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apic/Suisse/coordination interdiocésaine
Suisse: 10e rencontre des Conseils de pastorale à Genève (301094)
Familles découragées, familles encouragées
Genève, 30octobre(APIC) Le thème de la famille a été au centre de la 10e
rencontre de la coordination interdiocésaine des Conseils de pastorale vendredi et samedi à Genève. La quarantaine de personnes réunies au centre
spirituel le Cénacle, représentant 17 conseils pastoraux diocésains ou cantonaux ont notamment pris connaissance de la brochure sur la pastorale des
divorcés remariés rédigée par un groupe de travail. Un texte qui demande
rien moins qu’une «orientation totalement différente» de la pratique ecclésiale actuelle. Troisième chapitre de cette journée, a laquelle assistaient
également Mgr Amédée Grab, évêque auxiliaire à Genève et le Père Roland B.
Trauffer, secrétaire de la Conférence de évêques suisses, le débat sur
l’avenir la coordination interdiocésaine et sur ses rapports avec la Conférence des évêques suisses.
Pour le Père Jean-Marie Viénat, la paupérisation touche un nombre toujours plus important des familles. Dans son exposé l’animateur du Centre
d’accueil le CARE à Genève, a souligné qu’en Suisse, 12 à 15% des personnes
vivent en dessous du seuil de pauvreté. Une pauvreté et une misère souvent
cachées mais massives. Les questions de la vie familiale sont trop souvent
strictement confinées à la sphère privée. Le rôle social de la famille est
pourtant indispensable. Les «clients» du CARE, une bonne centaine chaque
jour, ont presque tous vécu des situations familiales très difficiles, alliant divorce, violence et parfois abus sexuels. La misère matérielle est
la plupart du temps liée à une misère affective. L’absence d’amour au niveau familial provoque un tel manque que les gens cherchent tout pour le
combler.
Le constat dans le domaine de la politique familiale en Suisse est sombre, Jean-Marie Viénat n’est de loin pas le seul à le constater. En Europe,
la Suisse reste à la traîne pour ses budgets sociaux, juste avant le Portugal. Les solutions, le Père Viénat les voit en particulier dans le témoignage personnel ou selon le mot de Guy Gilbert, prêtre des loubards, «lutte
et aime là ou tu es». Le Revenu minimum d’insertion (RMI), qui sera effectif à Genève dès le 1er janvier prochain offre aussi un bon soutien de base. Enfin une famille construite sur des bases solides, ouverte sur le monde et sur l’avenir peut être ouverte sur Dieu.
L’école est la seule chose à laquelle un enfant a automatiquement droit
Lucrezia Meier-Schatz, secrétaire centrale de Pro Familia Suisse, insiste surtout sur la diversité des familles actuelles. Une réalité que l’Eglise et la classe politique n’ont peut-être pas encore assez prise ne compte.
En Suisse la seule chose à laquelle tous les enfants ont droit sans aucun lien avec leur situation de famille est l’instruction publique, s’étonne la responsable de Pro Familia. Depuis longtemps, la doctrine sociale de
l’Eglise insiste sur les responsabilités de la société et de l’Etat envers
les familles. La charte des droits de la famille promulguée par le Vatican
demande une reconnaissance particulière de la famille, dans le respect et
la dignité de chacun selon le principe de la subsidiarité. Aux yeux de Mme
Meier cependant, l’encyclique «Familiaris consortio» et la «Lettre aux familles» du pape Jean Paul II ne s’interrogent pas assez sur l’évolution de
la famille en se limitant à une approche des situations «régulières» et
«irrégulières».
