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apic/Synodes sur Amérique et Asie/ Lineamenta
Amérique/Asie: Rome donne le coup d’envoi (030996)
du document préparatoire des Synodes pour l’Amérique et l’Asie
Rome, 3septembre(APIC) La curie romaine a donné mardi le coup d’envoi de
deux nouveaux Synodes pour l’Amérique et l’Asie, avec la présentation par
le cardinal Jan Schotte, secrétaire général du Synode des évêques, des «lineamenta», le document préparatoire en vue de ces deux nouvelles assemblées
spéciales.
Les «Lineamenta» (grandes lignes) – deux textes de soixante pages – tentent d’établir un diagnostic de la situation de l’Eglise catholique sur ces
deux continents, en proposant en conclusion une série de questions. L’ensemble est envoyé pour avis et consultation aux Eglises concernées – laïcs,
prêtres, évêques -, dont les réponses devront être parvenues à Rome le 1er
avril 1997 pour l’Amérique, le 1er août 1997 pour l’Asie. Commencera alors
la rédaction de l’»Instrumentum laboris», le document de travail et de réflexion de la session synodale. Celle-ci, qui réunit quelque 300 participants, se tient à Rome et dure en général un mois. Les dates de ces deux
synodes ne sont pas encore fixées.
C’est Jean-Paul II qui a lancé l’idée de ces rencontres continentales
dans sa lettre apostolique «A l’aube du troisième millénaire» (10 novembre
1994). Trois Synodes «spéciaux» ont déjà eu lieu pour l’Europe (28 novembre
– 14 décembre 1991), pour l’Afrique (10 avril – 8 mai 1994) et pour le Liban (26 novembre – 14 décembre 1995), qu’avait précédé en 1980 celui pour
les Pays-Bas. Chaque Synode donne lieu à la rédaction par le pape d’une exhortation apostolique sur la base des propositions émises par le Synode.
Promouvoir la «nouvelle évangélisation»
Une nouveauté figure dans les deux documents de travail des Synodes pour
l’Amérique et pour l’Asie: le recours aux «autoroutes de l’information»,
dont «Internet», pour évangéliser ces continents car, explique le texte du
Vatican, ces moyens de communication permettent de réaliser «une vraie infiltration culturelle». Toutefois l’enjeu de ces Synodes se trouve ailleurs.
Pour l’Amérique, le secrétariat du Synode précise qu’il ne s’agit pas
d’une assemblée «panaméricaine» et qu’il ne s’agit pas davantage d’ignorer
«les différences culturelles sociales et historiques évidentes». Le pape a
choisi pour thème: «La rencontre avec Jésus Christ vivant, chemin pour la
conversion, la communion et la solidarité en Amérique».
Les «Lineamenta» précisent le programme de la réflexion: «promouvoir une
nouvelle évangélisation dans tout le continent comme expression de communion épiscopale; augmenter la solidarité entre les diverses Eglises particulières dans le domaine de l’action pastorale; mettre en lumière les problèmes de la justice et les relations économiques internationales entre les
nations de l’Amérique, en tenant compte des énormes inégalités entre le
Nord, le Centre et le Sud».
Une crise de l’obéissance
Le document constate que «l’incroyance se répand aujourd’hui parmi les
peuples du Nord, du Centre et du Sud du continent sous forme de sécularisme
et d’indifférentisme religieux, sous forme de faux messianismes idéologiques et politiques, que l’idolâtrie se cache sous l’aspect du ’culté à de
nouveaux ’veaux d’or’ comme l’argent, la richesse, le pouvoir, la sensualité, la drogue». Tandis que la mission «ad gentes» n’a pas toujours été annoncée, la mission entre baptisés n’est pas brillante, car ceux-ci «se sont
refroidis dans leur vie chrétienne» ou ont quitté l’Eglise.
Malgré «un réveil religieux évident, sous forme de soif de prière et de
contemplation, surtout chez les jeunes», force est de constater d’un autre
point de vue «l’absence de vocations et les désertions sacerdotales», dont
l’une des causes est la perte du sens de Dieu et la perte du sens du péché.
Le texte souligne également «la diffusion d’une crise de l’obéissance et
de la foi face au magistère de l’Eglise, des tensions entre religieux et
évêques. Cette crise, qui ne favorise pas la communion, se manifeste sous
bien des formes, et certains, qui se disent catholiques, se trouvent en
contradiction ouverte avec les enseignements de l’Eglise».
Prosélytisme des sectes
Autre problème: les sectes: «Quelques membres du Peuple de Dieu ne sont
pas ancrés dans leur foi, c’est pourquoi les sectes, avec leur prosélytisme
fallacieux, les désorientent et les mettent à l’écart de la vraie communion
dans le Christ. En parallèle la multiplication de soi-disant ’apparitions’
ou ’visions’ sème la confusion parmi les membres de l’Eglise et dénonce le
manque de bases solides et de vie chrétienne.»
