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Rome: rapport du cardinal Hume au Synode sur la vie consacrée (041094)
Evaluer la vie religieuse sur ce qu’elle est et non ce qu’elle fait
Rome, 4octobre(APIC) La vie consacrée ne peut s’évaluer sur la seule base
de «ce qu’elle fait», mais doit l’être d’abord «pour ce qu’elle est dans le
projet de Dieu». Tel est le message que le Cardinal Basil Hume, rapporteur
général du Synode sur la vie consacrée, a fait passer dans son discours
d’introduction. Le discernement épiscopal ne peut donc porter sur les seules réalisations humaines, mais doit apprécier l’originalité et la variété
de la vie consacrée. L’évêque doit «protéger» la vie consacrée contre toutes sortes d’embûches, qu’elles viennent du dedans ou du dehors, mais aussi
contre les déviations ou les essoufflements, de même que contre toute marginalisation ou auto-exclusion.
Tenant compte de ce rôle fondamental de l’épiscopat, le cardinal Hume,
lui même religieux bénédictin, propose aux Pères du Synode un triple objectif. Il s’agit d’abord de mieux «comprendre, apprécier et accueillir» la
vie consacrée voulue par Dieu. Cet accueil est indispensable pour promouvoir la communion ecclésiale et pour «favoriser une mission plus dynamique
et plus créative».
Le deuxième objectif est de «promouvoir la vie consacrée dans son
authenticité», tant sous l’angle de la réponse à un appel de Dieu que sous
les angles de l’enracinement ecclésial, des charismes spécifiques et de la
dimension missionnaire. Donc, un salutaire retour aux sources. Enfin, on
attend du Synode qu’il «favorise l’expansion de la vie consacrée», en
qualité et en vocations plus nombreuses.
Un don multiforme
Le cardinal Hume attire l’attention, dans un deuxième temps, sur «le don
multiforme de la vie consacrée». Certes, elle ne concerne directement que
0,12 % des fidèles de l’Eglise catholique, mais on risque de la réduire à
un phénomène abstrait et général si on ne la voit, dès le départ, dans toute sa variété et sa richesse. Aussi le cardinal Hume encourage-t-il le Synode à faire preuve d’une «vision ample et complexe». Rien que pour les femmes, relève-t-il, il existe pas moins de 1’423 instituts de droit pontifical et 1’550 de droit diocésain. S’y ajoutent 250 instituts masculins de
droit pontifical et 242 de droit diocésain. 82,2% des membres de la vie
consacrée sont «laïcs»; 17,8% seulement sont prêtres ou diacres. Les femmes
forment près des trois quarts des effectifs: 72,5%. Et l’archevêque insiste
pour que l’on apprécie «leur sensibilité, leurs valeurs et leurs apports
propres» à la vie consacrée. Dans la même optique, il invite à prendre en
compte la diversité des milieux culturels et sociaux où la vie consacrée
s’est répandue.
Le Concile Vatican II, dans sa Constitution dogmatique sur l’Eglise, a
recentré la vie consacrée sur l’axe fondamental de toute vie chrétienne:
l’appel (vocation) à la sainteté. Le rapporteur général du Synode renvoie
évidemment les participants à cette veine principale: la vie consacrée «dépend du Saint-Esprit». C’est pour répondre à l’appel de Dieu que des personnes axent leur vie sur une spiritualité: elles entendent avant tout vivre dans la disponibilité à l’action du Saint-Esprit.
Autre manière de rendre compte de la vie consacrée: ses membres ont
choisi, selon le cardinal Hume, de donner au Christ une «place centrale»
dans leur vie. La relation au Christ est donc essentielle pour préciser ce
qu’est «la vie consacrée». La consécration qu’implique la vie consacrée
est, au plus profond, selon le rapporteur du Synode, «conformation au
Christ» qui a vécu jusqu’au bout une vie consacrée à Dieu. Se conformer au
Christ «chaste, pauvre et obéissant» comporte alors une exigence de radicalité.
La communion de la vie consacrée avec l’Eglise, avant d’être une exigence majeure, est déjà un fait massif. Aussi l’archevêque demande-t-il à la
vie consacrée d’être un «signe stimulant» pour l’Eglise.
