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apic/Sibérie/Mission orthodoxe/Irkoutsk
APIC – Reportage
Le rêve d’Oleg:relancer la mission orthodoxe en Extrême-Orient(021096)
L’Eglise d’Irkoutsk se relève de ses ruines
Jacques Berset, Agence APIC
Irkoutsk (APIC) Contemplant les flots puissants de la rivière Angara,
l’ethnographe des religions Oleg Bychkov, secrétaire scientifique des diocèses orthodoxes d’Irkoutsk et de Tchita-Transbaïkal, se prend à rêver. Du
rétablissement de l’élan missionnaire orthodoxe qui a caractérisé dans le
passé la métropole de la Sibérie orientale. Une expansion brisée par la Révolution d’Octobre.
Du sommet du clocher de l’église de Znamenski – dont il est le carillonneur – le savant nous montre les stigmates de la période bolchévique:les
murs entaillés pour basculer les cloches dans le vide, la façade éventrée
permettant l’accès des moteurs d’hydravions à l’atelier de réparation…
Le cauchemar est aujourd’hui fini et le plan d’eau au pied du mur est
depuis longtemps vide d’avions. Znamenski Monastyr, le Monastère de l’Icône
de la Mère de Dieu du Signe, fondé au XVIIe siècle, a retrouvé sa vocation
première. Il abrite depuis septembre 1994 une communauté d’une vingtaine de
nonnes et de postulantes. Fermé en 1921, le monastère de Znamenski avait
été ouvert comme église paroissiale sous Staline, en 1946. Il était alors
hérissé d’antennes et le puissant émetteur radio installé dans ses murs
atteignait l’Océan glacial arctique.
Fondée en 1661 par des pionniers cosaques, la ville d’Irkoutsk, à quatre
jours de train de Moscou (5’200 km par le Transsibérien), jouit d’un passé
prestigieux, au carrefour des routes menant en Mongolie, en Chine et au Japon. Route empruntée par les colons russes, chasseurs et trappeurs, vendeurs de peaux et de métaux précieux, ville de bannissement sous les tsars
et de déportation sous les communistes.
Centre missionnaire de longue tradition aussi, où seules quelques-unes
des quarante-sept églises orthodoxes ont pu survivre à la persécution stalinienne et à la fureur plus destructrice encore de Nikita S. Khrouchtchev,
qui passait pourtant pour un «libéral» en Occident. «A Irkoutsk, la plupart
des églises ont été détruites ou désacralisées sous Khrouchtchev, qu’on appelait ici ’Khrouchtchev-qui-combat-contre-Dieu’», témoigne Oleg Bychkov.
Un centre spirituel et missionnaire
Après St-Pétersbourg, Moscou, Kiev et Kazan, la cinquième Académie théologique du pays, spécialement destinée à la mission vers l’Extrême-Orient,
avait été prévue à Irkoutsk. Elle aurait dû commencer ses activités en
1917, mais la Révolution d’Octobre a ruiné ce grand projet missionnaire. On
aurait dû y apprendre le chinois, le mongol, le tibétain, le mandchou, le
japonais, le coréen. Certes, des missionnaires orthodoxes avaient déjà été
formés et de nombreux livres théologiques imprimés dans les langues asiatiques, mais l’Eglise russe voulait à l’époque le faire de façon plus systématique dans le cadre de cette nouvelle Académie.
Avant la Révolution, Irkoutsk fut un centre administratif important et
le gouverneur général de toute la Sibérie orientale, du Iénisséï à l’Océan
Pacifique, y avait son siège. L’Alaska – territoire russe vendu aux EtatsUnis au siècle passé – est certes voisine de la Sibérie, mais ce n’est pas
là que l’Eglise russe va y concentrer ses activités à l’avenir: l’orthodoxie y est déjà florissante avec 52 paroisses et un séminaire à Kodiak.
Par contre, en visitant Harbin, en Mandchourie chinoise, Oleg s’est rendu compte que dans cette ville qui possédait dans le passé deux paroisses
orthodoxes, ses coreligionnaires se sont raréfiés. Nombre d’entre eux ont
été déportés durant la Révolution culturelle et leurs églises données aux
catholiques lorsque la liberté religieuse s’est améliorée, affirme-t-il.
Cet automne, la Mission orthodoxe russe rouvrira pourtant ses portes à
Pékin. Elle ne veut pas faire du prosélytisme ou chercher à convertir d’autres peuples; elle se souciera en priorité de la dizaine de milliers de
Russes réfugiés de la guerre civile installés dans la province chinoise du
Sinkiang (Hsin-Chiang). De même en Mongolie, l’Eglise russe négocie avec
les autorités d’Oulan-Bator pour l’établissement d’une Mission destinée à
s’occuper pastoralement des 3’500 Mongols d’origine russe et des 40’000
Bouriates orthodoxes, dont certains ont fui lors de la liquidation des cosaques avec lesquels ils vivaient.
Oleg Bychkov admet pourtant que les épreuves subies sous le communisme
ont laminé son Eglise et limitent fortement ses ambitions. Mais, insiste-til, les yeux brillants et lissant sa fine moustache, «nous espérons, avec
nos faibles moyens, pouvoir restaurer un jour un peu de notre glorieux passé missionnaire». (apic/be)
Des photos de ce reportage peuvent être commandées à l’agence CIRIC, 17
bis, Bd. de Grancy, 1006 Lausanne. Tél. 021/617 76 13, Fax 021/617 76 14.




