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apic/Ximenes Belo/ Prix Nobel

Timor-Oriental: Mgr Ximenes Belo lauréat du Prix Nobel de la Paix

Un lauréat inattendu, premier évêque indigène de son pays (111096)

Oslo, 11octobre (APIC) Le prix Nobel de la paix 1996 a été attribué vendredi à Oslo conjointement à Mgr Carlos Filipe Ximenes Belo, évêque catholique de Dili, au Timor oriental, et à son compatriote Jose Ramos Horta.

Depuis sa nomination en 1988 comme admistrateur apostolique de la capitale

timoraise, Mgr Ximenes Belo, âgé de 48 ans, incarne l’âme et la résistance

du peuple timorais face à l’Indonésie qui a annexé le pays en 1976.

Mgr Ximenes Belo s’est fait connaître dès 1989 en écrivant au secrétaire

général de l’ONU pour réclamer le respect du droit à l’autodétermination du

peuple du Timor oriental, ancienne colonie portugaise. L’Indonésie a fait

de cette partie de l’île sa 27e province en 1976 et la maintient depuis

sous occupation militaire. Ni l’ONU, ni le Saint-Siège n’ont jamais reconnu

cette annexion. En octobre de la même année, lors de la visite du pape Jean

Paul II, sur l’île le gouvernement indonésien fait placer un panneau proclamant en anglais: «Bienvenue au Timor oriental, 27e province de l’Indonésie».

Il en faudra plus pour décourager l’évêque qui, depuis lors, malgré les

menaces – on a tenté de l’empoisonner en 1992 – , n’a cessé de dénoncer les

violations des droits de l’homme dont sont victimes les quelque 800’000 Timorais en grande majorité catholiques, de la part des autorités et des soldats indonésiens. A plusieurs reprises des manifestations ont été réprimées

dans le sang, faisant des centaines de morts. Beaucoup d’autres Timorais

sont morts de faim ou de misère. Amnesty international avance le chiffre de

230’000 victimes depuis 1975, soit près d’un Timorais sur trois.

«Des personnes disparaissent, des femmes et des enfants sont soumis à

des interrogatoires, torturés assassinés. Ici on foule aux pieds la dignité

humaine. Les Timorais sont des citoyens de deuxième classe», rappelait Mgr

Belo à la veille de l’arrivée de Jean Paul II. Mgr Belo lutte aussi sans

relâche contre «l’intégration» du Timor, une politique moins violente mais

tout aussi pernicieuse. L’évêque dénonce l’envoi de colons indonésiens, les

limitations de l’exercice du droit de réunion ou de la pratique religieuse,

le contrôle de l’information, l’envoi obligatoire des jeunes Timorais dans

les écoles supérieures de Jakarta.

Porte-parole de tout un peuple

L’Eglise catholique est une des seules organisations qui échappe au contrôle de l’Etat indonésien. C’est la raison pour laquelle Mgr Belo est devenu le porte-parole de tout un peuple.

Depuis deux ans, cependant, même si la politique officielle de repression se poursuit, des Indonésiens commencent à ce poser la question si

l’occupation militaire de ce petit territoire de 18’000 km2 vaut vraiment

le prix qu’elle coûte à l’immense Indonésie peuplée de 200 millions d’habitants sur un territoire de 2 millions de km2. La pression internationale,

en particulier celle du Portugal, n’a pas faibli.

Mgr Belo continue lui d’espérer un référendum. Les Timorais pourraient

se contenter d’un statut spécial ou d’une autonomie locale pour l’île pourvu que soit préservée leur identité culturelle et religieuse, beaucoup plus

tournée vers la chrétienté occidentale que vers l’Indonésie fortement islamisée.

En 1994, Mgr Ximenes Belo s’est offert comme médiateur entre les autonomistes du «Freitilin» et le gouvernement indonésien. Il voulait par-là promouvoir lui-même le dialogue et la réconciliaition entre les divers groupes

politiques. «En maintenant la voie de la répression, le gouvernement de Jakarta ne résoudra pas le problème, même dans les 20 prochaines années.»

Dans la foulée, l’Eglise catholique crée une Commission des droits de

l’homme chargée de dénoncer les arrestations abritraires, les occupations

illégales de terre ou les conditions de travail inhumaines.

Dernier épisode en date, en 1996, Mgr Belo a refusé sèchement l’idée

lancée par le gouvernement indonésien d’ériger à Timor une statue monumentale du Christ-Roi, plus grande que celle qui domine la baie de Rio de Janeiro. Les 2,6 millions de dollars destinées à ce projet seraient beaucoup

plus utilement utilisés à soulager la misère, a souligné Mgr Belo. (apicmp)

Encadré

Mgr Carlos Filipe Ximenes Belo

Né à Baucau, sur l’île de Timor, le 3 février 1948, cinquième enfant d’une

famille qui en compte six, Mgr Belo fait ses études au Portugal et à Rome.

De retour dans son pays, il est directeur d’une école au moment où le pape

le nomme administrateur apostolique de Dili. Il devient en 1988, à 40 ans,

le premier évêque indigène de son pays. Comme le Vatican n’a pas reconnu

l’annexion du Timor oriental, Mgr Belo n’a pas le titre d’évêque de Dili.

Il n’est pas membre de la Conférence épiscopale indonésienne, et dépend

directement du Saint-Siège.

Jose Ramos Horta qui reçoit conjointement le Prix Nobel de la paix est

lui aussi depuis 1975 un des principaux porte-parole du peuple timorais.

(apic/mp)

11 octobre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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