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Suisse: «suicide collectif» dans une secte (051094)
L’illusion d’une île préservée
Fribourg, 5octobre(APIC) Pour Georg Schmid, co-président du groupe oecuménique de travail sur les nouveaux mouvements religieux en Suisse, l’Ordre
du Temple solaire dont une cinquantaine de membres sont morts à Cheiry et à
Salvan, est une entité qui se considère comme la gardienne de la lumière
dans un monde en décadence. Dans l’attente de la fin du monde, un tel groupe est orienté vers la «survie» d’un nombre restreint d’élus.
Au premier abord, on ne comprend guère comment ce concept de survie a pu
amener à un suicide collectif. Une secte ne peut survivre qu’aussi longtemps qu’elle peut maintenir l’illusion d’être une île au milieu d’un monde
en décadence, explique le professeur de l’Université de Zurich. Si cette
illusion est contestée, la secte est en danger. Il a dû se passer un événement qui a conduit à ces actes.
Pour Georg Schmid, le fait que les incendies aient été minutieusement
préparés est significatif. L’incendie peut être interprèté comme une fin du
monde que l’on a soi-même organisée, comme la mise en scène de l’Apocalypse. Pourquoi n’a-t-on pas attendu la véritable fin du monde que l’on
croyait proche? «Je présume que le maître Luc Jouret a pu retourner une
agression vers l’intérieur.» Il y a pu y avoir une querelle au sein du
groupe faisant chanceler l’illusion de la pureté du Temple Solaire. Au
point que le maître dise: maintenant on ne peut plus attendre. De là au
suicide collectif il n’y a qu’un pas, d’autant plus facile à franchir que
les membres de la secte s’étaient isolés du monde extérieur. Au sein de ces
groupes, on communique comme dans un tuyau. Les membres sont en symbiose
avec le maître. Ce que le maître pense, les fidèles le pensent. Le membre
cède sa conscience personnelle au chef.
Pas plus de 60 à 80 adeptes en Europe
Le Père Joachim Müller, second co-président de la communauté de travail
sur les nouveaux mouvements religieux en Suisse, explique que l’Ordre du
Temple Solaire serait actif depuis deux ou trois ans en Suisse. Il ne
compterait probalement que 60 à 80 adeptes en Europe. Avec ces massacres,
le noyau central du groupe a certainement complètement disparu.
Les symboles de la croix et de la rose trouvées dans la chapelle de la
ferme de Cheiry font penser évidement aux Rose-Croix, un groupe ésotérique
dont l’origine remonte à un mouvement de réforme au sein du protestantisme
du XVIIe siècle. On peut imaginer que l’Ordre du Temple Solaire est une
dissidence des Rose-Croix.
Ce «suicide collectif» est certes incompréhensible, mais il montre jusqu’où ces groupes particuliers peuvent aller dans leur folie. La situation
de rupture avec la société extérieure considérée comme ennemie ne laisse
plus pénêtrer aucune critique extérieure et conduit à une manie de la persécution qui peut aboutir à de tels courts-circuits. Ce même phénomène peut
aussi se produire lorsque la pression idéologique au sein du groupe, c’està-dire l’autorité du maître devient trop forte. (apic/gs/eg/mp)



