Le texte contient 73 lignes (max. 75 signes), 818 mots et 5329 signes.
apic/Soeurs hospitalières/Fribourg/Rwanda
Fribourg: six religieuses hospitalières retournent au Rwanda
Pour reconstruire une communauté sociale et chrétienne (230195)
Fribourg, 23janvier(APIC) Six des 42 religieuses hospitalières de SainteMarthe arrivées l’été dernier du Rwanda pour échapper aux massacres, ont
quitté Fribourg le 22 janvier. Laissant la Maison Sainte-Marthe de Brunisberg qui les avait accueillies à Fribourg, pour s’en aller retrouver le
Rwanda, où plutôt ce qu’il en reste. Pour tenter de participer à la reconstruction d’une communauté déchirée, et ainsi préparer, depuis Kabgayi, dans
le sud du pays, le retour progressif de leurs consoeurs. Conscientes qu’elles sont de la situation d’un pays où l’on continue à tuer. «Plus proprement, mais à massacrer quand même».
Acte de courage? De foi dans tous les cas, pour Félicité, Didacienne,
Floride et Liberata, pour Marie-Emmanuelle et Rita, quatre soeurs rwandaises, hutues et tutsies confondues, une Française et une Bulloise. Six soeurs hospitalières animées de la même volonté: retrouver, ou essayer de retrouver une famille pour les unes, des amis pour les autres. Reconstruire
une communauté sociale et chrétienne. Se mettre à l’écoute.
Une appréhension, à quelques heures de l’envol? «Sans doute, oui, et des
interrogations, aussi. C’est un peu dans l’inconnu que nous partons. On ne
sait pas ce que nous allons retrouver. Nous n’avons aucun projet précis
pour l’instant, sinon celui de tenter, dans un premier temps, de retrouver
les membres des familles de nos consoeurs rwandaises, les survivants. Toutes ont perdu un ou plusieurs êtres chers», confie soeurs Marie-Emmanuelle,
qui s’en retourne là où elle a passé 21 ans de sa vie.
Un libre choix
Aucune peur en tout cas… Toutes ont désiré repartir pour ce pays encore et toujours en conflit. «Repartir dans la joie de pouvoir participer à
cette phase évaluative. Notre premier travail en fait, au milieu de ce peuple meurtri», devaient-elles déclarer vendredi au cours d’une brève cérémonie d’adieu à l’Hôpital des Bourgeois, à Fribourg, entourées d’une quinzaire de leur consoeurs en attente de départ, de la conseillère communale et
députée Madeleine Duc, du syndic de la ville aussi, Dominique de Buman. La
première pour témoigner des liens qui l’unissent avec la communauté et rappeler l’histoire: les deux siècles ou presque de présence des soeurs hospitalières dans le bâtiment de cet hôpital (de 1781 à 1955, c’est-à-dire jusqu’au moment du transfert de l’activité de l’Hôpital des Bourgeois à l’actuel Hôpital cantonal); le second pour dire la reconnaissance que la ville
de Fribourg témoigne à cette communauté, pour dire aussi son admiration
pour l’acte de courage et de foi surtout que représente ce retour vers le
Rwanda.
Une force retrouvée
Comment ont-elles vécu cet «exil» fribourgeois? «Nos religieuses avaient
besoin de se refaire, de reprendre pied…, témoigne soeur Marie-Jacques,
Supérieure générale de la Maison. «Ce ne fut pas simple pour beaucoup d’entre elles. Ici, elles ont bénéficié d’un ressourcement spirituel et psychique. Il fallait qu’elles sachent ou elles en étaient… et si elles étaient
prêtes à repartir dans ce pays». Le sont-elles? «Je crois qu’on ne l’est
jamais pour surmonter l’horreur. La force, elles l’ont aujourd’hui… nos
consoeurs veulent retrouver leur peuple qu’elles ont laissé».
Pas question pourtant, de retrouver les deux centres de santé que la
communauté gérait auparavant au Rwanda. Et c’est dans la maison du noviciat, à Kabgayi, que les six religieuses ont débarqué lundi, après plus de
cinq mois d’absence pour certaines. Les premières des 42 soeurs étaient arrivées à Fribourg en avril 1994, d’autres suivirent en juin, puis en septembre. Leurs témoignages avaient bouleversé l’opinion, et notamment les
lecteurs de «La Liberté». Qui s’étaient du reste mobilisés lors d’une action de solidarité, «Rwanda survie».
Ma place est désormais là-bas…
«J’ai plus de joie que d’appréhension à retourner aujourd’hui au Rwanda,
affirme soeur Rita, de Bulle. Nous y étions pour aider les gens, sans distinction d’ethnie et de religion. Nous y retournons dans le même but, conformément à notre charisme. Durant mon séjour en Suisse, j’ai souffert de
savoir ce qui se passait là-bas. Je suis apaisée depuis que je sais que je
vais repartir. Oui, il me reste de la famille à Bulle. Ils sont certes inquiets… mais ils comprennent que ma place est maintenant dans ce pays,
dans lequel j’ai vécu 24 ans durant».
L’expérience fribourgeoise, pour trois jeunes religieuses rwandaises, ce
fut aussi les voeux perpétuels prononcés le 26 décembre à Fribourg. «Nous
devions les prononcer dans notre pays, mais les circonstances en ont décidé
autrement. «Je ne sais pas ce qui m’attend dans cette partie du monde, confie soeur Floride. Mon ressourcement en Suisse m’a permis de surmonter mes
visions de terreur et de mort. Je n’éprouve aucune crainte. Qu’une joie
profonde à l’idée de retrouver mon peuple, de l’aider à se reconstruire».
Pour Floride et ses compagnes, pas de regret de laisser derrière elles la
neige et le froid. Une première, qu’elles conserveront en souvenir encore
longtemps. Comme un émerveillement. (apic/pierre rottet)