Déséquilibre économique
Après cette analyse des problèmes ecclésiaux vient une analyse du déséquilibre économique qui sévit sur le continent. Le texte pointe surtout les
responsables: «les compagnies transnationales, ces derniers temps, ont acquis un grand pouvoir et elles prendront toujours plus d’importance avec la
globalisation du marché. A cette augmentation de pouvoir devra correspondre
une plus grande responsabilité de la part des gouvernants de ces entreprises. Pour ce motif, l’Eglise a la mission importante de faire parvenir son
message social à ce secteur.»
La question est posée à tous les responsables de l’Eglise en Amérique:
«Quels moyens emploie-t-on pour répandre la connaissance de la doctrine sociale de l’Eglise, à l’intérieur et en dehors du contexte ecclésial?». Le
texte préconise «un effort en faveur d’une catéchèse adaptée comme il se
doit vers les catégories de personnes qui ont plus d’influence dans la société: les politiques, les financiers, les entrepreneurs, les intellectuels, les gens du spectacles et des moyens de communication sociale.»
Le texte précise que l’action à mener dans ce domaine «n’est pas unidirectionnelle au sens d’une assistance de haut en bas» et que «tous doivent
y prendre part». Il observe aussi que «l’expérience de l’amour préférentiel
pour les pauvres doit être interprétée à la lumière de l’expérience même de
l’Eglise. Il est indispensable de maintenir une claire distinction et en
même temps un juste et nécessaire relation entre l’évangélisation et la
promotion de la justice».
De nouvelles formes de pauvreté
Le texte indique enfin que la question de la pauvreté ne concerne plus
seulement le Sud, mais touche aussi «la zone géographique des pays plus développés du Nord, où naissent de nouvelles formes de pauvreté et d’esclavage à partir du même phénomène du développement industriel et technologique». Dans ce cadre, le texte suggère qu’une nouvelle pastorale, la «pastorale des villes», doit figurer au rang de «priorité».
«Aujourd’hui, précise le document, le visage du Christ souffrant et crucifié prend en Amérique les traits des pauvres dans les cités immenses, des
chômeurs, des migrants et des marginaux pour divers causes, des enfants qui
n’ont pas vu le jour, des enfants de rue et de ceux qui ne sont pas scolarisés, des jeunes sans travail et sans guide, des femmes méprisées et exploitées, des personnes âgées et abandonnées, des malades, et spécialement
des malades du sida, des prisonniers. C’est encore le visage des minorités
ethniques marginalisées, des Indiens et des Afro-Américains, des petits
propriétaires fonciers (campesinos) et des habitants des banlieues périphériques des grandes villes au Nord, au Centre et au Sud du continent.»
Asie: dialogue interreligieux et inculturation
En ce qui concerne le Synode sur l’Asie, le thème choisi par le pape est
«Jésus Christ, le Sauveur, et sa mission d’amour et de services en Asie».
Là encore, deux problématiques, religieuse et sociale, parcourent le document préparatoire. Sur le plan religieux, une phrase résume la préoccupation du Vatican: «Les Eglises particulières d’Asie ont besoin de marcher
ensemble».
Le texte souligne la nécessaire identité des pasteurs, en précisant que
«la mission d’évangélisation de l’Eglise dépend entièrement de la crédibilité donnée par le témoignage de vie de l’évangélisateur». Il insiste nettement sur le dialogue avec les autres religions: «Dans le contexte asiatique, le dialogue est de première importance pour l’avenir de la mission
chrétienne puisqu’il se trouve face à des cultures et des religions millénaires.
L’Eglise en Asie doit par conséquent entrer toujours plus profondément
en dialogue avec les grandes religions: hindouisme, bouddhisme, islam et
religions traditionnelles, sans tomber en même temps dans le syncrétisme,
l’éclectisme ou le relativisme de la foi chrétienne.»
L’inculturation est un «besoin urgent» en Asie: «L’Evangile ne peut apparaître comme un corps étranger. L’inculturation dépasse de beaucoup la
simple adaptation. C’est une véritable incarnation.»
Une pauvreté écrasante
Autre besoin important soumis à la réflexion de ce synode : «La pauvreté
écrasante fait partie de ces réalités asiatiques qui poussent à redéfinir
et à modifier le concept de l’évangélisation en Asie.» A cet égard, le document note: «Plusieurs pays d’Asie sont pris dans le cercle vicieux de la
malnutrition, de la sous-nutrition, de l’explosion incontrôlée de la population et de l’urbanisation non planifiée avec tous les maux sociaux et moraux qui l’accompagnent, en plus des problèmes politiques. Dans beaucoup de
pays asiatiques, plus de 50 % de la population vit en-dessous du seuil de
la pauvreté.» Le texte évoque aussi «la corruption endémique à tous les niveaux du gouvernement et de la société» qui existe dans «beaucoup de pays
d’Asie». (apic/cip/jmg/ba)
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