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Rwanda : premiers éléments sur la situation (171094)

de l’Eglise depuis les massacres

Bruxelles, 17octobre(APIC/CIP) Plus d’une centaine de prêtres ont été

tués depuis avril 1994 dans les neuf diocèses du Rwanda. A cette liste

officielle déjà lourde et probablement incomplète, on pourrait ajouter de

nombreux diacres et grands séminaristes tués en cachette soit dans des paroisses soit dans leurs familles. D’après les chiffres publiés, c’est le

diocèse de Nyundo qui a le plus souffert avec à son compte 32 prêtres tués

ou portés disparus.

Le Jesuit Refugee Service-Europe (JRS) vient de publier un document de

65 pages, première version provisoire, sur la situation de l’Eglise au

Rwanda. Ce document veut être à la fois un témoignage des différents massacres qui ont frappé ce pays mais aussi conserver en mémoire les nombreuses

victimes tombées. Les diverses congrégations ont dû évacuer leurs membres.

Les religieux et religieuses étrangers ont été forcés de regagner leurs

pays d’origine pour des raisons de sécurité, abandonnant malgré eux les religieux rwandais à leur triste sort.

Ce recueil d’informations a été rédigé à la demande de plusieurs Congrégations et organisations d’Eglise qui ont voulu faire la lumière sur la

difficulté et le danger de leur présence sur place. Une autre partie de ce

rapport illustre les différentes actions de soutien qui s’opèrent au Rwanda, notamment par des ONG.

Les auteurs ont conscience de l’imperfection de ce document et espèrent

y remédier dans une seconde édition dont la publication est prévue pour le

début de l’année 1995.

Un dossier de «Dialogue»

De son côté, «Dialogue», revue d’information et de réflexion chrétienne

publiée au Rwanda depuis 27 ans, s’est installée provisoirement à Bruxelles. Son dernier numéro (juin-juillet 1994), tiré à 1.500 exemplaires (le

tirage au Rwanda était de plus de 3.000 exemplaires) présente également un

dossier impressionnant de témoignages sur la tragédie du Rwanda. Même si

ces témoignages proviennent surtout de religieux européens et évoquent peu

l’attitude du Front patriotique de libération du Rwanda (FPR), ils fournissent des éléments incontestables. On y trouve aussi la liste des prêtres,

religieux, religieuses et laïcs consacrés qui ont été tués.

Radio pour la Paix

Le comité de radio «Amahoro» (Radio pour la Paix) annonce de son côté

qu’elle a commencé à émettre en kinyarwanda à destination du Rwanda et des

pays environnants. Le consortium de production, situé à Bruxelles, regroupe

en premier lieu les responsables des émissions, actuellement des membres de

la Société Civile Rwandaise, qui regroupe six ensembles: les ONG de développement (rwandaises et internationales), les associations de défense des

droits de l’homme, des associations religieuses, des associations professionnelles, des syndicats et des associations paysannes. Les membres de la

Société Civile Rwandaise sont soutenus par des ONG européennes et par Amnesty International.

Un double bain de sang

La situation reste difficile. «L’ex-armée rwandaise hutu terrorise la

population, surtout dans les camps de réfugiés. D’autre part, au Rwanda,

des milliers de Hutus ont été condamnés sommairement et exécutés par le

Front Patriotique Rwandais, composé surtout de Tutsis», écrit le Bulletin

d’Information Africaine (ANB-BIA) des Pères Blancs à Bruxelles, dans une

déclaration sur «le double bain de sang» qui perdure au Rwanda.

Des listes circulent dans le pays livrant les noms de tous les Hutus qui

ont eu une activité politique depuis l’indépendance, affirme ANB-BIA, qui

ajoute que le Haut Commissariat aux Réfugiés lui-même admet qu’entre 5’000

et 10’000 Rwandais sont encore assassinés chaque mois. Le bulletin des Pères Blancs réclame la mise en place d’un «tribunal international indépendant» pour juger les vrais responsables des massacres, mais aussi «épargner

les nombreux innocents» et prévenir d’autres tueries. (apic/cip/mp)

17 octobre 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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