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apic/Semaine de l’unité des chrétiens/A l’écoute des mennonites/

APIC – Dossier

Semaine de prière pour l’unité des chrétiens

Mieux connaître les mennonites

Fribourg, 14janvier (APIC) La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens

(18-25 janvier) est l’occasion d’apprendre à connaître d’autres Eglises et

communautés chrétiennes. Les Eglises évangéliques mennonites font partie

aujourd’hui d’un courant minoritaire du protestantisme. Le mouvement né

dans le cadre de la Réforme zurichoise et qui prône un attachement libre et

volontaire au Christ a essaimé ensuite en Europe et aux Etats-Unis où il

compte aujourd’hui la majorité de ses adhérents.

Les Mennonites sont les premiers à reconnaître que leur nom intrigue.

Ils le doivent à un réformateur hollandais, dont ils ont célébré l’an dernier le 5e centenaire de la naissance : Menno Simons (1496-1561).

On connaît les grands noms de la réforme protestante du XVIe siècle:

Martin Luther, Ulrich Zwingli, Jean Calvin…, ou ceux qui ont marqué le

renouveau catholique après le concile de Trente, comme Ignace de Loyola,

fondateur de la Compagnie de Jésus. On connaît moins Menno Simons, et d’autres de ses contemporains qui ont pourtant suscité un mouvement de réforme

assez radical dans l’Europe de la Renaissance.

Des anabaptistes aux mennonites

Le mouvement mennonite remonte au grand «réveil spirituel» du XVIe siècle. Conrad Grebel, Félix Mantz, Georges Blaurock et d’autres intellectuels

ont joué un rôle marquant dans son évolution. Collaborateurs et disciples

du réformateur suisse Ulrich Zwingli à Zurich dans les années 1520, ils se

sont démarqués de lui à partir du moment où Zwingli demanda l’appui des autorités civiles de Zurich pour son oeuvre. A leurs yeux, c’était trahir le

principe premier de la Réforme: l’autorité absolue de la Parole de Dieu.

En prenant publiquement position, le 17 janvier 1521, en faveur du baptême des enfants alors objet d’une controverse, le Conseil Zurichois provoqua la rupture. Quatre jours plus tard, réunis chez Félix Mantz, les collaborateurs de Zwingli prirent leurs distances: G. Blaurok demanda à recevoir

le baptême, puis il rebaptisa ses amis et les autres personnes présentes.

Une nouvelle communauté était née, se réclamant radicalement de la liberté

d’esprit des premiers chrétiens: «Mieux vaut obéir à Dieu plutôt qu’aux

hommes».

Ses membres liaient le baptême à l’engagement adulte dans la confession

de foi. Ce qui en faisait, le cas échéant, des «rebaptiseurs» ou «anabaptistes». Cet engagement traduisait, à leurs yeux, une option pour un style

de vie évangélique plus libre et plus simple.

De la liberté à l’insoumission voire à l’insurrection, le pas fut franchi par certains groupes. Les partisans du mouvement anabaptiste, en dissidence avec Zwingli, furent très vite rejetés et persécutés. D’un autre côté, surtout en Allemagne du nord et aux Pays-Bas, des groupes se lancèrent

dans l’insurrection violente contre le pouvoir.

Aux Pays-Bas, pourtant, la violence a trouvé en Menno Simons un résistant pacifique. Ancien prêtre catholique, ouvert aux idées neuves venues de

Zurich, le réformateur était convaincu du caractère évangélique du mouvement, pour autant qu’il soit non violent. En 1536, à l’âge de 40 ans, il se

rallia aux communautés persécutées et désorganisées, se fit rebaptiser et

devint un guide spirituel infatigable pour des groupes affaiblis et clandestins qu’il encouragea sur la voie de la non-violence.

Confession de foi et organisation

Les mennonites, qui ont gardé le Credo comme base de leur confession de

foi, n’ont pas jugé bon de s’entendre au départ sur une confession de foi

particulière. Réunis à Schleithem en 1527, ils ont seulement défini en

«sept articles» les principes de leur entente.

Ces «sept articles», rédigés sous l’impulsion d’un ancien bénédictin,

Michael Sattler, insistent sur l’engagement pratique du chrétien dans un

mouvement de conversion, sur la vie communautaire des baptisés, sur l’amour

du prochain jusque dans le refus de la violence.

Les communautés ou Eglises locales mennonites sont de type congrégationnaliste: les assemblées locales sont autonomes et souverainement responsables de l’organisation de leur vie communautaire. Un ministère collégial assure la direction spirituelle. Un collège pastoral d’anciens, auxquels sont

souvent associés les prédicateurs et les diacres, est élu par toute l’assemblée locale.