Questions nouvelles
La baisse des vocations ’classiques’ à la vie religieuse et la disparition de certaines formes de vie consacrée placent ses membres et l’Eglise
tout entière devant des questions nouvelles. Les premières que citent le
cardinal Hume, sont des enjeux résolument positifs, auxquels l’évolution
même de la vie consacrée impose de réfléchir. Comment, entre autres, promouvoir de véritables rapports ecclésiaux entre les évêques et les personnes consacrées tout en préservant la juste autonomie et la diversité des
charismes? Comment contribuer ensemble au discernement des formes de la vie
consacrée et des oeuvres qu’elle génère? Comment harmoniser les engagements
nouveaux avec la permanence des oeuvres anciennes? Comment coordonner les
initiatives locales et nationales en fonction des nouveaux besoins missionnaires? Comment encourager la veine prophétique de la vie consacrée dans
l’Eglise et dans les cultures diverses d’aujourd’hui, tout en évidant les
polarisations ou les extravagances? Comment impliquer davantage les personnes consacrées dans les organes de consultation ou les instances de décision dans l’Eglise? Comment aider les prêtres issus de la vie consacrée à
intégrer à leur ministère la marque propre de leur charisme? Ou encore,
comment améliorer la participation des frères dans le gouvernement des institutions?
Il y a aussi des difficultés issues de malaises ou d’orientations problématiques. Par exemple: que faire devant les réticences de certaines religieuses à la perspective d’une eucharistie exclusivement présidée par des
hommes? Que faire si une communauté religieuse se disperse en autant d’appartements et d’engagements que de membres? Que faire quand des personnes
consacrées affirment publiquement leur désaccord avec les évêques ou le pape? Que faire quand un centre d’enseignement, une maison d’édition ou une
institution caritative gérés par des religieux paraît en opposition avec le
magistère?
Huit grands défis
Le cardinal Hume propose de récapituler les défis à relever en huit
points. «Le plus grand défi, dit-il, est celui de la spiritualité». Un réveil de l’authenticité s’impose pour un renouveau de la vie consacrée. Il
est d’autant plus nécessaire que l’on vit dans un monde qui cherche des
maîtres de spiritualité. L’archevêque de Westminster propose d’ailleurs de
créer des écoles de spiritualité.
Le deuxième défi est celui de la vie communautaire. C’est un aspect majeur de la vie consacrée et significatif de la communion ecclésiale. «La
place des femmes consacrées» constitue le troisième défi. Il impose de valoriser des apports spécifiques, avec «lucidité et équilibre». «Devant la
crise des vocations, qui touche de nombreux instituts du monde occidental,
certains choix, certaines attitudes ou revendications doivent être évalués
à la lumière de l’Evangile plutôt que sur des critères appuyés sur les
sciences humaines et sur certains courants culturels.»
Un quatrième point est l’évangélisation: tout doit être fait dans la perspective de la nouvelle évangélisation. Le cinquième défi regarde l’inculturation. Le pape Paul VI la définissait comme l’effort pour que «le sang
de l’Evangile coule dans les veines des cultures» diverses des hommes. Il
ne s’agit pas, précise le rapporteur général du Synode, «d’un simple ajustement des usages, mais d’une transformation profonde de la mentalité et
des modes de vie». Sixième défi: «le style de vie». Selon l’archevêque
britannique, «le temps est venu de rouvrir le débat sur la question de
l’habit religieux, comme signe de la personne consacrée.» Septième point:
«l’intégration des prêtres religieux dans les projets pastoraux des diocèses», de même que les «rapports avec les laïcs, qui se posent en termes
nouveaux». «La crise des vocations» constitue le dernier défi. Il s’agit,
pour le cardinal Hume, de «promouvoir une culture chrétienne de la vocation». Les évêques doivent en être les porteurs. Mais les personnes consacrées ont aussi un rôle à jouer pour animer une telle culture en offrant un
témoignage plus visible, non seulement de ce qu’elles font, mais surtout de
ce qu’elles sont. (apic/jmg/mp)



