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apic/Zaïre/retour réfugiés rwanda/Lettre au HCR

Zaïre: L’archevêque de Bukavu met en

garde contre le retour des réfugiés du Rwanda (091095)

Un retour synonyme de prélude à la paix ou à la guerre? interroge-t-il

Bukavu, 9octobre(APIC) L’archevêque de Bukavu (Zaïre), Mgr Christophe

Munzihirwa, ne partage pas l’optimisme du HCR quant au retour des réfugiés

du Rwanda. Un prélude à la paix pour certains, que l’archevêque n’hésite

pas à qualifier de prélude à la guerre. Du moins le craint-il, à travers

une lettre envoyée à Genève.

Les déclarations qui ont suivi les diverses réunions et rencontres de

ces dernières semaines donnent à croire qu’une bonne solution a été trouvée

au problème des réfugiés rwandais au Zaïre: ils rentreront volontairement

chez eux d’ici la fin de l’année. L’archevêque de Bukavu, Mgr Munzihirwa,

est moins optimiste: cette solution «risque de n’être qu’une impasse qui

entraînera la sous-région des Grands Lacs dans la guerre», écrit-il dans

une lettre adressée le 7 octobre au Haut-Commissaire aux Réfugiés à Genève.

La présence d’un million et demi de réfugiés au Kivu est devenue pour

les habitants un poids trop lourd à porter, et elle peut dégénérer en confrontation entre les réfugiés et la population locale, écrit l’archevêque,

qui interroge: «Quel avenir pour ces réfugiés alors que le Zaïre n’en veut

plus? Le Rwanda en veut-il?»

Le gouvernement rwandais dit les accepter et les accueillir. Il demande

de l’argent à cet effet. Or, constate Mgr Munzihirwa, le vice-président, le

général Paul Kagame, «dans ses discours en kinyarwanda, méprise les réfugiés et les insulte gravement. De plus, on a constaté un durcissement politique: les ministres partisans du dialogue ont été limogés. Plus encore,

les réfugiés ont des raisons de craindre le retour au pays». L’archevêque

revient ici sur les tueries de Kibeho d’avril dernier, rappelant qu’un haut

responsable de la Minuar a été témoin de la mise en fosse commune de 4’054

victimes, tandis que des milliers de gens traqués sont morts d’épuisement

et de violence «dans l’indifférence générale»; il évoque de même le massacre nocturne, «injustifié et injustifiable», à Kanama (Rwanda), le mois

dernier, de 111 personnes, en majorité des femmes et des enfants, qui est

«un message clair» adressé aux réfugiés.

Un nouveau problème palestinien

Les réfugiés se trouvent donc «coincés», écrit Mgr Munzihirwa: le Zaïre

n’en veut plus, le Rwanda n’en veut pas vraiment. «Il se crée donc en Afrique centrale, ajoute-t-il, un nouveau «problème palestinien» qui risque

fort de provoquer conflits et confrontations aux frontières du Zaïre, du

Rwanda et du Burundi. Surtout que l’on apprend ces jours-ci qu’une forte

pression est exercée sur les réfugiés pour leur retour dit volontaire, sans

quoi leur retour forcé serait organisé dès le mois prochain, avec le risque

réel d’affrontement sérieux».

Devant une situation «explosive», l’archevêque lance un appel «urgent»,

en avertissant que la solution «ne pourra venir que de négociations politiques entre le pouvoir de Kigali et les nombreux représentants dignes des

réfugiés qui souhaitent la réconciliation». Il est indispensable, conclutil dans sa lettre au HCR, que la communauté internationale exerce des pressions précises en ce sens pour assurer le retour des réfugiés «dans la dignité et la sécurité». Indispensable également – «la paix dans la région est

à ce prix» – que le HCR, en collaboration avec les autorités zaïroises nationales et locales, et le PAM (Programme alimentaire mondial) continuent à

assumer leurs responsabilités dans les camps de réfugiés au Zaïre et dans

les camps de transit et surtout dans les centres de tri au Rwanda. (apiccip/pr)

9 octobre 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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