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APIC -Interview

Roumanie: la liberté et le dialogue oecuménique vont de pair (261294)

Mgr John Bukovsky, nonce apostolique en Roumanie

Fribourg, 26décembre(APIC) Après pas loin de quatre ans passés en Roumanie comme nonce apostolique, Mgr John Bukovsky vient d’être nommé représentant du Saint-Siège auprès de la Fédération de Russie. Quelques temps avant

son départ, ce spécialiste de l’Europe orientale a dressé pour l’Aide à

l’Eglise en détresse un portrait de l’Eglise et de la société roumaine,

cinq ans après la chute du dictateur Ceausescu.

Né en 1924, dans le diocèse de Nitra en Slovaquie, Mgr John Bukovsky a

fait ses études aux Etats-Unis. Après son ordination sa erdotale en 1950,

il a été notamment du séminaire de Techny, en Illinois. Avant sa nomination

comme nonce apostolique, il a travaillé pendant 18 ans au sein de la Secrétairerie d’Etat du Vatican comme expert de l’Europe orientale.

Vous êtes nonce en Roumanie pratiquement depuis la libération de ce pays. A

l’extérieur on estime parfois que rien n’a changé depuis la chute du régime

Ceausescu?

Mgr John Bukovsky: Le processus de démocratisation a fait de gros progrès

en Roumanie, bien plus gros que la presse ne veut parfois le laisser entendre. La Constitution est incontestablement au niveau du standard européen,

même si son application doit encore faire ses preuves. La situation politique est marquée par le fait que le gouvernment et le parlement n’ont qu’une

faible opposition pour leur tenir tête. Cela éveille naturellement le sentiment d’un manque de liberté. Mais les libertés ont été acquises de haute

lutte avec la Constitution.

Quelles sont aujourd’hui les plus grandes préoccupations des catholiques en

Roumanie?

J.B.: Les plus grands soucis tournent autour de l’Eglise gréco-catholique

uniate. L’unification de cette Eglise avec Rome remonte à l’an 1700. Le régime communiste y a mis brutalement fin en décembre 1948. Il y avait à

l’époque dans le pays 1,8 million d’uniates qui réagirent de trois façons

différentes. Certains rejoignirent l’Eglise orthodoxe, d’autres gagnèrent

les rangs de l’Eglise catholique-romaine (latine) enfin un partie d’entre

eux passèrent à la clandestinité.

Ce n’est qu’en mars 1990, que de nouveaux évêques de rite latin et gréco-catholique purent être nommées. La plus grande préoccupation actuelle

est le manque de prêtres, car la plupart sont âgés et malades.

Une deuxième difficulté consiste à élaborer une structure ecclésiale qui

cadre avec les réformes du Concile Vatican II. Cela concerne la liturgie,

le droit canon et le travail pastoral. Il s’agit enfin de bâtir des lieux

de cultes dans les quartiers modernes des villes.

Sous le régime communiste, l’Eglise gréco-catholique fut persécutée,

l’Eglise latine tolérée, tandis que l’Eglise orthodoxe est aujourd’hui

soupçonnée de collaboration avec ce pouvoir honni. Quelles sont actuellement les relations avec l’Etat?

J.B.: Les catholiques des deux rites représentent le 6 à 7% de la population. Les orthodoxes en forment le 85%. Aux yeux de la Constitution, toutes

les Eglises sont libres et égales. Les membres du clergé touchent un salaire minimum, qui certes ne leur permet pas de vivre, mais représente déjà

une aide. Les édifices religieux ont été restitués aux catholiques comme

aux orthodoxes, pour peu qu’ils fussent propriété de l’Etat.

Les difficultés ont surgi entre les communautés gréco-catholiques et orthodoxes. Parce que les églises catholiques ont été attribuées par le régime communiste aux orthodoxes et que ces derniers ne sont pas tenus de les

restituer.

Diverses solutions ont été discutées: soit la restitution intégrale,

soit l’utilisation conjointe des églises par les deux communautés, soit la

répartition des églises d’une même ville entre les deux Eglises. Si aucune

solution pacifique ne peut être trouvée, on en arrive parfois à construire

un nouveau lieu de culte pour les gréco-catholiques. Il y a aussi la

question du logement des prêtres et de la mise à disposition des locaux

nécessaires à la pastorale.

Vous parlez de la question des lieux de cultes, le dialogue se vit aussi

sur d’autres plans?

J.B.: Par tradition l’Eglise orthodoxe s’identifie à la nation roumaine.

Elle attache beaucoup d’importance au fait d’être reconnue comme Eglise nationale. Le dialogue est une nouveauté pour toutes les Eglises. Il ne s’est

instauré qu’avec la liberté retrouvée. On commence à le pratiquer avec lenteur et circonspection. Lors de la cérémonie d’investiture du nouvel archevêque latin d’Alba Julia, le métropolite et l’évêque orthodoxe du lieu ont

assisté à la célébration. Lors de la semaine de prière pour l’unité des

chrétiens en janvier dernier, des représentants catholiques et orthodoxes

se sont rendus mutuellement visite dans leur cathédrale et ont prié ensemble.

Que peut faire l’Eglise catholique pour la réconciliation entre les diverses nationalités vivant en Roumanie?

J.B.:C’est un problème avant tout politique. Sur 1,18 million de catholiques en Roumanie, 670’000 sont de langue hongroise, 360’000 roumains,

70’000 germanophones. On compte encore d’autres minorités comme les 7’000

Bulgares, les 4’000 Tchèques, les 3’000 Slovaques et les 4’000 Croates. La

situation de ces minorités pour ce qui concerne l’éducation, la liberté de

presse, les journaux s’est sensiblement améliorée.

Le conflit le plus important est celui qui oppose les Roumains aux Hongrois. Des 1,62 million de Hongrois de Roumanie, 41% sont catholiques (47%

réformés). On conçoit que conflit n’est pas tant un problème de confession

qu’un problème historique de nationalités. Les trois provinces à prédominance hongroise revendiquent l’autonomie administrative, mais sur ce point

l’Eglise ne peut prendre position. (apic/aed/mp)

26 décembre 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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