Le texte contient 58 lignes (max. 75 signes), 592 mots et 4195 signes.
apic/théologie de la libération/pasteur argentin
Argentine: regard protestant sur la théologie de la libération (020195)
Le pasteur Miguez-Bonino la trouve toujours valable et actuelle
Buenos Aires, 2janvier(APIC) «La théologie de la libération continuera de
garder toute sa valeur, tant que continueront à prévaloir l’inégalité et la
polarisation sociale», a affirmé récemment, lors d’une interview accordée à
l’agence «Ecumenical News International» (ENI), le pasteur méthodiste José
Miguez-Bonino, professeur d’études théologiques (ISEDET) de Buenos Aires.
Le pasteur argentin, qui fut l’un des présidents du Conseil oecuménique
des Eglises (COE) de 1975 à 1983, a également participé en tant que représentant élu, durant la première moitié de l’année 1994, à l’Assemblée constituante chargée de réformer la constitution argentine.
Certains observateurs de la vie religieuse estiment que la théologie de
la libération, développée spécialement en Amérique latine et qui réclame un
changement social radical devant les inégalités entre riches et pauvres, a
perdu une part de sa vitalité, voire qu’elle doit reconnaître son échec devant le modèle économiste néo-libéral triomphant. Ces mêmes observateurs
rappellent par ailleurs la condamnation du silence imposée par le Vatican à
certains membres de l’Eglise catholique, partisans de cette théologie et la
remise en question des perspectives «socialistes-marxisantes» après la chute des régions communistes en Europe orientale.
Jugement critique du modèle économique néo-libéral
Le pasteur José Miguez-Bonino n’est pas de cet avis: «La théologie de la
libération existera aussi longtemps qu’il y aura nécessité de libération».
S’il accepte certaines reformulations thématiques «parce que les conditions
objectives externes ont changé», il réitère son jugement très critique envers le modèle économique régnant en Amérique latine. La logique prépondérante, relève-t-il, «est en train de créer une grave situation de marginalisation très profonde. Elle détruit même la capacité d’organisation, de
participation et de protestation organisée».
La réalité de la misère, croissante sur presque tout le continent latino-américain, crée de nouveaux défis théologiques. «L’heure est venue de
réfléchir à la forme de l’interprétation de l’Evangile, de manière à ne pas
créer seulement la tension nécessaire pour un changement de structure mais
aussi à amener les conditions nécessaires d’un arrêt de cette misère». Il
nous faut accompagner et donner un appui psychologique et spirituel aux
secteurs marginaux de la société.
«Théologie de la prospérité»
Le professeur de Buenos Aires est conscient que sa vision théologique
met en question d’autres secteurs de l’univers protestant argentin. Ces
derniers diffusent un message qui exhalte les bénéfices matériels, spirituels et psychologiques de la conversion, en minimisant la signification profonde de celle-ci en tant qu’engagement. Cette position – que l’on peut appeler «théologie de la prospérité» – exprime, à ses yeux, une vison équivoque de la mission de l’Eglise et de la vie chrétienne elle-même. Il est
vrai que beaucoup de gens se sentent à l’aise dans cette théologie. «Elle
est simple et les dispense de s’engager».
Cette vision est partagée par une série de groupes et d’Eglises indépendantes qui ont connu une croissance rapide en utilisant de manière abusive
pouvoir et argent et qui «commettent aussi des distorsions doctrinales qui
ressemblent plus à des pratiques de guérisseur et à des mythes populaires
qu’à la foi chrétienne». Il s’agit de secteurs extrêmement actifs, promoteurs d’une évangélisation «massive» pour lesquels ils utilisent des moyens
électroniques et font appel à des journalistes coûteux. Ce phénomène ne favorise pas toujours une maturation théologique pourtant indispensable, ni
les relations avec d’autres Eglises «institutionnelles». «Nombreux sont
ceux qui nous attaquent par des pressions et par l’usage délibéré du concept imprécis de secte qui entraîne des équivoques et que l’on utilise pour
priver de légitimité les autres groupes religieux protestants sérieux»,
conclut le pasteur Miguez-Bonino. (apic/eni/ba)



