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San Salvador: Départ du P. Cardenal de la paroisse du Christ Ressuscité
Les jésuites accusent l’archevêque de «purges idéologiques» (081296)
San Salvador, 8décembre (APIC) Mgr Fernando Saenz Lacalle, archevêque de
San Salvador, est accusé par les jésuites de l’Université Centroaméricaine
(UCA) de procéder à des «purges idéologiques» au sein de l’Eglise. En
cause, notamment, la mise à l’écart du P. Rodolfo Cardenal, ancien
vice-recteur de l’UCA, et de trois religieuses qui travaillaient dans la
paroisse du Christ Ressuscité, dans le quartier de Santa Tecla. Une
paroisse jugée trop «post-conciliaire» par l’archevêque, estiment les
jésuites.
Soeur Juan Marta Saravia et Soeur Eva del Carmen Menjiver sont arrivées
les premières dans le quartier, en 1982, après avoir renoncé aux commodités
du couvent pour vivre au milieu du peuple, afin de mieux répondre à ses
besoins pastoraux. A l’époque, Santa Tecla était une décharge.
«Nous avons commencé à visiter les gens dans leurs maisons, a raconté
Soeur Saravia à l’hebdomadaire américain «National Catholic Reporter». Au
début, ils pensaient que nous venions construire une Eglise, mais c’est une
Eglise vivante que nous avons édifiée.» Ainsi est née, sous la conduite du
P. Segundo Montes, l’un des six jésuites de l’UCA assassinés en 1989, ce
qui est considéré là-bas comme un modèle de l’Eglise post-conciliaire.
Si le P. Cardenal parcourait la paroisse tous les week-ends, ce sont en
effet les religieuses et les laïcs qui l’administraient les autres jours de
la semaine. Ces laïcs ont demandé à Mgr Saenz de revenir sur sa décision.
L’archevêque, qui n’a jamais visité la paroisse, a nommé un pasteur à titre
temporaire, le P. Rogelio Esquivel.
Faire taire les martyrs
Mgr Saenz se défend de «faire de la politique»: c’est le rôle des laïcs,
expliquait-t-il dernièrement au journal espagnol ABC. Et l’administration
d’une paroisse est le rôle du prêtre et non pas des religieuses ou des
laïcs, ajoutent ses détracteurs. Le P. Cardenal, disait encore l’archevêque
à ABC, a «lui-même reconnu qu’on ne peut s’occuper d’une paroisse de 30’000
âmes en célébrant une seule messe».
Pour le «National Catholic Reporter», le P. Cardenal est écarté pour
avoir «mal réagi» en apprenant que Mgr Saenz avait l’intention de fermer le
département de théologie de l’UCA. Le jésuite confirme que les motifs qui
lui ont été communiqués concernent son manque de temps et les dimensions de
sa paroisse. «Le clergé, quelques responsables ecclésiastiques et l’opinion
publique, ajoute-t-il, ont interprété ceci comme des représailles contre
moi et contre l’UCA. Une façon pour Mgr Saenz d’exprimer son désaccord.»
Le P. Jon Sobrino, jésuite et théologien de la libération, juge de son
côté «théologiquement malsaine» l’attitude de «celui qui pense que l’unique
modèle de paroisse qui puisse exister est celui dans lequel un ministre ordonné fait et régente tout». Pour lui, l’archidiocèse de San Salvador «est
en train de faire taire tout ce qui est en rapport avec nos martyrs».
Le jésuite allemand Martin Maier a raconté au «National Catholic Reporter» que les fidèles de la paroisse du Christ Ressuscité ont réalisé un poster. On y lit: «En 1989, les ennemis de la vérité nous ont enlevé le P.
Segundo Montes. Aujourd’hui, ils nous ont enlevé le P. Rodolfo Cardenal.»
(apic/cip/ncr/mp)



