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apic/Vatican/Enjeux prochain pontificat/Zizola
L’auteur de «Le Successeur» évoque (170196)
à Bruxelles les enjeux du prochain pontificat
Giancarlo Zizola estime que des réformes sont possibles
Bruxelles, 18janvier(APIC) Le journaliste italien Giancarlo Zizola, auteur du récent livre «Le Successeur», était récemment l’invité de l’Association des Journalistes d’Information Religieuse (AJIR) à Bruxelles. Il a
brossé devant eux les perspectives développées dans son récent livre pour
«ouvrir un débat» sur l’avenir de l’Eglise catholique et sur les enjeux du
conclave qui élira le prochain pape.
Originaire de Trévise, Giancarlo Zizola, qui a étudié le droit à Padoue
et la théologie à Assise, a fini par s’établir à Rome, où il fréquente fréquemment le Vatican depuis le Concile Vatican II, auquel il a consacré de
nombreux articles. Cet ancien collaborateur de l’hebdomadaire italien «Panorama», devenu responsable de l’information religieuse pour «Il Giorno» et
correspondant des «Informations Catholiques Internationales», a fondé en
Italie en 1980 le Centre Culturel pour l’Information Religieuse. Après un
livre sur le pape Jean XXIII, il a publié plusieurs ouvrages sur la situation ecclésiale sous Jean-Paul II, pour lequel il ne cache pas son admiration personnelle. Son dernier livre «Le Successeur» suit un ouvrage très
documenté sur «Le Conclave» (1993).
«Le Successeur», 364 pages, (Paris, Desclée de Brouwer, 1995), écrit à
la demande de l’éditeur, est moins un livre sur les cardinaux au profil
«papal» (les «papabili»), qu’un ouvrage, dit l’auteur, «pour ouvrir le débat sur l’ordre du jour du prochain pape: la situation de l’Eglise catholique, ses relations avec les autres Eglises et les autres religions, la présence des chrétiens dans une société où les solidarités sont mises à mal
par une économie qui se planétarise». «Il y a donc des enjeux, et en particulier des enjeux conciliaires».
L’évêque de Rome
Pendant des siècles, l’évêque de Rome a été élu démocratiquement, avec
la participation du peuple et du clergé romains. C’est seulement en 769
qu’Etienne IV a exclu la participation des laïcs à l’élection du pape, car
la voix du peuple était biaisée par l’ingérence des pouvoirs politiques. La
tradition électorale actuelle remonte au XIe siècle et réserve l’élection
du pape à un corps électoral de cardinaux, représentants qualifiés de la
première communauté chrétienne concernée: celle de Rome.
La dernière réforme du conclave est due à Paul VI, dont la Constitution
«Romano Pontifice eligendo» de 1975 limite les électeurs aux cardinaux de
moins de 80 ans. Mais elle ne fait pas du conclave une instance oligarchique: l’élection du pape doit tenir compte du peuple de Dieu tout entier,
note G. Zizola. «Tout en réservant le droit de vote aux cardinaux, on peut
fort se donner les moyens de rendre plus participative et plus communautaire l’élection de l’évêque de Rome. Les cardinaux sont d’ailleurs légitimés
dans leur droit du fait qu’ils appartiennent à diverses communautés».
Aujourd’hui, les risques d’ingérence qui avaient provoqué le décret
d’Etienne IV ne menacent plus autant une Eglise où les laïcs se montrent
davantage porteurs de préoccupations spirituelles, d’exigences de réforme
et de communion. Or, la Constitution apostolique de 1975 prévoit une période de quinze à vingt jours avant l’entrée en conclave. A l’ère des communications rapides, c’est plus qu’il n’en faut pour réunir à Rome les cardinaux du monde entier, relève G. Zizola. «Cette période, quoique couverte
par le secret, n’est pas voulue pour isoler les cardinaux. Elle leur offre
l’occasion d’être à l’écoute du peuple chrétien et de renouer ainsi avec le
modèle de l’Eglise ancienne, où la communauté romaine tout entière pouvait
participer à l’élection de son évêque. Les prérogatives actuelles de la papauté ne peuvent faire obstacle à l’écoute du peuple chrétien: Jean-Paul II
lui-même, dans l’encyclique sur l’oecuménisme «Ut Unum sint», a tenu à
laisser le débat ouvert sur les prérogatives de la papauté».
Réforme possible
A Vatican I, les évêques étaient moins de 800. Aujourd’hui, ils sont environ 4’500. De plus, la majorité de la communauté catholique mondiale
s’est déplacée vers l’Amérique latine, l’Afrique et l’Asie. On admet donc
moins facilement que des structures juridiques et culturelles d’inspiration
européenne puissent régir la situation d’un catholicisme majoritairement
enraciné dans d’autres cultures.
Est-ce à dire qu’il faudrait à la papauté une assise internationale? Il
avait été question d’une telle optique sous Paul VI, qui avait d’abord pensé introduire au conclave les présidents des Conférences épiscopales. Sa
réforme du conclave n’a pas ratifié cette optique, qui ne serait d’ailleurs
pas cohérente avec la tradition romaine qui remonte au ministère de Pierre.
Au vu des ouvertures de l’encyclique «Ut Unum sint», une réforme de la papauté paraît impliquer une double optique, selon G. Zizola. D’une part, la
papauté ne peut s’envisager comme pouvoir souverain sur la chrétienté mondiale, encore moins comme un ministère de superévêque à exercer à la façon
des managers. La communion dans l’Eglise n’empêche pas l’existence de centres divers et autonomes, ni l’application du principe de subsidiarité.
