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apic/Rwanda/Génocide rampant/Dénonciation de l’archevêque de Bukavu
Rwanda:L’archevêque de Bukavu (Zaïre) (310196)
lance un appel à l’ex-président Carter
Au Rwanda, massacres et disparitions sont à l’ordre du jour
Bukavu/Bruxelles, 31janvier(APIC) Les réfugiés rwandais entassés dans des
camps au Zaïre devraient rentrer chez eux, a déclaré mardi Mgr Christophe
Munzihirwa, , «mais comment le pourraient-ils actuellement sans risquer de
perdre la vie? Des massacres et des disparitions d’une ampleur considérable
ont actuellement lieu au Rwanda». L’archevêque catholique de Bukavu évoque
le spectre d’un «génocide rampant» au Rwanda.
Dans une lettre envoyée le 30 janvier 1996 à l’ex-président américain
Jimmy Carter, responsable de la Fondation Carter, qui travaille à la pacification dans la région des Grands Lacs, l’archevêque zaïrois affirme que
les nouvelles en provenance Rwanda sont «très inquiétantes». N’y a-t-il pas
la volonté de liquider en partie le groupe des Hutus, «et certainement tous
leurs intellectuels», se demande-t-il.
Actuellement, les réfugiés dans les camps sont dans une situation extrêmement pénible. Ils se sentent méprisés, et ils le sont de fait par beaucoup de médias, alors qu’ils sont «dans leur grande majorité victimes des
extrémistes et non pas coupables». Les soins de santé auxquels les réfugiés
ont accès sont élémentaires et insuffisants. «Le HCR, par exemple, refuse
de prendre en charge les malades atteints de tuberculose et les diabétiques», affirme l’archevêque de Bukavu. De plus, la perspective d’un rapatriement forcé avec fermeture progressive des camps suscite chez eux une
vive inquiétude.
Des disparitions planifiées par les officiers de l’APR
En effet, souligne Mgr Christophe Munzihirwa, «nous savons de source sûre que plusieurs officiers de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR), basés
dans le parc de l’Akagera (à la frontière nord-est) et couverts par le pouvoir, sont chargés des disparitions de personnes à opérer sur toute l’étendue du territoire». L’archevêque de Bukavu affirme que cette planification
des disparitions et des massacres vise en priorité les intellectuels hutus.
Les conditions de détention des personnes arrêtées pour la plupart arbitrairement, dont des milliers de femmes et d’enfants, sont «abominables et
inqualifiables». Retenus sans jugement, parfois entassés et debout, les
prisonniers ont les pieds qui pourrissent…
Parmi l’aide accordée par certains pays occidentaux, celle de la Belgique – d’un montant de 2 millions de francs suisses -, destinée à la remise
en fonction du système judiciaire, n’est pas arrivée à destination, mais
elle a été détournée à d’autres fins. «Probablement pour l’achat d’armes»,
dénonce Mgr Christophe Munzihirwa.
Aide militaire américaine à l’APR dénoncée
L’archevêque de Bukavu demande l’ouverture d’une enquête internationale
sur les massacres en cours au Rwanda et sur les conditions de détention
«visant à la purification ethnique», et sur la planification des disparitions et des massacres. De plus, affirme Mgr Christophe Munzihirwa, les
Etats-Unis apportent une aide financière et militaire importante à Kigali:
«On sait que 50 instructeurs américains contribuent à la formation des soldats de l’APR».
Et c’est avec la logistique et du matériel américain que des soldats de
l’APR ont attaqué, la nuit du 6 au 7 novembre 1995, les paysans hutus habitant l’île d’Idwawa, située en territoire rwandais, près de Goma. «Cette
attaque a fait gratuitement de nombreuses victimes parmi ces habitants qualifiés à tort d’être des réfugiés au Zaïre venant attaquer le Rwanda». Dans
sa lettre à Jimmy Carter, l’archevêque de Bukavu demande comment l’on peut
justifier cette aide américaine «à un régime politique qui pratique une
gestion totalitaire du pouvoir – en violation flagrante des accords d’Arusha – imposant la terreur et planifiant les massacres». (apic/bia/be)



