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apic/Zaïre/ groupe Amos/ appel aux religieux/ plus de courage!
Zaïre: Le Groupe Amos appelle les religieux (240596)
à poser de véritables gestes prophétiques
«Attaquez-vous aux causes d’un système politique pourri»
Kinshasa, 24mai(APIC) Les oeuvres de charité, c’est bien, mais il faut
aller plus loin et «oser s’attaquer aux causes du système, aux racines du
mal, aux «structures de péché», afin de provoquer un vrai changement: c’est
l’interpellation adressée par le Groupe Amos dans une lettre adressée aux
supérieurs des Instituts religieux présents au Zaïre. Beaucoup de laïcs se
sentent «lâchés et trahis» par les religieux, estime-t-il.
Le Groupe Amos (du nom du prophète de la justice), est très actif à
Kinshasa, où il est né en 1988. Il a joué un rôle prépondérant dans l’organisation de la fameuse «marche de l’espoir» du 16 février 1992, une marche
pacifiste qui fut brutalement réprimée et provoqua plusieurs dizaines de
morts. A la fin de l’année dernière, il a publié, sous la signature de
l’abbé José Mpundu et de Thierry Nlandu, une brochure intitulée «Elections
au Zaïre: chance ou danger pour la démocratie ?». Estimant que faire des
élections dans l’état actuel des choses, c’est mettre la charrue avant les
boeufs, le Groupe demandait que l’on donne la parole au peuple et disait
compter pour cela sur les Eglises, «les seules structures fiables».
Comme si de rien n’était
C’est à l’occasion de la réunion annuelle de l’Assemblée des supérieurs
majeurs que le groupe interpelle cette fois les religieux, dont les Instituts sont à première vue florissants, puisque de nombreux jeunes rejoignent
leurs rangs. S’ils apprécient leur présence et leur engagement, ils se posent aussi des questions: «Dans d’autres continents et pays, les religieux
et religieuses jouent souvent un rôle prophétique. Ils dénoncent les situations d’injustice et d’oppression, ils annoncent les valeurs évangéliques
avec courage, ils livrent une critique constructive, ils s’engagent solidairement avec le peuple. Ils sont des «veilleurs», des «guetteurs», la
«conscience» de l’Eglise et de la société.»
«Attaquez-vous aux causes du système pourri»
Il n’en va pas de même au Zaïre, où le peuple est «humilié» depuis des
années et vit dans «une misère déshumanisante», estime le groupe Amos :
«Nous avons l’impression que beaucoup de religieux sont très occupés par
leurs problèmes internes. Souvent, vous continuez comme si de rien n’était,
comme s’il n’y avait pas de crise. Et alors, il faut engager des militaires
pour protéger vos personnes et vos biens. Bien sûr, vous faites un travail
formidable sur le terrain par des oeuvres de charité. Mais souvent ces actions essaient seulement de guérir les dégâts d’un système pourri. A notre
avis, il faut aller plus loin. Osez-vous vous attaquer aux causes du système, aux racines du mal, aux «structures de péché», afin de provoquer un
vrai changement ?»
Lâchés et trahis
Le groupe Amos n’attend pas des religieux de grandes déclarations, mais,
«dans certaines circonstances, des prises de positions communes, claires,
courageuses, des gestes prophétiques, des gestes et des attitudes de solidarité avec le peuple qui souffre».
Des exemples? On ne voit plus les religieux aux commémorations de la
«marche de l’espoir» de février 1992, comme si elle était un «fait divers»
du passé, et beaucoup de laïcs se sentent «lâchés et trahis» par les religieux. De même, le cri d’alarme adressé il y a quelques mois par les étudiants aux recteurs des instituts ecclésiastique semble n’avoir pas été
compris «ni par les supérieurs religieux, ni par les recteurs des instituts, ni par les scolastiques». Et alors que l’enseignement est en panne,
que les parents sont «exploités et sucés par l’Etat», à quand une position
commune des religieux pour défendre les droits des parents, des enseignants
et des élèves?
On demande des prophètes
Le temps n’est-il pas venu d’interpeller les dirigeants, dont la plupart
ont été formés dans les écoles catholiques ? «Avez-vous le courage de les
évangéliser, poursuit la lettre, pas seulement individuellement, mais ensemble, comme groupes de religieux, par une prise de position commune? Ne
serait-il pas souhaitable de prendre vos distances, de ne plus accepter
leurs cadeaux politiques, pour vous faire taire ?
Beaucoup de religieux expliqueront qu’il faut être prudent, qu’ils sont
au service de tous, qu’ils ne peuvent exclure personne. «Mais peut-on pactiser avec le mal? Les prophètes ont-ils été prudents devant les injustices, les meurtres, l’oppression ?» demande le groupe Amos, qui prévient:
«Chers frères, si vous ne vous solidarisez pas réellement avec le peuple,
nous craignons que, tôt ou tard, ce peuple viendra vous demander des comptes, et Dieu aussi. C’est pourquoi nous vous demandons simplement, mais
avec insistance: «Soyez ce que vous êtes: des prophètes». (apic/cip/ba)