Pour l’action, Lucrezia Meier-Schatz pose quelques principes. La reconnaissance en fait et non seulement en droit de l’égalité hommes-femmes est
la base de toute action. La suppresion de la concurrence entre maternité et
profession, l’égalité de salaire, le droit au travail en sont les corrolaires. Un autre principe est l’attention première à l’enfant afin de lui
fournir une atmosphère favorable à son développement. La question du logement adéquat, convenable quant à sa surface, son équipement et son prix est
elle aussi primordiale. L’Etat, de son côté, se doit d’assurer une meilleure aide par un soutien direct et par la reconnaissance du travail domestique, notamment dans le cadre des assurances sociales. Enfin l’Etat, mais
aussi les Eglises et la société en général doivent favoriser les initiatives propres des familles afin de développer la solidarité à tous les niveaux. La famille reste le présent et l’avenir de la société, conclut
l’oratrice.
Bilan après 10 ans d’activité
Après 10 ans d’activité, les délégués des Conseils pastoraux ont réfléchi sur l’avenir de la coordination interdiocésaine. On est reste globalement au statu quo: maintien d’une rencontre nationale à un rythme annuel;
présence fidèles des représentants des divers conseils (les diocèses de Bâle et de Coire étaient absents à Genève). La relative nouveauté consiste à
souhaiter formellement que la Conférence des évêques suisses envoie tous
les deux ans une délégation pour un questionnement et un échange mutuels.
Une tâche assumée jusqu’à présent par les évêques démissionnaires Mgr Gabriel Bullet et Otmar Mäder à qui l’assemblée a adressé ses chaleureux remerciements. (apic/mp)
Encadré
L’accompagnement des divorcés
et des divorcés remariés dans l’Eglise et la paroisse
Un titre anodin pour un contenu très audacieux
Sous un titre anodin: «L’accompagnement des divorcés et des divorcés remariés dans l’Eglise et la paroisse», la brochure présentée samedi à Genève
n’hésite pas à faire des propositions très audacieuses dans le domaine. Elle demande «une orientation totalement différente» de la pratique actuelle
de l’Eglise. Avec non seulement l’accès à la communion pour les divorcés
remariés, mais aussi des cérémonies liturgiques pour le divorce et le remariage. «Nous devrions reconnaître que l’union conjugale n’est pas le seul
cadre dans lequel peuvent se vivre de manière responsable tendresse et sexualité», écrivent même les auteurs.
La coïncidence, fortuite, avec la lettre de la Congrégation sur la doctrine de la foi sur l’accès des divorcés remariés à la communion eucharistique renforce encore l’opposition. A partir de leurs sentiments, de leur
expérience personnelle, et d’une écoute sur le terrain, les auteurs, trois
femmes et quatre hommes présentent une analyse du phénomène et des perspectives pour l’avenir.
Mandaté en 1990 par la coordination interdiocésaine de pastorale, le
groupe de travail a remis samedi son rapport sous forme d’une brochure imprimée de 48 pages en souhaitant une large diffusion à tous les niveaux.
Les organisateurs de la rencontre ont cependant renoncé à ouvrir le débat à
ce sujet. Ce qui n’a pas manqué de susciter un certain étonnement dans
l’assemblée. Pourquoi ce document n’a-t-il pas été soumis avant parution à
l’organe qui l’avait commandé? En passant uniquement comme l’avis du groupe
de travail, ne perd-il pas beaucoup de sa pertinence? Paul Stalder, de
l’Institut de sociologie pastorale de St-Gall rappelle que cette brochure
est un document de travail sur lequel on demande d’ailleurs de réagir.
A partir de nombreux témoignages, le texte analyse la démarche de divorce selon le processus de la mort et du deuil. Un second chapitre appelle à
la nécessaire solidarité avec les divorcées. L’ideal et la réalité du mariage comme un sacrement sont répétés dans un troisième chapitre. Dans une
quatrième partie les auteurs évoquent la contribution possible au niveau
des paroisses et de l’Eglise. Enfin la brochure fournit une liste d’adresses de contacts et les statistiques sur le divorce.
«Nous avons travaillé au plus près de notre conscience et dans le but
d’aider» souligne Brigitte de Werra, conseillère conjugale auprès de Caritas Vaud. Nos bases ont été la dignité et la responsabilité de chaque personne, le refus de toute condamnation, le souci pastoral et la recherche de
solutions possibles». (apic/mp)




