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Max Thurian plaide dans «L’Osservatore Romano»

pour que l’on ravive «la vraie et belle liturgie» (300596)

Rome, 30mai(APIC) «Le grand problème de la liturgie actuelle (désaffection pour le culte, ennui, manque de vitalité et de participation) dérive

du fait que la célébration a perdu son caractère de mystère qui favorise

l’esprit d’adoration. On assiste à une inflation de paroles, d’explications, de commentaires, d’homélies trop longues et mal préparées qui laissent peu de place à la contemplation du mystère célébré»: c’est le plaidoyer que fait dans «L’Osservatore Romano» le théologien Max Thurian.

Ancien pasteur protestant, co-fondateur de la communauté de Taizé avec

Frère Roger, Max Thurian est aujourd’hui prêtre catholique et membre de la

Commission Théologique Internationale. Dans un long article publié dans

«L’Osservatore Romano» daté du 28 mai, il appelle de ses voeux un réveil de

«l’enthousiasme liturgique du Concile», afin de «mettre un terme à des tergiversations néfastes qui ont fini par favoriser une stagnation».

Adoration, contemplation, silence

Max Thurian attend des évêques qu’ils remettent en route le mouvement

liturgique, «non pour innover mais pour raviver la vraie et belle liturgie», car «de graves erreurs ont été commises en certains lieux: disposition de l’autel, du tabernacle, des sièges des célébrants, illuminations

violentes, dépouillement excessif des ornements». «Souvent, constate-t-il,

toute la célébration se déroule comme un discours, ou un dialogue, où

l’adoration, la contemplation et le silence ne trouvent plus leur place.

L’absence de respiration contemplative risque de faire de la liturgie une

pénible dissertation religieuse, une vaine agitation communautaire, ou une

espèce de rengaine».

Aux yeux du théologien, «deux attitudes complémentaires de la liturgie

devront toujours être respectées»: «le dialogue face-à-face de la liturgie

de la Parole et l’orientation contemplative de la liturgie eucharistique».

Dans ses suggestions, il insiste tout d’abord sur les ornements de l’autel,

lequel «doit susciter l’émerveillement en raison de sa beauté». Si le face

à face avec les fidèles doit être conservé durant la liturgie de la Parole,

il est préférable, dit-il, de «respecter la disposition des autels magnifiques adossés à l’abside» quand ceux-ci existent, plutôt que «d’utiliser des

autels portables sous forme de grandes caisses ou de tables plus ou moins

grandes, voire des mobiliers en plastique transparent utilisés pour ne pas

cacher le trésor artistique de l’autel original». Pour les églises nouvelles, «on construira l’autel de façon à ce que le prêtre puisse célébrer face aux fidèles».

Concernant la position du prêtre par rapport à l’autel, le théologien

pense qú»une mauvaise habitude a été prise en plaçant les sièges immédiatement derrière l’autel, ce qui crée un face-à-face entre les célébrants et

les fidèles pendant toute la célébration, repliant ainsi l’assemblée sur

elle même et empêchant l’orientation contemplative de toute l’assemblée

vers le lieu symbole de présence du Seigneur. Pour illustrer son propos, le

Père Thurian prend l’exemple de la chapelle privée du pape, où il célèbre

la messe tous les matins: «son siège se trouve un peu en avant des bancs

des fidèles, il est tourné vers l’autel», ce qui permet au pape, «à la tête

de la petite assemblée, d’adorer le Christ réellement présent».

Néocléricalisme et droit à «la liturgie dans son intégrité»

Le Père Thurian note au passage l’importance des éclairages: «rien de

plus défavorable à la prière qu’une lumière violente qui ne laisse aucune

place au silence visuel», avant d’en venir aux textes mêmes de la liturgie.

«Il existe aujourd’hui, note-t-il, une manie de la simplification qui finit

par appauvrir la liturgie, sans bénéfice spirituel». Il rappelle que le

prêtre «ne dispose pas des textes de la prière liturgique pour les modifier

selon sa fantaisie ou pour des raisons théologiques personnelles». Cette

tendance conduit à «une sorte de néocléricalisme qui imposerait des modifications à la liturgie alors que les fidèles ont le droit de la recevoir

dans son intégrité comme un don du Christ et de l’Eglise, sans que les prêtres ne se permettent de la changer».

Un dernier aspect abordé dans l’article concerne le tabernacle et son

contenu: «Il est opportun que le tabernacle soit situé de façon à être bien

visible dés l’entrée dans l’Eglise. Il doit être beau, illuminé comme une

louange à la gloire du Christ réellement présent». Trop souvent aujourd’hui, écrit le théologien, les églises sont conçues comme des salles

polyvalentes ou autour du seul objectif de réunir l’assemblée pour la liturgie. Elles deviennent comme mortes au terme des célébrations, sans inviter les fidèles à y entrer pour se recueillir dans la prière. L’église, par

le biais de sa belle disposition liturgique, de son autel bien valorisé et

solennellement orné, par son tabernacle rayonnant la présence réel du

Christ, doit être la belle maison du Seigneur et de son Eglise, où les fidèles aiment se recueillir dans le silence de l’adoration et de la contemplation. Toute église doit être priante. (apic/imed/pr)

30 mai 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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