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Salvador: Mgr Saenz dément procéder à des «purges» idéologiques(051296)
Les théologiens de la libération dans le collimateur?
Madrid, 5décembre (APIC) A l’évidence, l’archevêque de San Salvador, Mgr
Fernando Saenz Lacalle, un évêque d’origine espagnole membre de l’Opus Dei,
ne marche pas sur les traces de son illustre prédécesseur, Mgr Oscar Arnulfo Romero, tombé en mars 1980 sous les balles des «Escadrons de la Mort» de
l’extrême-droite. Accusé de procéder à des «purges» idéologiques dans
l’Eglise salvadorienne, il s’en défend dans une interview accordée au quotidien conservateur madrilène ABC.
Accusé publiquement par les jésuites de l’Université Centroaméricaine
(UCA) de San Salvador de procéder à des «purges politiques» au sein de
l’Eglise, de soutenir politiquement la droite au pouvoir et d’être favorable à la peine de mort, Mgr Saenz commence par préciser qu’il se sent «pleinement appuyé» par le Vatican.
Sous le «calme caribéen» du prélat de l’Opus Dei perce cependant «une
forte capacité de décision», note le journal qui ajoute, admiratif, «ce
n’est pas en vain que le pape l’a nommé archevêque du siège épiscopal le
plus significatif de toute l’Amérique latine». C’est en effet à San Salvador que furent assassinés Mgr Romero, mais aussi le Père Ignacio Ellacuria
et ses compagnons jésuites, signale ABC. «Là se trouve le ’cerveau’ de la
théologie de la libération, l’Université dirigée par la Compagnie de Jésus,
à laquelle appartenait le professeur Ellacuria et où continuent d’enseigner
des professeurs ’bannis’ dans des universités espagnoles».
La politique, c’est l’affaire des laïcs
L’archevêque précise sa position: «Dès le moment où j’ai pris possession
de mon siège, j’ai toujours dit que je m’abstiendrai d’intervenir en politique, car tout fidèle a comme moi le droit d’exprimer ses opinions, dans
lesquelles je ne désire pas interférer avec le poids de ma charge».
Depuis dix ans, «toutes les élections se sont déroulées librement», sous
la surveillance d’observateurs étrangers, affirme l’archevêque de la capitale. «Le gouvernement actuel a été élu par le peuple, avec l’appui de 70 %
des électeurs».
Non que l’archevêque a pris le parti de se taire: «Je donne, dit-il, des
directives morales et doctrinales, mais à partir de la doctrine sociale de
l’Eglise. Ce qui se passe, c’est que quelques personnes pensent que ne pas
livrer d’opinions personnelles, c’est faire de la politique au profit du
gouvernement…»
Rétablissement de la peine de mort
Ainsi pour la peine de mort, que le gouvernement a décidé de rétablir,
après un débat très âpre: «Quand on m’interroge, je me borne à lire le texte qui y a trait dans l’encyclique ’L’Evangile de la vie’ (qui accepte la
peine de mort, ndr), pour éclairer la conscience des fidèles, non avec ma
propre opinion, mais avec la doctrine de l’Eglise. Car c’est bien cela mon
devoir: bien former les consciences et laisser les laïcs agir.»
Est-ce là appuyer le gouvernement conservateur ? «La première chose à
préciser, répond Mgr Saenz, c’est qu’il n’y a au Salvador ni violence institutionnelle ni guérilla. Les problèmes relèvent de la violence commune,
causée très souvent tant par les anciens guérilleros que par les ex-soldats
qui parfois forment des bandes conjointes. Cette violence doit toujours
être condamnée. Pour le reste, mes relations avec les gouvernants sont les
mêmes que si l’opposition l’avait emporté.»
Quelles purges ?
Quant au renvoi à la veille de leur ordination diaconale de huit séminaristes qui protestaient contre le remplacement du directeur et deux autres
prêtres de la direction du séminaire local (remplacés par des prêtres proches de l’Opus Dei), Mgr Saenz explique que le séminaire de la capitale est
interdiocésain et que les changements intervenus ont été approuvés par «une
large majorité des membres de la Conférence épiscopale». Les protestataires
n’ont pas non plus été suivis par «la grande majorité» des séminaristes.
Mgr Saenz s’explique aussi sur ses rapports avec l’UCA, dont il souhaite
faire «un puissant foyer d’irradiation du christianisme dans la société».
Quelques jésuites auxquels il en a parlé, dont le P. Kolvenbach, leur préposé général, «sont d’accord sur l’intérêt de promouvoir ces objectifs».
L’une des «purges idéologiques» dénoncées par les jésuites est la destitution par l’archevêque du Père Rodolfo Cardenal – jusqu’il y a peu vice-recteur de l’UCA – de sa charge de curé d’une paroisse où il se trouvait depuis treize ans et la nomination dans une paroisse éloignée de Mgr Rosa
Chavez, qui fut le bras droit de Mgr Rivera Damas.
Mgr Saenz proteste: «Le P. Kolvenbach et le jésuite concerné lui-même
ont reconnu qu’on ne peut s’occuper d’une paroisse de 30.000 personnes en
célébrant une seule messe. En outre, j’ai offert à ce prêtre d’apporter de
l’aide dans une autre paroisse et il a refusé, alléguant qu’il était très
occupé. Quant à Mgr Rosa Chavez, il faut savoir qu’il n’y a rien d’anormal
au Salvador à ce qu’un évêque auxiliaire s’occupe d’une paroisse. Mgr Romero l’a fait lui aussi.» (apic/cip/be)
Encadré
Béatification des jésuites assassinés à l’UCA: encore aucune décision
Notons que le procès en vue de la béatification de Mgr Romero, l’archevêque
de San Salvador tombé en mars 1980 sous les balles des «Escadrons de la
Mort» de l’extrême-droite, est terminé au niveau diocésain et va s’ouvrir à
Rome. «Aucun miracle n’a été reconnu; nous ne savons pas si à Rome on décidera d’ouvrir la cause par la voie du martyre, pour laquelle le miracle
n’est pas nécessaire», affirme Mgr Saenz.
Aucune nouvelle par contre au sujet de la béatification du Père Ignacio
Ellacuria et de ses cinq compagnons jésuites assassinés en novembre 1989
avec leur cuisinière et sa fille par les tueurs du bataillon «Atlacatl»,
une unité d’élite de l’armée salvadorienne appuyée à l’époque par des conseillers militaires américains. «Cela dépend de la Compagnie de Jésus»,
note l’archevêque, «mais le Père Kolvenbach m’a dit qu’ils n’ont toujours
pas décidé d’ouvrir un procès». (apic/cip/be)



