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Jean-Paul II s’envole samedi pour la Tchéquie (190595)

Il fera également un détour par la Pologne

Bruxelles, 19mai(APIC/CIP) Jean-Paul II entame ce samedi, deux jours

après avoir fêté son 75e anniversaire, une visite pastorale de trois jours

en Tchéquie. Il s’agit de sa 64e visite à l’étranger et de la seconde dans

ce pays, où il effectua une visite-éclair en 1990, cinq mois après la chute

du communisme, à l’invitation du président Vaclav Havel. Le moment le plus

important de ces trois journées sera la canonisation de Jan Sarkander, figure importante de la Contre-Réforme catholique en Moravie. Le pape fera

également un détour par sa patrie, où naquit Jan Sarkander.

Jean-Paul II arrivera à Prague samedi dans la matinée. Il y rencontrera

les représentants des autres Eglises chrétiennes à la nonciature, avant

d’être reçu par le président Vaclav Havel. Dans la soirée, il présidera une

veillée de prière au stade de Strahov, avant de gagner Olomouc (Moravie) en

hélicoptère.

Dimanche, Jean-Paul II présidera à Olomouc une eucharistie au cours de

laquelle il canonisera le bienheureux Jan Sarkander (1576-1620), prêtre et

martyr, mort à Olomouc et enterré dans la cathédrale de la ville, et une

mère de famille membre du Tiers-Ordre dominicain, Zdislava da Lemberk, née

en Moravie en 1220 et morte en 1252 dans l’actuelle Tchéquie. L’après-midi,

le pape rencontrera les jeunes au sanctuaire marial de Svaty Kopecek.

Lundi, le pape quittera Olomouc pour se rendre dans les localités

polonaises de Skoczow, Bielsko Biala et Zywiec, trois cités distantes de 30

à 40 kilomètres de la frontière tchèque, avant de gagner Ostrava, en

Moravie, d’où il repartira pour Rome.

Skoczow, où une foule de 250.000 personnes est attendue, est le berceau

de Jan Sarkander. Jean-Paul II y rencontrera la communauté luthérienne de

la ville, avant de célébrer la messe dans une chapelle dédiée au

bienheureux Jan Sarkander sur la colline de Kaplikowka. A Bielsko Biala,

lieu d’un sanctuaire religieux, le pape aura une rencontre privée avec le

président Lech Walesa et avec le Premier ministre polonais. La troisième

localité, Zywiec, est le siège du diocèse porte de Bielsko Biala-Zywiec.

Mauvaise humeur protestante

La visite a suscité des critiques au sein des Eglises protestantes de

Tchéquie. Pour les représentants de l’Eglise évangélique, la canonisation

d’un prêtre qui a participé à la «recatholicisation forcée» de la Bohème et

de la Moravie est «un grave revers pour le dialogue oecuménique». Les

historiens tchèques admettent cependant que Sarkander n’a lui-même jamais

participé à des actes de violence. «Il est plutôt victime du principe

’cujus regio, ejus religio’ (la religion du prince est celle du pays), qui

prévalait alors très largement dans les deux camps», dit-on du côté

catholique. La cérémonie de canonisation fera d’ailleurs mémoire des

victimes de la Contre-Réforme qui, en Bohème, ont été nettement plus

nombreuses du côté réformé que du côté catholique.

Les représentants de l’Eglise des Frères moraves ne prendront pas part à

la rencontre oecuménique samedi à la nonciature de Prague, malgré une tentative de conciliation faite la semaine dernière encore par le cardinal

Cassidy, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, qui

s’est rendu à Prague pour tenter de convaincre le Senior des Frères moraves, l’évêque Pavel Smetana. Le résultat des entretiens des deux hommes a

fait l’objet d’une lettre adressée cette semaine par Jean-Paul II à Pavel

Smetana. Le pape, qui dit comprendre les craintes des Frères moraves, voit

dans la canonisation de Sarkander – mis à mort par les autorités protestantes en 1620 et béatifié en 1860 – une occasion donnée par Dieu de s’exprimer de manière critique, dans un lieu symbolique, sur les guerres de religion du XVIIe siècle, qui ont fait de nombreuses victimes tant protestantes

que catholiques. Si Jean-Paul II a accepté la proposition des évêques tchèques de canoniser Jan Sarkander, c’est parce qu’elle offre l’occasion d’assurer que de tels péchés contre l’amour du Christ ne se produiront plus.

Cet acte ne peut en aucun cas être considéré comme une justification ou

un assentiment à la violence passée, poursuit le pape. Il s’agit plutôt de

reconnaître les mérites personnels d’un «fils de la Bohème» aimé et vénéré

par les catholiques, qui le considèrent non pas comme une victime de la

haine religieuse, mais comme un exemple simple et persistant de la fidélité

et de l’amour chrétien.

Après avoir regretté de n’avoir pu écrire cette lettre plus tôt et exprimer ainsi son attention «au nom du Christ», Jean-Paul II salue le courage avec lequel les Tchèques, catholiques et protestants, ont résisté quotidiennement à la persécution communiste et athée. Il rappelle qu’il a visité

au cours de son pontificat de nombreux pays dans lesquels persiste fortement le souvenir des conflits entre catholiques et protestants, et qu’il a

toujours lancé des appels pressants afin que jamais les injustices du passé

ne servent de points de référence pour les relations actuelles. «Je suis

profondément persuadé, écrit-il à Pavel Smetana, que le troisième millénaire de l’ère chrétienne sera une grâce pour nous tous. Le temps est venu de

demander pardon et de pardonner, d’examiner les souffrances du passé, et de

travailler ensemble pour donner un témoignage clair de l’Evangile du

Christ.» (apic/cip/mp)

19 mai 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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