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apic/Voyage du pape à Tunis

Tunis: Jean Paul II visite pour la première fois la Tunisie (140496)

Nouvelle page dans les relations entre chrétiens et musulmans

«Collaborez avec vos amis musulmans»

De notre envoyé spécial Jean-Marie Guénois

Tunis, 14avril(APIC) En visitant dimanche la Tunisie, Jean Paul II a accompli son 70e voyage à l’étranger. Il n’a pas manqué de prier pour «la libération» des sept moines trappistes enlevés en Algérie. Il a une nouvelle

fois condamné la violence des armes et les guerres fratricides au Libéria

et au Proche-Orient. Il a surtout poussé la minorité chrétienne de Tunisie

– 0,21% de la population – à tourner une nouvelle page dans ses relations

avec l’islam, pour ouvrir «la page du dialogue et de la collaboration».

Sans signe particulier de fatigue nouvelle après 45 minutes de vol au

dessus de la Méditerranée, Jean Paul II qui porte vraiment son âge, n’a pas

embrassé le sol de Tunisie qu’il visitait pourtant pour la première fois.

Il a été accueilli de façon très officielle par le Président de la République Zine el-Abidine Ben Ali. Celui-ci a insisté sur la nécessité «d’éradiquer les causes de l’extrémisme et du terrorisme et d’enraciner les fondements de la coexistence et de la tolérance entre toutes les religions.

Sous les voutes neuves du salon d’honneur de l’aéroport international,

le pape a remarqué, en retour, les considérables progrès accomplis par la

Tunisie, mais il a aussitôt souligné, à propos du rôle de ce pays dans le

bassin méditerranéen, «qu’une entente durable entre les nations ne peut

être fondée uniquement sur une logique marchande».

Dans les rues, entre l’aéroport et la cathédrale – celle-ci fondée il y

a cent ans par le cardinal Lavigerie – peu de monde, quasiment pas de femmes et beaucoup de drapeaux, Vatican en jaune et blanc, et Tunisie croissant et étoile islamique, blanc sur fond rouge. Sous des «youyous» de joie,

Jean Paul II entre dans la cathédrale pour une messe solennelle. «Pour

nous, votre visite est une nouvelle résurrection», s’exclame alors l’archevêque de Tunis, Mgr Fouad Twal, seul évêque de ce pays avec 45 prêtres, 9

religieux, 168 religieuses et 18’000 catholiques.

«Petit troupeau»

Petit troupeau, certes observe Jean Paul II dans son homélie, mais vous

êtes «une image parlante de l’Eglise universelle». Le pape encourage ces

chrétiens, héritiers d’une tradition chrétienne ancienne, à laisser transparaître la grâce reçue de Jésus-Christ et à continuer les services fraternels, en particulier l’éducation et la santé, sans discrimination et avec

le désintéressement en collaboration avec «vos amis musulmans».

Un pays qui tranche avec l’actualité du pays voisin, l’Algérie où l’on

est toujours sans nouvelle de sept moines trappistes enlevés le 27 mars

dernier. Jean Paul II aborde ce fait lors de la prière pascale du «Regina

Coeli», sitôt après la messe: «Alors que je me trouve au Magreb, ma pensée

se tourne d’abord vers les sept frères trappistes du monastère de Notre-Dame de l’Atlas en Algérie, eux qui généreusement veulent être des témoins de

l’Absolu de Dieu au milieu de leurs frères. Que le Christ ressuscité leur

permette de voir enfin arriver le terme de leur épreuve par leur libération». Le pape évoque aussi «la cruelle violence des armes» au Libéria et

au Moyen-Orient».

Hommage au cardinal Duval

Sitôt la messe terminée, – non retransmise par la télévision tunisienne

– Jean Paul II a dejeuné avec les évêques de Tunisie, du Maroc, d’Algérie

et de Lybie à l’archevêché de Tunis. Lors de cette rencontre, il a commencé

par rendre un hommage appuyé au cardinal Léon-Etienne Duval, «grande figure

de l’Eglise qui est en Algérie», témoignant son affectueuse proximité à

l’Eglise de ce pays qui traverse des moments difficiles. Le pape a également évoqué la Libye et les privations imposées au peuple libyen «par un

embargo qui affecte si gravement la vie quotidienne des populations».

