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Tours: La visite de Jean-Paul II en France (210996)

Les divorcés restent membres de la communauté chrétienne

De notre envoyé spécial, Jean-Marie Guénois

Tours, 21septembre (APIC) «Le pape vit encore, grâce à vous. Merci !» On

pourrait même dire que le pape revit. A la fin d’une journée harassante,

vendredi à Sainte-Anne d’Auray, il rassure les trois mille familles rassemblées devant lui dont les enfants chantent et crient dans un délicieux désordre. Douze mille personnes, petites et grandes, lui font la fête. Une

ambiance rare dans les voyages, surtout ces derniers temps.

Pourtant, les témoignages de quatre «jeunes familles» résonnent d’une

certaine gravité. José et Chantal Grevin, quatre enfants de 23 à 16 ans,

racontent la lettre de licenciement, l’année de chômage, la dépression,

puis le nouveau travail et la proximité de «ceux qui vivent cette terrible

souffrance du chômage».

Deuxième «famille»: une mère seule avec quatre enfants, abandonnée par

son mari. Anne-Marie Monroux raconte sa «longue descente aux enfers», l’absence paternelle qui la fait cruellement souffrir, la perte de confiance et

enfin la résurrection, qui lui permet aujourd’hui, bien que toujours seule,

de soutenir bien des personnes dans une situation identique.

Guy et Brigitte Ragot, ensuite. Brigitte quitte volontairement un emploi

après avoir lu un document des évêques de France: «Pour un nouveau mode de

vie». Il leur a fallu apprendre à éliminer un peu de leur superflu et à reconsidérer leur budget. «J’ai découvert, témoigne Brigitte, une autre dimension dans mes rencontres en apprenant à écouter. Les enfants apprécient

beaucoup ce nouveau mode de vie. Le couple conclut: «Nous avons appris

l’importance de privilégier la construction de la personne plutôt que de

courir après les biens matériels.»

La quatrième famille, François-Xavier et Marie-Odile Boullault, vivent

de la viticulture. Ils mettent tout simplement leurs enfants au premier

plan: «Chacun est unique à nos yeux; aussi, ce qui nous tient à coeur pour

notre famille, c’est de prendre du temps gratuit avec chacun d’eux.»

Un lieu d’épanouissement incomparable

Jean-Paul II n’a même pas besoin de le dire – mais il le dit – : la joie

se lit sur son visage. «Votre présence nombreuse montre la vitalité des familles françaises», dit-il. Des familles traversant de multiples difficultés, en particulier en raison de la situation économique. Rien ne doit

pourtant affadir la famille: «Vous êtes le sel de la terre et la lumière du

monde». L’Eglise vous fait confiance et compte sur vous, parents, tout spécialement dans la perspective du troisième millénaire, pour que les jeunes

puissent connaître le Christ et le suivre généreusement.

La famille, ajoute le pape, est un lieu d’épanouissement incomparable,

dont la clef est la relation conjugale: «La relation amoureuse participe à

la croissance du conjoint», elle est service de l’autre. Elle ne repose pas

sur les seuls sentiments amoureux, mais se fonde avant tout sur l’engagement définitif clairement voulu, sur l’alliance et sur le don, qui passent

par la fidélité. Certes, la vie conjugale n’est jamais exempte d’épreuve,

mais la traversée de l’épreuve peut contribuer à purifier l’amour. En ce

sens, le sacrement de mariage a une structure pascale. Jusqu’au pardon».

Conclusion de Jean-Paul II: «Dans notre monde où le souci de la rentabilité dans toutes les activités laisse peu d’espace aux rencontres gratuites, il est important que les couples et les familles puissent se ménager

des temps d’échanges qui permettent d’affermir leur amour.» Le pape parle

aussi de la dimension du pardon – «Que serait un amour qui n’irait pas jusqu’au pardon ?» -, et des relations charnelles, qui sont «le signe et l’expression de la communion entre les personnes».

Le témoignage indispensable des parents

Avant d’évoquer le rôle de l’école catholique, des aumôneries de l’enseignement public, de la préparation au mariage et du rôle des grands-parents, le pape insiste sur l’importance du témoignage des parents, véritable fondation ou au contraire destruction de l’enfant, qui est l’avenir de

la nation: «Vous êtes invités à manifester au monde la beauté de la paternité et de la maternité, et à favoriser la culture de la vie qui consiste à

accueillir les enfants qui vous sont donnés et à les faire grandir.»

Jean-Paul II est salué par des applaudissements nourris quand il rappelle que «tout être humain déjà conçu a droit à l’existence», avant de rendre

hommage aux familles qui ont la lourde charge d’accueillir l’enfant handicapé, un malade ou une personne âgée. Il s’arrête aussi sur la souffrance

de ceux qui vivent douloureusement l’absence d’enfant ou dans la solitude,

en les encourageant à se donner au service de leurs frères.

Quant aux «séparés, divorcés et divorcés remariés», dont l’Eglise a le

souci, ils restent membres de la communauté chrétienne. En effet, ils peuvent, et même ils doivent, comme baptisés, participer à sa vie, tout en accueillant dans la foi la vérité dont l’Eglise est porteuse dans sa discipline du mariage. (apic/jmg/ba)

22 septembre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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