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apic/Sorties d’Eglise/Nouvelle constitution bernoise

Berne: Sorties d’Eglise dans le canton de Berne (060195)

Nouvelle procédure simplifiée en vigueur depuis le 1er janvier

Confiance et crainte du côté des Eglises

Bienne/Berne, 6janvier(APIC) Depuis le 1er janvier, avec l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution bernoise, il est beaucoup plus aisé de

sortir de l’Eglise. La procédure a en effet été simplifiée, mais les Eglises officielles se veulent confiantes; elles n’ont pas pris de mesures spéciales pour faire face à une éventuelle augmentation des défections. Malgré

quelques craintes, elles ne redoutent pas des sorties massives.

Jusqu’à présent, la procédure de sortie d’Eglise était très compliquée

et précisée dans l’article 31 du Décret sur les impôts paroissiaux du 13

novembre 1967 (qui n’est plus en vigueur). Selon l’ancien système, si les

conditions requises pour la sortie étaient remplies, le conseil de paroisse

devait inviter la personne intéressée après l’expiration d’un délai d’au

moins trente jours, mais au plus tard dans les six semaines, à confirmer sa

volonté de sortir de l’Eglise en signant personnellement devant le secrétaire du conseil de paroisse un formulaire officiel adéquat. Cette procédure était, à n’en point douter, assez dissuasive, et on hésitait bien souvent, surtout à la campagne, à en faire usage.

Aujourd’hui, la nouvelle Constitution bernoise précise dans son article

124, alinéa 2 que la sortie de l’Eglise est possible en tout temps par une

simple déclaration écrite. On peut difficilement faire plus simple! L’Ordonnance sur la constatation de l’appartenance à une Eglise nationale du 19

octobre 1994 précise dans son article 4 que quiconque veut sortir d’une

Eglise nationale est tenu de le communiquer dans une déclaration écrite et

signée.

Selon le formulaire désormais mis à disposition par l’Eglise réformée

évangélique, cette déclaration est personnelle, et il n’est pas possible à

un époux par exemple de déclarer la sortie pour son épouse et ses enfants.

Les enfants de moins de 16 ans ne sont pas considérés comme sortis de

l’Eglise, à moins que les détenteurs de l’autorité parentale ne le déclarent explicitement. Lorsque le couple n’est pas divorcé, l’accord des deux

parents est indispensable.

Une moyenne annuelle de 0,4% à 0,5% de départs

Les responsables des Eglises cantonales bernoises, tant catholique romaine que réformée, ne tablent que sur une légère augmentation des sorties

d’Eglise, voire sur le maintien de la tendance actuelle (les sorties touchent ces dernières années en moyenne autour de 0,4% à 0,5% des effectifs). Elles ne sont bien sûr pas considérées comme quantité négligeable,

mais elles ne représentent pas à Berne un phénomène de masse comme à Bâle,

fait-on remarquer du côté des autorités ecclésiastiques.

Ainsi, sur quelque 160’000 catholiques dans le canton de Berne, moins de

800 personnes sont officiellement sorties de cette Eglise en 1992 en usant

de l’ancienne procédure. L’Eglise réformée évangélique, qui bénéficie d’un

fort enracinement historique, a perdu en 1993 quelque 2’800 membres, sur

un total d’environ 700’000 fidèles.

Martin Widmer, administrateur et secrétaire du Conseil synodal catholique romain du canton de Berne, n’a pas de crainte particulière pour ces

prochaines années. Evidemment, relève-t-il, il sera plus facile de sortir

sur un coup de tête, tandis qu’auparavant il y avait quand même un temps de

réflexion obligé. Ainsi, des gens qui avaient annoncé leur sortie de

l’Eglise n’étaient jamais venu signer le formulaire de sortie. Aujourd’hui,

une simple lettre suffira!

S’il n’est pas en principe opposé à ce que ceux qui désirent quitter une

communauté religieuse puissent le faire, M. Widmer trouve cependant que le

nouveau système n’est pas une bonne solution sur le plan administratif. Il

relève les difficultés au niveau fiscal, avec la perte de tout contrôle sur

les impôts: «On peut nous écrire une simple lettre, qui ne doit même pas

être recommandée, on pourrait même prétendre qu’on l’a écrite il y a deux

ans, et demander la restitution des impôts; il y aura des recours, car la

situation est moins claire qu’auparavant…»

Hermann Battaglia, chargé de presse de l’Union synodale réformée évangélique Berne-Jura, souligne que son Eglise n’était pas opposée aux nouvelles

dispositions, même si elles risquent d’accélérer quelque peu les sorties

d’Eglise. «La liberté religieuse est très importante pour nous; à notre

avis, chacun doit pouvoir décider s’il reste ou non dans l’Eglise, c’est

aussi un progrès!». Quant aux stratégies à mettre en place, H. Battaglia

souligne que son Eglise ne changera rien à ce qu’elle fait déjà, à savoir

chercher constamment à améliorer les services, la formation des pasteurs,

poursuivre la nouvelle catéchèse et finalement améliorer ses relations publiques.

Des motivations de sortie très diverses

Pour Jakob Frey, conseiller judirique du Conseil synodal de l’Eglise réformée évangélique, les sorties d’Eglise seront évidemment facilitées, mais

les motivations ne dépendent pas uniquement de la difficulté ou non de la

procédure. D’autres facteurs entrent en ligne de compte, comme l’aspect

fiscal, en particulier en période de crise, ou la politique du Conseil

synodal, par exemple. Les prises de position de l’Eglise dans le domaine

éthique, social et politique (réfugiés, requérants d’asile, racisme, vente

d’armes, etc.) sont également souvent invoquées. Chez les catholiques,

Traugott Rüttimann, président du Conseil synodal, mentionne également, à

chaque fois qu’un document romain controversé est publié, une recrudescence

relative des sorties d’Eglise mentionnant comme motifs les positions du Vatican. Ce fut le cas récemment à propos des divorcés remariés. (apic/be)

6 janvier 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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