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Zaïre: La région du Kasaï fourmille d’initiatives (050696)

Le témoignage d’un missionnaire scheutiste

Kinshasa/Staden, 5juin(APIC) «Au vu de ce qui se passe à Kinshasa, les

étrangers pensent quelquefois que la situation à l’intérieur du Zaïre est

pire encore. Rien n’est moins vrai. A un bon millier de kilomètres à l’est

de Kinshasa, le Kasaï, par exemple, fourmille à nouveau d’initiatives», témoigne le Père Marcel Mestdagh, missionnaire scheutiste actuellement en

congé dans sa Flandre natale.

Le Père Mestdagh est arrivé au Kasaï en 1959. Il était sur place quand

éclata, au début des années soixante, le conflit entre ethinies Lulua et

Luba, puis quand fut érigé un Etat autonome du Sud-Kasaï. Il fut ensuite,

pendant plusieurs années, supérieur provincial des Scheutistes, d’abord

pour le Kasaï oriental, puis pour tout le Kasaï, après avoir assumé la coordination régionale des différentes provinces scheutistes en Afrique.

Depuis un an, il réside à nouveau à Tshilomba, au sud du Kasaï, d’où il

exerce ses responsabilités de conseiller spirituel pour diverses Congrégations religieuses diocésaines et de coordinateur du Centre d’Information et

d’Animation Missionnaire (CIAM).

Ces dernières années, la situation au coeur du Zaïre a été marquée par

le retour de centaines de milliers de Kasaïens expulsés du Shaba/Katanga.

Aujourd’hui, pour ceux qui ont survécu à l’épreuve, constate le religieux,

«cela va relativement bien».

«Certes, l’afflux de quelque 300’000 Kasaïens refoulés du Katanga a gonflé d’un seul coup la population de Mbuji-Mayi. La plus grande ville Luba

du Kasaï dépasse désormais le million d’habitants. Mais les gens ne sont

pas restés les bras croisés. La privatisation des transports a enfin apporté aux Kasaïens des trains qui roulent et des avions qui volent. Une dizaine de fois par jour, des avions assurent un transport des marchandises à

Mbuji-Mayi. Pour leur part, les Kasaïens ne veulent pas entendre parler des

nouveaux zaïres qui ont cours à Kinshasa: ils continuent à faire confiance

à l’ancienne monnaie, qui a grosso modo conservé sa valeur».

Problème politique, pas ethnique

Cette reprise de la vie n’évacue pas pour autant le passé. Le Père Mestdagh n’est pas près d’oublier l’expulsion de centaines de milliers de Kasaïens du Shaba….

Heureusement, souligne le missionnaire belge, «tous les Kasaïens ont

bien compris que la cause de l’expulsion du Shaba n’était pas de nature

ethnique, mais de nature politique». De fait, le retour au Kasaï des personnes refoulées du Shaba n’a pas suscité de conflits entre groupes de population. Les particularités locales sont toutefois sensibles. Dans la région de Kananga (l’ancienne Luluabourg), où domine l’ethnie des Lulua, les

Kasaïens revenus au pays ont regagné leurs villages d’origine, où ils se

sont remis à travailler la terre. Dans l’est du Kasaï, en revanche, les

nouveaux arrivants se sont plutôt entassés en bordure des villes, à commencer par Mbuji-Mayi (qui n’était qu’un centre de 23’000 habitants en 1960),

mais également à Mwene Ditu et Luputa.

Le religieux scheutiste observe encore que l’expulsion des Kasaïens qui

vivaient au Shaba n’a pas débouché pour tous sur la misère ou la détresse.

Nombre de Kasaïens sont restés dans la province du sud et d’autres sont même retournés au Shaba pour y faire des affaires avec des Katangais «dont

l’hostilité s’est refroidie». «Les Katangais eux-mêmes reconnaissent que

les Kasaïens sont des gens entreprenants et créatifs», ajoute le religieux.

«Compter sur soi»

Pour le Père Mestdagh, cette «reprise économique» est un signe que les

Zaïrois «n’attendent plus leur salut de l’Etat» : pour s’en tirer, «la débrouillardise et la créativité sont les premiers atouts d’une lutte permanente pour la vie».

Cela vaut aussi pour l’enseignement qui, selon le religieux, n’est quasiment plus financé par l’Etat et doit désormais «compter sur ses propres

forces» pour trouver des ressources. En clair, c’est de la motivation des

parents et des enseignants que dépend la survie des écoles. Dans la pratique, vu le contexte difficile, les écoles doivent compter sur le soutien de

l’Eglise pour apprendre à «voler de leurs propres ailes». Du coup, observe

le religieux belge, «une tout autre mentalité surgit : toutes les communautés religieuses se sont mises notamment à cultiver des champs en vue de

trouver des sources de financement alternatives pour assurer une continuité

de l’enseignement dans la gratuité. Plusieurs congrégations religieuses ont

d’ailleurs enregistré une éclosion de vocations zaïroises et les candidats

sont conscients des défis à relever».

Le Groupe Amos rejoint cette analyse quand il propose : «Si vous voulez

changer la politique, commencez par la commune !» D’où son insistance sur

«la conscientisation» en vue de «préparer à long terme le passage de tout

un peuple à une autre politique». Dans le Zaïre actuel, estime le Père

scheutiste, «tous les hommes politiques sont touchés par la corruption».

«Le changement ne viendra que lorsque le peuple pourra former, en son sein,

d’autres dirigeants et réussira à bâtir avec eux, à partir de la base, une

authentique démocratie».

Trente-sept ans après avoir foulé pour la première fois le sol du Congo,

le Père Marcel Mestdagh sera bientôt de retour au Kasaï. «Apporter ma part

à l’édification de l’Eglise dans ce pays…» (apic/cip/pr)

5 juin 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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