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France: Un conseil d’imams proclame une «fatwa»
contre les ravisseurs des trappistes de l’Atlas algérien (080596)
Paris, 8mai(APIC) Un Conseil d’imams de Fance vient de proclamer une
«fatwa» contre les ravisseurs des trapistes de l’Atlas algérien. Le fait
est sans précédent, dit-on dans l’hexagone.
Le Haut Conseil des Musulmans de France est en effet entré en campagne
pour la libération des sept trappistes de Notre-Dame de l’Atlas enlevés le
27 mars. L’initiative la plus spectaculaire – et inédite – est la proclamation d’une «fatwa» jugeant illégale l’enlèvement.
Le Haut Conseil des Musulmans de France (HCMF), créé en décembre 1995
par une dizaine de personnalités, représente une nouvelle tentative d’organiser la représentativité des musulmans dans le pays, en insistant sur sa
gestion collégiale, sur la nationalité française d’une majorité de ses membres et sur son indépendance vis-à-vis de toute puissance étrangère.
Les responsables du HCMF, qui rassemble plusieurs centaines d’associations locales, ont fait parvenir à la presse algérienne une lettre aux ravisseurs réclamant la libération des trappistes. Le bureau du Conseil demande aussi au président algérien de recevoir une délégation de ses membres. Il appelle les fidèles à se rassembler à la Grande Mosquée de Paris
vendredi 10 mai à 10h pour soutenir les moines.
Plus remarquable est la proclamation par le Conseil national des imams,
instance théologique du HCMF, d’une «fatwa» (un avis rendu par un juriste
reconnu), traduite en arabe et en français. «L’illégalité de l’agression
contre les moines, que nous avons décidée, n’est autre que le jugement
édicté par tous les textes coraniques et les groupes prophétiques, expliquent les neuf imams membres du Conseil National des Imams. Il y a un consensus (»ijma») de toute la nation musulmane dans toutes les étapes de son
histoire autour de cela».
Quelle influence?
Comme le note le quotidien «La Croix», la portée théologique ou juridique de cette «fatwa» est limitée – de nombreuses autorités musulmanes ont
déjà condamné l’enlèvement; certains arguments théologiques invoqués seront
en outre récusés d’emblée par les religieux intégristes. Mais après les
traumatismes causés dans l’opinion par la «fatwa» condamnant Salman
Rushdie, le HCMF veut symboliquement marquer des points, note le journal, à
qui Abderrahmane Dahmane annonce «le début d’un islam de France qui prend
ses décisions», ajoutant que «désormais, à chaque fois qu’un compatriote
sera touché, on interviendra». «C’est la première fois, en France, que l’on
réagit à la façon des autorités religieuses en pays musulmans», explique de
son côté Khadidja Khali. Celle-ci, qui est d’origine algérienne et dit
avoir bien connu Tibbirine, s’insurge: «C’est inadmissible. On ne peut pas
attendre en silence».
Selon «La Croix», le HCMF, déstabilisé au début de cette année par le
départ du recteur de la Mosquée d’Evry, entend par cette «fatwa» s’affirmer
dans l’opinion publique française et internationale comme l’instance représentative de la communauté musulmane de France, et «prendre l’ascendant sur
le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, dont il n’a cessé, depuis sa création, de dénoncer l’inertie». (apic/cip/pr)



