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apic/SanCristobal/pressions
Mexique: L’Eglise de San Cristobal de las Casas sous pression
Les attaques se multiplient, les mouvements en faveur de Mgr Ruiz aussi
Bruxelles, 20février(APIC/CIP) Les attaques contre l’Eglise de San Cristobal de las Casas se multiplient. Le diocèse de Mgr Samuel Ruiz Garcia est
sous pression, comme l’est Mgr Ruiz en personne. Dimanche, une manifestation entre partisans et adversaires de Mgr Ruiz a fait une dizaine de blessés sur la place de la cathédrale de San Cristobal de las Casas, où 500 manifestants venus exiger la démission de Mgr Ruiz ont trouvé en face d’eux
des partisans résolus de l’évêque. Appui de taille pour Mgr Ruiz: celui du
président de la Conférence épiscopale mexicaine, qui a salué publiquement
l’action de l’évêque des Indiens.
Un épisode de plus dans un climat qui se dégrade de jour en jour, avec
la bénédiction des autorités civiles, accusent les organisations de défense
des droits de l’homme. Celles-ci, relayées par le réseau Kairos, dénoncent
par ailleurs la campagne de discrédit et de diffamation contre la personne
de Mgr Ruiz.
Selon le réseau Kairos de Belgique francophone, ce qui se passe au Chiapas est à situer dans le cadre de l’économie mondiale, que risque de déstabiliser la dévaluation du peso: le Mexique, nouveau partenaire économique
des Etats-Unis et du Canada, doit être une terre d’accueil pour les investissements nord-américains. Raison pour laquelle il vient de bénéficier de
l’aide américaine (51 millions de dollars débloqués par Bill Clinton). Dans
ce contexte, les paysans pauvres du Chiapas et les rebelles zapatistes sont
des gêneurs, comme le sont Mgr Ruiz et les groupes qui, depuis le début des
actions militaires, ont plaidé pour la reprise du dialogue entre le gouvernement et l’armée zapatiste.
Harcèlement
Selon le bulletin de presse du Centre des Droits de l’homme Fray Bartolomé de las Casas, les attaques contre l’Eglise de San Cristobal se multiplient. Le 16 février, un groupe non identifié d’une soixantaine de personnes venant de Comitèn et de Las Margaritas a agressé verbalement V. Angularo, curé de la Trinité. On a tenté de bouter le feu à la porte du bâtiment
jouxtant la cathédrale où sont conservées les Archives diocésaines. La
veille, l’église d’Ocosingo avait été fouillée, de même que les couvents
des dominicains et des dominicaines, qui ne figuraient pourtant pas sur le
mandat de perquisition.
Le Centre Fray Bartolomé de las Casas relève d’autres attaques récentes
qui «s’inscrivent dans le cadre d’une campagne soigneusement menée»: tentative d’homicide (impunie à ce jour) contre le Père Miguel Angel de Alba (10
janvier), attaques au cocktail Molotov contre la paroisse de Tila (27 janvier) et, plus récemment, menaces contre les séminaristes, harcèlement du
Père Javier Ruiz à Teopisca, arrestation de Jorge Santiago Santiago, assesseur de la Commission nationale de médiation (CONAI), harcèlement répété
des soeurs de Saint-Vincent de Paul à Altamirano, violation de domicile et
menaces contre les collaborateurs du Centre d’Ecodéveloppement à El Bosque.
Le centre s’inquiète par ailleurs du sort des populations évacuées il y a
huit jours à Ocosingo, Altamirano et Las Margaritas, qui continuent de se
terrer dans les montagnes dans des conditions très précaires.
Durant les heurts qui se sont produits ce week-end devant la cathédrale
de San Cristobal, il a fallu plus de deux heures avant que la police n’intervienne, alors que des coups de feu avaient été tirés en l’air et que la
cathédrale était bombardée de pierres, d’oeufs et de projectiles divers.
Soutien à Mgr Ruiz
Le président de la Conférence épiscopale mexicaine, Mgr Sergio Obeso Rivera, a manifesté dimanche sa solidarité avec Mgr Ruiz. Apportant ainsi son
appui à l’action de ce dernier. «Son engagement dans le sud du Mexique, est
un engagement contre le racisme. Son travail, comme évêque et son action
politique comme négociateur sont sans ambiguïtés», a-t-il déclaré devant
des journalistes.
Quant aux rumeurs d’une démission forcée de Mgr Samuel Ruiz, Kairos les
met sur le compte de machinations politiques auxquelles se prêtent certains
journaux, affirmant que «Samuel Ruiz savait tout», que «D. Ruiz et ses catéchistes sont bien connus au Chiapas sous le nom de ’Princes Mayas’». Même
si la Conférence épiscopale a publié en date du 12 février un texte réaffirmant son «appui total à la personne et au travail de Don Samuel Ruiz»,
certains évêques ont critiqué durement ce dernier, dont l’action «nuit à
l’image de l’Eglise», ajoutant qu’il pourrait être appelé à en répondre devant un tribunal et que Rome pourrait à nouveau exiger sa démission.
Devant ces attaques, une ONG de Mexico, le SICSAL, a déjà organisé une
campagne internationale de soutien à Mgr Ruiz, relayée à Paris par «Solidarité Romero». Devant les attaques visant l’évêque de San Cristobal et la
CONAI qu’il préside, le SICSAL s’étonne du rôle joué par certains prélats à
travers des déclarations «lamentables» où ils «violent la fraternité la
plus élémentaire vis-à-vis d’un frère évêque, l’exposant aux attaques des
secteurs les plus intransigeants du gouvernement et de la société».
«Espaz», un regroupement d’associations civiles et d’ONG, a organisé de
son côté une campagne de lettres en direction des autorités mexicaines pour
exiger, entre autres, la reprise du dialogue avec l’armée zapatiste, qui
doit être considérée «comme une force politique et un interlocuteur indispensable pour la paix»; la remise en cause du système néo-libéral, qui aggrave les inégalités; ainsi que le respect et le renforcement du travail de
l’Eglise de San Cristobal. (apic/cip/pr)