Relations des chrétiens avec l’islam

Puis Jean Paul II a abordé la question des relations avec l’islam: «Depuis ses origines, l’Eglise qui est en Afrique du Nord a été la source

d’une grande richesse spirituelle pour l’Eglise entière. Aujourdhui, c’est

une nouvelle page de l’histoire de cette Eglise que vous écrivez, dans un

contexte bien différent de celui qu’ont connu vos pères dans la foi, la page du dialogue et de la collaboration entre croyants de religions différentes. Cette vocation ecclésiale particulière est aussi une richesse de

l’Eglise universelle».

Cette nouvelle page à écrire, Jean Paul II l’a décrit ainsi: «malgré les

difficultés et les incompréhensions, allez à la rencontre de vos frères et

de vos soeurs, sans distinctions d’origine, ni de religion». Là où sévit la

violence et la discorde, ajoute-t-il, soyez des mnessagers de la paix qui

vient de Dieu car nul ne peut tuer au nom de Dieu, nul ne peut accepter de

donner la mort à son frère. Jean Paul II sait que les chrétiens de la Tunisie font souvent l’expérience de la vulnérabilité du «petit troupeau», mais

aussi celle de «gratuité du don de Dieu». Aussi les appelle-t-il à nouer

une relation fraternelle avec les musulmans, toujours plus profonde, plus

spirituelle».

De véritables collaborations

Ce dialogue doit aller au delà d’un simple partage de vie. Il doit aboutir à de véritables collabiorations. Dans ce domaine, les religieuses peuvent jouer un rôle important en faveur de la femme. mais dans tous les cas,

le pape pose une condition: Les chrétiens doivent avoir une foi assurée.

Ils doivent former des commmunautés qui manifestent le Christ. Et Jean Paul

II de lancer: «N’ayez pas peur d’être une Eglise rayonnante, dans le respect des autres traditions humaines et spirituelles, mais qui révèle clairement et sans crainte ce qu’elle est».

En fin d’après-midi, Jean Paul II a rencontré les autorités civiles et

religieuses de Tunisie dans le palais présidentiel, rencontre suivie d’un

bref moment de prière dans l’amphithéâtre romain de Carthage qui fut le

lieu du martyr de sainte Félicité et de sainte Perpétue. Dans son discours

aux responsables du pays, le pape n’a pas manqué de souligner l’importance

des retombées économiques pour toutes les couches de la population, sachant

que lorsque «les aspirations profondes d’un peuple ne sont pas satisfaites,

les conséquences peuvent être dévastatrices, conduisant à des solutions

simplistes, qui sont des menaces pour la liberté des personnes et des sociétés et que l’on cherhera même à imposer par la violence».

Responsables religieux, «conscience de la société»

Dans cette perspective, les responsables religieux qui n’ont pas de solutions techniques aux problèmes de l’économie moderne et de la coopération

internationale ont une grande responsabilité dans la vie sociale. Ils doivent être la «conscience de la société» et dans ce domaine, une coopération

fructueuse est possible entre musulmans et chrétiens. Jean Paul II a encore

évoqué une seconde piste pour ce dialogue, dont le Concile Vatican II a

marqué d’un pas décisif: les échanges culturels. A ce titre, le pape souligne l’apport de la civilisation arabe et de ses penseurs, comme le grand

philosophe tunisien Ibn Khaldun.

Ce dialogue suppose des conditions: un vrai désir de connaître l’autre

et non pas une simple curiosité humaine pour se situer en vérité les uns

par rapport aux autres, chacun étant vraiment enraciné dans sa religion respective». Cet enracinement permettra l’acceptation des différences et fera

éviter deux écueils: le syncrétisme et l’indifférentisme. Il permettra également de tirer profit au regard critique de l’autre sur la façon de formuler et de vivre sa foi. (apic/jmg/ba)

14 avril 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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