean-Paul II par le Conseil pontifical «Cor Unum» (l’oeuvre d’entraide du Vatican), le document souligne que «pour progresser vers des solutions au problème de la faim et de la malnutrition dans le monde, il est
indispensable de saisir la nature éthique d’un tel enjeu».
La cause de la faim, de la malnutrition et de l’insécurité alimentaire
ne réside pas dans le manque de nourriture, étant donné que la planète
pourrait fournir à chacun sa ration alimentaire, constate le Conseil «Cor
Unum». Pour progresser vers des solutions au problème il est indispensable
de saisir la nature éthique d’un tel enjeu.
Pour les experts du Vatican, la densité démographique n’explique pas la
faim. «Aujourd’hui «on a plus de chance de réduire une excessive croissance
démographique en travaillant à diminuer la pauvreté de masse, plutôt que de
vaincre la pauvreté en se contentant d’abaisser le taux de croissance de la
population».
Parmi les causes de la faim le texte relève en revanche «les mauvaises
politiques des pays développés», le monopole de certains grands organismes,
publics ou privés, les restrictions au commerce et les incitations économiques parfois désordonnées. «Les comportements regrettables au plan moral»,
appelés aussi «structures de péché» sont aussi dénoncés: la recherche de
l’argent, du pouvoir, de l’image publique; l’affaiblissement du sens du
service à la communauté; la corruption; les incompétences; les structures
insuffisantes.
Le poids de la dette internationale
Le poids de la dette internationale des pays pauvres doit encore être
fortement réduit, souligne «Cor Unum». Mais cette diminution doit s’accompagner de réformes dans ces pays, pour parvenir à «la création d’un environnement économique et social basé sur une meilleure connaissance et une
meilleure gestion des marchés agricoles locaux, un développement du crédit
rural et de la formation technique, une garantie de prix locaux rémunérateurs, une amélioration des circuits de transformation et de commercialisation des produits locaux, une réelle concertation entre les pays en développement, une organisation des paysans eux-mêmes et la défense collective
de leurs intérêts».
L’aide alimentaire d’urgence doit rester une solution temporaire. Les
secours doivent être accompagnés de projets contribuant à «libérer les populations de leur dépendance». Le document montre en outre le danger des
exportations gratuites qui modifient les habitudes alimentaires des populations et découragent les producteurs locaux.
Le document souligne qu’»une réforme économique requiert de la part des
dirigeants une grande aptitude à la décision politique», pour éviter que
les efforts en vue de réduire les dépenses globales du pays ne touchent que
les plus pauvres, accentuant les injustices sociales, les situations conflictuelles, les possibilités de manipulations idéologiques des pauvres, et
la paralysie des initiatives au plan économique.
L’embargo: une arme injuste et dévastatrice
Par ailleurs, le Conseil «Cor Unum» met en garde contre l’utilisation de
la privation de nourriture comme arme politique ou militaire. Evoquant les
situations d’embargo, il rappelle que «les premières victimes de cette sorte d’actes de force, ce sont les populations», d’autant plus que «certains
responsables jouent sur la misère de leur peuple, provoquée par leurs agissements, pour obliger la communauté internationale à rétablir ses fournitures». L’aide alimentaire ne peut être refusée pour des raisons d’obédience
politique, de situation géographique, de sexe, d’âge ou d’appartenance à un
groupe ethnique, tribal ou religieux.
La stabilité et l’équité dans le commerce international par «une sage
réglementation» des marchés est un des moyens de lutte efficace. En effet,
les fluctuations excessives des prix sont contraires aux intérêts des producteurs comme des consommateurs. Pour cela, «il appartient aux pays importateurs de ne pas maintenir des barrières douanières ou d’en ériger de nouvelles». A l’inverse il importe «que les bénéfices locaux des opérations
commerciales profitent en grande partie aux plus défavorisés».
Le développement des capacités techniques doit permettre une amélioration des capacités de production. Il est donc nécessaire de favoriser dans
les pays pauvres la formation technique et scientifique, ainsi que de lutter contre une «mauvaise distribution des terres» et contre «l’utilisation
irrationnelle des sols» qui les appauvrit.
Démocratie et désarmement
Démocratie et désarmement sont en outre deux exigences de la paix qui
est indispensable à un véritable développement, souligne le Conseil «Cor
Unum». Une démocratie se juge à «l’articulation qu’elle sait trouver entre
liberté et solidarité». Un désarmement progressif permettrait de rendre
disponibles d’importantes ressources financières au profit des pays en développement.
Le document souligne également l’importance de l’éducation et donc du
rôle des femmes dans la survie des populations. Le Conseil demande un effort pour «améliorer leur statut social dans les pays pauvres, pour qu’elles aient un meilleur accès aux soins de santé, à la formation, et aussi au
crédit», tout en ayant soin de «préserver les rôles de l’homme et de la
femme, sans creuser de faille entre eux», en évitant d’adopter sans ajustement les «modèles occidentaux, particulièrement inadaptés aux situations
locales».
Dans le cadre de la préparation du Jubilé de l’an 2000, l’Eglise lance
enfin «un vaste appel à des propositions et suggestions jubilaires susceptibles de hâter l’éradication de la famine et de la malnutrition». (apicimed/mp)



