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San Salvador: Il y a 15 ans mourait assassiné Mgr Romero
La dimension prophétique de «saint Romero de l’Amérique» (220395)
San Salvador, 22mars(APIC) Peu d’événements de l’histoire latino-américaine contemporaine ont produit un impact aussi fort que l’assassinat, par
l’armée salvadorienne, de Mgr Oscar Romero, le 24 mars 1980 à San Salvador.
Vendredi, 15 ans après, des cérémonies célébrées un peu partout dans le
monde catholique, ainsi que dans plusieurs diocèses suisses, marqueront
cette date, pour rendre hommage à la mémoire de celui que les latino-américains nomment désormais familièrement «saint Romero de l’Amérique».
Un jour auparavant, le dimanche 23 mars, durant son homélie hebdomadaire
à la cathédrale de San Salvador, où il s’était réuni pour la dernière fois
avec ses fidèles, Mgr Romero avait lancé un appel passionné aux soldats
pour qu’ils ne tirent pas contre la population civile et désobéissent aux
ordres de leurs supérieurs.
Le Salvador vivait alors la déchirure d’une violente guerre civile et
l’archevêque de San Salvador, Oscar Arnulfo Romero, était devenu le «procureur populaire» le plus autorisé. Sa voix prophétique appelant à trouver
une solution politique à la crise que vivait son pays – «pour atteindre une
paix juste qui ne soit pas celle des cimetières » – a anticipé de dix ans
le processus de négociation politique qui devait aboutir ultérieurement.
Or, cette attitude prophétique était inacceptable pour le régime en place. Le lundi 24 mars, alors qu’il célébrait une messe pour une défunte dans
la chapelle de l’hôpital des cancéreux, Mgr Romero était assassiné. Un tueur au service du major Roberto d’Aubuisson – fondateur du parti de l’»Alliance républicaine nationaliste» (ARENA) actuellement au gouvernement l’abattit à bout portant.
Après un long deuil, les Salvadoriens participèrent lors du dimanche des
Rameaux 1980 à une messe populaire. La cérémonie fut interrompue par les
tirs des forces de sécurité qui firent 40 morts et des centaines de blessés.
Une date, une réflexion
Lors de l’une de ses célébrations, le 27 novembre 1977, Mgr Romero avait
développé en toute simplicité ce qui allait devenir la réflexion théologique essentielle de son magistère: «Nous ne pouvons isoler la parole de Dieu
de la réalité historique dans laquelle elle est dite. Elle ne serait plus
alors parole de Dieu. Elle serait une histoire quelconque, un livre de piété, une Bible bien rangée dans notre bibliothèque. Or elle est parole de
Dieu, c’est-à-dire qu’elle inspire, éclaire, contrecarre, rejette, magnifie
ce qui se fait aujourd’hui dans notre société».
L’engagement social et une attitude de service ont dès lors marqué l’action de Mgr Romero. Comme le signale Maria Lopez Vigil – auteur de «Piezas
para un retrato de Monsenor Romero» (Eléments pour un portrait de Mgr Romero) – il s’est «converti» à l’âge de 60 ans.
Cette opinion est partagée par l’abbé Jean-Marie Pasquier, de Neuchâtel,
aumônier de de «Frères sans frontières», organisation suisse qui envoie des
volontaires dans le tiers monde.
Une transformation radicale
Mgr Romero, fait remarquer l’abbé Pasquier, avait compris que son engagement le rapprochait de la mort. Lui-même le soulignait: Il ne serait pas
compréhensible qu’un peuple qui doit payer le tribut de tant de milliers de
morts ne compte pas aussi des prêtres et même des évêques parmi ses martyrs. Comme dit Jésus, aimer c’est être disposé à donner jusqu’à la vie
pour ses frères, rappelle Jean-Marie Pasquier.
«Il avait atteint la plus haute des charges ecclésiastiques de son pays
lorsqu’il s’approcha vraiment des gens et de la réalité… Au sommet et
quand son âge lui demandait du repos, il s’est décidé à comprendre qu’il
n’existe pas d’autre ascension que vers la terre. Et il a cheminé jusque
là…», souligne Maria Lopez Vigil, dans le prologue de la biographie consacrée à Mgr Romero.
Durant ses premières années de sacerdoce, Mgr Romero fut en désaccord
avec le clergé le plus progressiste de son pays. Il vécut ensuite une
transformation radicale. D’où le nom affectueux de «saint Romero de l’Amérique» qu’on lui donne aujourd’hui sur le continent. (apic/eni/pr)