D’autre part, il est intéressant de cultiver la tradition des premiers siècles, où l’Eglise de Rome était à la fois considérée comme dernière instance dans les conflits disciplinaires et doctrinaux, et comme centre de la
charité pour la redistribution des ressources selon les besoin.
Enjeu oecuménique
Le patriarche oecuménique de Constantinople, Bartholomée Ier, auquel est
reconnue une primauté d’honneur sur toutes les Eglises orthodoxes, a pris
récemment position sur la primauté dans l’Eglise. Lors d’une visite officielle en Suisse, le 14 décembre dernier, il a déclaré qu’il ne pouvait
concevoir cette primauté comme l’exercice d’un «pouvoir central» ni d’une
autorité juridique d’un évêque sur d’autres. Cette mise au point n’a cependant provoqué aucun remous à Rome, dont le pape est d’ailleurs considéré
par le patriarche Bartholomée comme son «frère Jean-Paul II».
Mais G. Zizola évoque un incident qui s’est produit lors d’une visite
antérieure du patriarche Bartholomée à Rome. La Curie romaine avait préparé
des documents, où elle espérait que le patriarche orthodoxe allait apposer
sa signature, engageant ainsi l’ensemble des Eglises orthodoxes sur des
questions importantes, toujours discutées. Le patriarche, rapporte le journaliste, «a eu la noblesse de ne pas faire état de son malaise» et n’a pas
signé. En revanche, il a été invité par le pape à présider une célébration
en la basilique St-Pierre, «aux côtés de son frère Jean-Paul II», et en
présence du corps diplomatique. Le pape ne pouvait mieux faire honneur au
patriarche orthodoxe. C’est d’ailleurs la seule personne du Vatican à avoir
rendu une visite personnelle à son hôte hébergé à la tour Saint-Jean.
Le prochain pontificat
Un climat de «fin de règne» est perceptible à Rome, observe G. Zizola.
Non seulement «tout le monde en parle», mais «une anxiété est perceptible
dans la production de certains documents moins bien achevés».
Pour l’élection du futur pape, la nationalité de l’élu ou la prétendue
règle d’une alternance entre un pontificat long et un court seront des critères dépassés. L’idéal, suggèrent déjà plusieurs cardinaux, serait un pape
qui régne une dizaine d’années pour avoir le temps de mettre en oeuvre un
programme de gouvernement. «Donc, l’hypothèse d’un pape de transition n’est
pas d’actualité, commente le journaliste italien. Inévitablement, pour les
successeurs possibles, le regard se porte sur les cardinaux situés dans la
tranche d’âge de 60-65 ans.
Magistère et infaillibilité
Interrogé sur la note publiée le 18 novembre dernier par la Congrégation
du Vatican pour la Doctrine de la Foi, en vue de préciser le caractère «infaillible» de la doctrine catholique relative à l’impossibilité pour les
femmes d’accéder au sacerdoce, G. Zizola fait part d’un double étonnement.
D’une part, dit-il, «c’est la première fois que la doctrine de l’infaillibilité est proclamée directement par la Curie romaine». D’autre part, «la
note du 18 novembre semble rouvrir une question, traitée dans le contexte
d’un document… publié dix-sept mois auparavant».
Et le journaliste d’ajouter: «Le cardinal Ratzinger, lorsqu’il était un
théologien sérieux, avait consacré une page à l’infaillibilité dans son
livre sur «Le nouveau peuple de Dieu» (1971). Il invitait à considérer la
déclaration d’une doctrine comme «définitive» pour autant qu’elle exprime
une unanimité, sinon une convergence de consentement de la grande majorité
des fidèles et des évêques, bref une doctrine largement partagée. Or, dans
le cas de la récente note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi,
c’est tout le contraire qui se passe : on a fait appel à la doctrine de
l’infaillibilité pour clore un débat existant ! Le cardinal Ratzinger luimême était intervenu précédemment pour abolir les marques d’infaillibilité
introduites dans «Veritatis Splendor». Dans «Evangelium Vitae», il avait
exclu une note d’infaillibilité pour les problèmes moraux qui restent discutés dans la tradition ecclésiale, parce qu’il est difficile d’engager la
foi de toute l’Eglise sur des aspects qui évoluent avec les cultures et des
techniques. Par conséquent, je recommande qu’on réserve des obsèques religieuses à la note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi».
Le charisme du pape
Pour G. Zizola, on ne peut mettre en doute la fidélité conciliaire de
Jean-Paul II: «Le pape Wojtyla a pris de nombreux engagements allant dans
le sens de Vatican II. Il a développé l’expérience du Synode des évêques,
ainsi que le dialogue avec les grandes religions, au-delà même des suggestions de Vatican II et contre les réticences d’une bonne partie de la Curie romaine. Le poids de la Curie romaine forme d’ailleurs, avec celui de
la situation mondiale et celui d’une culture aux extensions planétaires une
des difficultés du contexte dont Jean-Paul II a dû tenir compte».
G. Zizola aurait aimé néanmoins que Jean-Paul II donne plus de force à
«l’option préférentielle pour les pauvres». Mais, ajoute-t-il, cela aurait
nécessité de la part de l’Eglise catholique «un renoncement à des prérogatives politiques et diplomatiques». La défaite de la démocratie chrétienne
en Italie, la victoire du oui à la légalisation du divorce en Irlande, la
défaite de Lech Walesa aux dernières élections présidentielles en Pologne
sont, pour le journaliste, «autant de signes que l’Eglise catholique devra,
à l’avenir, plus clairement situer sa mission sur le plan spirituel».
G. Zizola ne cache pas son admiration personnelle pour Jean-Paul II et
pour son sens de l’Eglise. Il regrette qu’il n’ait pas toujours été entouré
«des meilleurs collaborateurs, à la hauteur de son charisme». (apic/cip/pr)




