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Vienne: Le Père Jon Sobrino déplore la baisse de (040495)

l’engagement social de l’Eglise latino-américaine

«Les pauvres doivent-ils se contenter

des miettes tombant de la table des riches?»

Vienne, 4avril(APIC) Si l’on compare avec les années 70, l’Eglise d’Amérique latine est aujourd’hui «moins engagée pour la cause des pauvres»,

estime le jésuite Jon Sobrino, professeur à l’UCA, l’Université catholique

de San Salvador. Le célèbre théologien de la libération, de passage cette

semaine à Vienne, a déploré lors d’une conférence de presse dans la capitale autrichienne que l’»option préférentielle pour les pauvres» prônée par

l’assemblée plénière de l’épiscopat latino-américain de Medellin (1968) ne

soit plus à l’ordre du jour alors que le néo-libéralisme ravage le continent et laisse les plus pauvres sur le carreau.

Ce désintérêt relatif pour la réalité des pauvres est probablement dû au

changement de génération au sein de l’épiscopat du continent latino-américain, relève Jon Sobrino. Des évêques comme les Brésiliens Helder Camara,

ancien archevêque d’Olinda et Recife, le cardinal Paulo Evaristo Arns, archevêque de Sao Paulo, le Salvadorien Oscaro Arnulfo Romero, assassiné par

les «escadrons de la mort» à San Salvador ou le Mexicain Sergio Mendes Arceo, ancien évêque de Cuarnavaca, sont à ses yeux des pionniers de l’Eglise. «Ils ont pour nous une valeur correspondant à un saint Augustin», estime encore le théologien de la libération.

Davantage de spirituel, moins de social

Après l’assemblée plénière de l’épiscopat latino-américain à Puebla

(1979), l’Eglise d’Amérique latine a amorcé «une courbe descendante», constate Jon Sobrino. Aujourd’hui, dans l’ensemble, elle s’engage moins socialement. L’intérêt s’est déplacé vers des mouvements qualifiés de «plus spirituels». Il y a ainsi des séminaires diocésains qui se sont complètement

fermés à la théologie de la libération, déplore le jésuite basque: «Il n’y

a plus de lettres pastorales comme celles qui nous parvenaient du Pérou, du

Brésil et d’El Salvador dans les années 70».

«L’option pour les pauvres» n’a pourtant pas totalement disparu. Elle

existe toujours, mais à un niveau inférieur. Il a ainsi rappelé la commémoration à San Salvador du 15e anniversaire de l’assassinat de Mgr Romero il

y a deux semaines. A cette occasion, Mgr Samuel Ruiz, évêque mexicain de

San Cristobal de las Casas, dans le Chiapas, Mgr Pedro Casaldaliga, évêque

de Sao Felix, au Brésil, et le théologien péruvien Gustavo Gutierrez

n’avaient pas manqué ce rendez-vous hautement symbolique à l’UCA. «Il n’y a

jamais eu autant de monde à l’Université. Cela redonne de l’espoir».

Le Père Sobrino se montre moins optimiste à propos de la situation sociale du peuple salvadorien. Même si le programme économique néo-libéral

mis en place depuis l’élection du président Calderon Sol en 1994 était un

succès, il améliorerait la situation de 40 à 50% de la population. «Mais

je pose la question, s’est exclamé le jésuite: que va-t-il arriver pour les

50% restants? Doivent-ils vivre des miettes qui tombent de la table des

riches?» (apic/kpr/ba/be)

Encadré

D’origine basque, Jon Sobrino a consacré sa vie aux peuples d’Amérique centrale; il est actuellement professeur à l’Université catholique de San Salvador (UCA) où six de ses confrères jésuites et deux femmes furent assassinés par des militaires en 1989. En raison de son engagement comme théologien de la libération, le Père Sobrino a été à de nombreuses reprises dans

le collimateur des «escadrons de la mort» d’extrême-droite salvadoriens.

Sur la liste des tueurs, il doit à la chance d’avoir été absent lors du

massacre de l’UCA par des troupes d’»élite» de l’armée salvadorienne.

(apic/be)

4 avril 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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