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Tournai: 15e centenaire du baptême de Clovis (060996)

L’évêque de Tournai rappelle «le long chemin d’une conversion»

Tournai, 8septembre(APIC) Le 22 septembre, le pape sera en France pour

commémorer à Reims le 15e centenaire du baptême de Clovis. L’évêque de

Tournai, cité natale de celui qui devint en 482 roi des Francs Saliens,

rappelle l’aventure de ce «baptisé célèbre» dans l’éditorial de la revue

officielle du diocèse.

«Si le Dieu de Clotilde me donne la victoire…» Les manuels d’histoire,

sur la foi d’une biographie embellie par saint Grégoire de Tours, ont longtemps ramené la conversion de Clovis à un simple voeu exprimé à la bataille

de Tolbiac. A Tournai comme à Reims, l’évêque actuel préfère les explications plus critiques et nuancées des historiens modernes. Elles rendent

aussi davantage justice, selon Mgr Jean Huard, à ce que fut le baptême de

Clovis: «ce fut d’abord l’entrée d’un homme dans l’Eglise et l’aboutissement d’une conversion qui exiga une longue maturation»

Un baptême par intérêt ?

Le baptême de Clovis a aidé l’Eglise catholique à sortir de la crise née

de l’arianisme, hérésie déclenchée par le théologien Arius d’Alexandrie qui

refusait de reconnaître en Jésus autre chose qu’un homme. Or, la pensée

arienne gagnait en audience dans le monde germanique. Dès lors, Clovis ne

se serait-il pas fait baptiser dans un but intéressé: conforter et étendre

son royaume en misant sur une religion en progrès plutôt que sur les dieux

germains?

«Si telle avait été la motivation de Clovis, répond l’évêque de Tournai,

c’est à l’arianisme et non à l’Eglise catholique qu’il serait rallié. Sans

doute vers la fin de sa vie percevra-t-il le bénéfice de son option, mais

au point de départ, il a dû accepter la rupture culturelle avec ses origines et avec les forces burgondes et wisigothiques toutes-puissantes aux

frontières de son royaume.»

Et l’évêque d’expliquer: «L’arianisme, qui ne reconnaît la qualité de

Dieu qu’au Père, favorise la vision d’un pouvoir absolu. Pour les Ariens,

le roi est presque un roi-prêtre, qui dirige le clergé et le peuple. Clovis

aurait donc pu réunir entre ses mains le spirituel et le temporel et appliquer un totalitarisme chrétien. Choisir l’arianisme lui aurait permis de

conserver tout son pouvoir. Il était plus compliqué de passer du paganisme

au catholicisme.»

Quant à rattacher le baptême à la réalisation d’un voeu de Clovis, Mgr

Huard préfère noter avec les historiens «qu’il lui fallut bien du temps

pour mettre à exécution cet engagement».

Clovis et les autres

Jusqu’à l’époque moderne, l’histoire a longtemps légué le principe: le

peuple partage forcément la religion de son prince. Or, s’il est vrai que

trois mille soldats ont reçu le baptême avec Clovis, le reste du peuple est

longtemps demeuré païen, constate l’évêque de Tournai: «l’évangélisation

des Francs fut lente et difficile jusque vers 720-740».

On a même quelque peine à imaginer une conversion facile, tant le changement fut considérable pour Clovis. Mgr Huard attire l’attention sur

«l’épreuve de la foi» que cet ancien Tournaisien eut à traverser «jusque

dans son propre foyer». «Sa femme, Clotilde, catholique, avait fait baptiser leur enfant dans l’Eglise catholique et peu de temps après, l’enfant

mourut. Comment adhérer à un Dieu qui ne peut même pas sauver un innocent?

Rencontre avec le problème du mal et du silence de Dieu.»

En faisant de Clotilde une sainte, l’Eglise a reconnu son influence.

Celle-ci, pourtant, fut limitée, selon Mgr Huard. Elle obtint surtout que

son mari qui l’aimait entre en dialogue avec l’évêque Remi, et reçoive un

enseignement adéquat pour éclairer son chemin de foi.

Les explications théologiques n’ont pu suffire: Clovis avait aussi besoin d’un éclairage plus intérieur. C’est un ancien soldat devenu ermite,

Vaast, le futur évêque d’Arras, qui le lui apporte. Cet homme qui parlait

sa langue l’éduqua «à la prière et à la relation personnelle avec Dieu».

Une autre découverte est à noter: «la foi du peuple des humbles, qui

s’exprime dans le pèlerinage auprès du tombeau de saint Martin à Tours.

C’est là qu’il est frappé par la foule en prière et les miracles du saint

évêque. Il décide alors de se faire baptiser «sans délai». » On est en novembre 498. Le «long chemin de conversion» aura duré sept ans, souligne

l’évêque de Tournai.

Un long chemin exemplaire

Mgr Huard conclut: au long de sa conversion, «Clovis a bénéficié d’une

convergence de facteurs en faveur de la foi catholique. Comme toute conversion, celle de Clovis est à la fois décision personnelle et oeuvre de toute

l’Eglise.

Est-ce à dire que la conversion de Clovis et son baptême en la nuit de

Noël 498 en ont fait un chrétien exemplaire? Ce serait oublier tous les

massacres accomplis pour soutenir ses conquêtes. Il a cependant jeté la base d’une société qui respecte l’autonomie de l’Etat et de l’Eglise, dans

l’union, mais sans confusion ni domination. Après lui, il sera bien difficile à ces deux puissances, le pouvoir royal et l’autorité des évêques, de

sauvegarder cet équilibre difficile. (apic/cip/mp)

8 septembre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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