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apic/Suisse / Fonds de solidarité

Suisse: Création d’une «Fondation suisse de la solidarité» (050397)

Dotation de 7 milliards de francs provenant de l’or de la Banque nationale

Les oeuvres d’entraide satisfaites

Berne, 5mars(APIC) La Communauté de travail des oeuvres suisses d’entraide a salué mercredi la volonté du Conseil fédéral de créer une «Fondation

suisse de la solidarité» dotée d’un capital de 7 milliards de francs provenant de la réévaluation des réserves d’or de la Banque nationale. Swissaid,

l’Action de Carême, Pain pour le Prochain, Helvetas et Caritas rappellent

qu’elles avaient fait cette proposition il y a une dizaine d’années.

En accord avec la Banque nationale, le Conseil fédéral a développé

l’idée d’une «Fondation suisse de la solidarité». Le but de cette fondation

est de soulager les cas graves de détresse humaine en Suisse et à l’étranger. Elle doit être financée par la gestion d’une fortune de 7 milliards de

francs issue de la réévaluation de l’or de la Banque nationale. Le Conseiller fédéral Koller a parlé de quelques centaines de millions de francs par

an répartis pour moitié en Suisse et pour moitié à l’étranger. Les bénéficiaires seraient les victimes de la pauvreté, des catastrophes, des génocides, et d’autres violations des droits de l’homme et bien entendu les victimes de l’Holocauste.

La mise sur pied de cette Fondation est cependant loin d’être chose faite. Il s’agit tout d’abord de modifier les articles 38 et 39 de la Constitution fédérale (pour cela un vote populaire est nécessaire), de revoir la

Loi sur la Banque nationale et de créer les bases juridiques d’une fondation de droit public. Le Conseil fédéral souhaite que cette fondation puisse commencer son activité en 1998, année du 150e anniversaire de la création de la Confédération suisse moderne.

Par ailleurs, les victimes de la Shoah bénéficieront rapidement d’une

aide grâce à l’argent du Fonds spécial de 100 millions crée la semaine dernière.

La Suisse doit affronter son histoire

S’exprimant mercredi devant le Parlement fédéral, le président de la

Confédération Arnold Koller a rappelé que depuis quelques mois, la Suisse

s’est vue accablée de reproches, de réclamations et de soupçons sur son attitude durant la seconde guerre mondiale. Aux yeux de l’opinion internationale, la Suisse est accusée d’avoir profité de la guerre. Une partie de la

population est profondément déstabilisée par ces attaques. La défense armée

du pays avec les sacrifices, les privations et les craintes qu’elle a imposés à la population pendant la guerre était-elle absurde ou inutile, un pur

écran de fumée dissimulant la compromission des puissants et des riches?

Pour le Conseil fédéral, la Suisse se doit aujourd’hui d’affronter son

histoire récente, et ceci pas tant à cause des pressions extérieures, mais

bien plutôt par devoir envers nous-mêmes, a souligné Arnold Koller. Même

s’il ne peut y avoir de culpabilité collective ni du peuple suisse d’alors,

ni de celui d’aujourd’hui.

Pour Arnold Koller, quelques faits restent cependant incontestables: la

grande majorité des Suisses étaient décidés à résister à l’idéologie de la

violence et à la barbarie du troisième Reich; la Suisse a donné refuge à

plus de 300’000 étrangers et enfin les autorités ont cherché avant tout,

par les moyens les plus divers, à préserver le pays de la guerre, dans un

mélange de résistance et d’adaptation. «Nous n’avons pas à avoir honte

d’avoir été épargnés par la guerre».

Le Conseil fédéral admet cependant la nécessité de porter un regard critique sur les aspects moins positifs tels la politique des réfugiés, certaines transactions d’or de la Banque nationale, le commerce de matériel de

guerre, la question des biens en déshérence. Trois idées phares devront

guider les autorités suisses: la vérité, l’équité et la solidarité. C’est

dans ce sens qu’a été mise sur pied en décembre la commission internationale d’historiens présidée par le professeur Jean-François Bergier. Il appartiendra ensuite au politique d’apprécier la portée de ces faits historiques. L’équité oblige à tenir compte de la situation dans laquelle ces décisions ont été prises et de l’étroitesse de la marge de manoeuvre disponible.

Mais, a relevé Arnold Koller, la vraie réponse à l’analyse politique et

morale de notre passé est la solidarité. La misère, la pauvreté, l’injustice, les génocides et le mépris des droits de l’homme ne sont pas seulement

des événements du passé, mais aussi des réalités choquantes d’aujourd’hui.

Le Conseil fédéral estime que cette fondation suisse de solidarité permettra de disposer d’un institution unique et permanente qui déploiera ses effets bénéfiques encore dans dix, vingt ou cinquante ans. Il s’agit d’une

contribution porteuse d’avenir pour une Suisse solidaire, a conclu Arnold

Koller. (apic/com/mp)

5 mars 1997 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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