Les Eglises mennonites, sont proches du protestantisme. Mais leur attachement à la liberté les a toujours rendues hésitantes devant l’adhésion à

un Conseil d’Eglises officiel. Ainsi elles ne sont pas membres du Conseil

oecuménique des Eglises (COE).

Les Mennonites n’entretiennent pas de contact officiel et ne sont donc

pas engagés dans des dialogues théologiques institués avec les Eglises catholique et orthodoxe. Ceci n’empêche pas d’excellentes relations dans des

cadres moins formels.

Les mennonites dans le monde et en Suisse

En 1525, la rupture avec Zwingli entraîne des persécutions, des emprisonnements et des mises à mort. La persécution a pour effet que les idées

anabaptistes se répandent rapidement en Suisse, en Autriche, en Moravie, en

France, dans les Etats allemands et aux Pays-Bas.

On compte aujourd’hui quelque 850’000 mennonites dans le monde dont

350’000 aux Etats-Unis et une communauté importante au Canada. Les mennonites sont également présents aux Pays-Bas, en Allemagne et dans l’ex-URSS.

En France on compte une trentaine de communautés locales. Par leurs émigrants et leurs missionnaires, les mennonites ont également formé des communautés en Amérique latine, en Asie et en Afrique.

Dès la fin de l’année 1525, les anabaptistes apparaissent à Berne. On

trouve également leurs traces à Zofingue, Aarau et Brugg. Partout l’opposition au mouvement se manifeste. Après 1528, l’anabaptisme suisse progresse

surtout dans les campagnes. Mais la lutte contre le mouvement se traduit

par des menaces et des interdictions, des expulsions, une inquisition sans

pitié et des exécutions. Vers la fin du XVIe siècle, les anabaptistes se

retirent dans les vallées reculées et sur les hauteurs de l’Emmental. Les

anabaptistes bernois, chassés par leurs autorités s’établissent dans les

montagnes jurassiennes. Le martyrologe, une chronique du XVIe siècle, évalue à 40 le nombre d’exécutions dans la seule ville de Berne en moins de 45

ans.

Vers la fin du XVIIe, un schisme marque l’anabaptisme. Cela sous l’impulsion du prédicateur Jacob Ammann, d’origine bernoise (1644(?)-1730), qui

exige une Eglise moins mondaine. La rupture avec les «frères» se produit en

1693. Ammann trouve des adeptes en Suisse, en Alsace et dans le sud de

l’Allemagne. Ses disciples sont connus sous le nom d’»Amish». Le monde

amish se distingue comme une branche conservatrice du mennonisme, appliquant à la lettre les règles d’Ammann: refus du service armé et de toute

fonction publique, costume austère et port de la barbe, et… maintien du

dialecte bernois. Le mouvement amish, issu de l’anabaptisme européen, est

aujourd’hui fortement implanté aux Etats-Unis. Où il est organisé en communautés rurales relativement autarciques, maintenant toujours leur spécificité linguistique, vestimentaire et archtecturale.

Au moment de la Révolution française, vers la fin du XVIIIe siècle, les

anabaptistes sont toujours présents dans la région de Bâle, dans l’Emmental, où l’isolement permet leur survie, ainsi que dans le Jura catholique

où ils sont tolérés par les Princes-Evêques, en dépit des efforts répétés

des Bernois pour leur faire vider les lieux.

Présents sur de nombreux fronts

Avec 3’000 membres actuellement recensés en Suisse, les anabaptistes se

répartissent en Communautés autonomes dans les cantons de Bâle-Ville et

Campagne, Berne, Jura et Neuchâtel, avec des groupements à Berne, Bienne,

La Chaux-de-Fonds, La Chaux-d’Abel, Courgenay, Emmental, La Ferrière,

Kleinthal, Liestal, Lucelle, Muttenz, Sonnenberg, dans les vallées de Delémont et dans le vallon de St-Imier. Ensemble, ces communautés constituent

la «Conférence mennonite suisse». Depuis plus de 100 ans, le «Zionspiler»,

hebdomadaire bilingue de la Conférence, sert de lien entre les mennnonites

suisses. La communauté dispose en outre d’une oeuvre caritative de secours.

Sans parler de ses nombreuses antennes et activités dans les domaines religieux, sociaux et pacifiques les plus divers. (apic/cip/pr/mp)

14 janvier 1997 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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