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Visite pastorale du pape en Tchéquie
Jean-Paul II plaide pour «l’unité pleine et visible des chrétiens» (210595)
Prague, 21mai(APIC/CIP) A 75 ans, Jean Paul II reste un voyageur infatigable. Pour son deuxième voyage à l’étranger de l’année, après le long périple asiatique de janvier, le pape s’est rendu samedi à Prague au coeur de
l’Europe centrale. Dans un pays où plusieurs confessions cohabitent et où
les guerres de religions furent féroces, Jean Paul II s’est fait un devoir
d’appeler les croyants à l’unité afin de donner une témoignage commun à
ceux qui ne connaissent pas le Christ.
Devant les quelque 100’000 personnes réunies dans la soirée au stade de
Strahov, le pape a axé son intervention sur le grand Jubilé de l’an 2000.
Rappelant que les chrétiens se sont souvent divisés durant le second millénaire, le pape a souligné «que l’unité pleine et visible des chrétiens est
un devoir particulier pour lequel, nous, croyants, sommes tenus de nous engager avec l’aide de Dieu.» «Cet engagement concerne tout le monde, et aussi votre patrie», a ajouté Jean Paul II. «La canonisation de Jan Sarkander
rappelle en effet l’un des moments les plus dramatiques de la division des
Eglises en Bohème et en Moravie, mais, dans le même temps, elle offre le
témoignage que les saints, et spécialement les martyrs, participent de façon intense au désir d’unité du Christ, exprimé avant sa passion, lors de
la prière sacerdotale. Les saints sont les premiers intercesseurs de l’action oecuménique.» Jean Paul II a par ailleurs répété «l’admiration, la
sympathie, les encouragements du monde libre et de l’Eglise pour l’admirable leçon de style, d’équilibre, de supériorité morale que vous avez donnée
en ces quarante années de dictature communiste».
L’absence remarquée des Frères moraves
L’élément le plus remarqué de la journée de samedi reste cependant l’absence des représentants de l’Eglise évangélique des Frères moraves (200’000
fidèles) à la rencontre oecuménique à la nonciature de Prague. Ils entendaient ainsi protester contre la canonisation, dimanche à Olomouc, de Jan
Sarkander, un prêtre qui, dénoncent les milieux évangéliques, participa au
début du XVIIe siècle à la «recatholicisation forcée» de la Bohème et de la
Moravie. Commentant ce refus, le cardinal Miloslav Vlk, archevêque de Prague, a estimé devant les journalistes que l’absence de Pavel Smetana, le
«senior» de cette Eglise, était «son problème». «Le pape a été au-delà de
ce qu’il pouvait faire. Il a envoyé une lettre personnelle, un messager, le
cardinal Cassidy. Pavel Smetana a écrit hier au pape, en réponse à cette
lettre, pour confirmer qu’il ne viendrait pas. C’est leur liberté.»
Quinze responsables religieux étaient au rendez-vous: le patriarche Spak
et trois autres représentants de l’Eglise hussite, Zeno Dostal, président
des associations juives de la République Tchèque, avec lequel le pape s’est
entretenu plus longuement, quatre représentants des communautés baptiste et
luthérienne, un responsable de l’Eglise orthodoxe et des délégués de
diverses communautés.
L’éloquente leçon de la séparation pacifique entre Tchèques et Slovaques
Pour sa seconde visite en République tchèque, après celle de 1990 au
lendemain de la «Révolution de velours», Jean Paul II, à son arrivée à
l’aéroport de Prague, a souligné «l’éloquente leçon» que la Tchécoslovaquie, qu’il avait visitée unie il y a cinq ans, a donnée au monde. En se
séparant pacifiquement, Tchèques et Slovaques étaient animés par la volonté
de répondre à «des exigences fondamentales d’autodétermination et d’indépendance». Le pape a rappelé les grandes lignes de cet itinéraire, ainsi
que la nécessité pour l’accomplir «des énergies spirituelles et morales
d’un peuple» dont «l’initiative marquante de la Charte 77» a été le symbole, Charte dont le président Vaclav Havel fut l’un des instigateurs.
Jean-Paul II s’est adressé ensuite à l’Eglise, sortie «des catacombes,
des grandes souffrances, des tortures et des spoliations». Il lui a indiqué
le programme de sa visite: «revisiter ensemble l’itinéraire de foi que vous
avez parcouru après la chute du régime totalitaire, pour vérifier la profondeur et l’authenticité de la vie et de la pratique chrétiennes en terre
de Bohème, en ce temps de liberté retrouvée.»
Vaclav Havel: nécessité d’une écologie sociale
De son côté, le président Havel a souligné que «les changements fondamentaux» que son pays a connus «doivent aller de pair avec la régénération
spirituelle et morale de la société», sans laquelle il ne sera pas possible
«d’aller bien loin». Il a évoqué les difficultés auxquelles est confronté
son pays, où le «climat social» a changé depuis la première visite du pape,
a-t-il indiqué: l’»enthousiasme» qui régnait alors s’est transformé en une
vision «plus sobre» des choses, avec la nécessité pour les gens de «penser
au jour le jour». Une perspective qui renforce, selon Vaclav Havel, le besoin d’une «écologie sociale».
Sur le plan religieux, le président a souligné «la reconnaissance» de
son pays à l’Eglise, autant que la «haute responsabilité» de celle-ci dans
le renouveau de la société, où les catholiques représentent un cinquième de
la population. Vaclav Havel a relevé aussi «la tradition notable de la Réforme» dans le pays, et évoqué la figure de Jean Hus, condamné par le concile de Constance, où il était venu s’expliquer, et livré à l’empereur pour
être brûlé sur le bûcher en 1415. Il a espéré que «la compréhension entre
les différentes dénominations chrétiennes continue à progresser dans le futur et que celles-ci puissent travailler à l’unisson en vue d’un but commun». (apic/jmg/mp)



