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apic/Zaire/Témoignage d’une religieuse belge

Une religieuse belge témoigne de la tragédie qui se joue au Zaíre

Evacuée de Goma, avec l’équipe de Caritas international (081196)

Bruxelles, 8novembre (APIC) Soeur Lieve Dewulf, une religieuse belge de la

Congrégation de la Visitation à Gand, a confié, à son retour du Zaïre, ses

craintes et ses espoirs devant la tragédie humanitaire de l’est du pays.

Après avoir passé plus de 20 ans au Rwanda, elle était depuis août 1994 au

Zaïre et faisait partie de l’équipe de Caritas Secours International à Goma, d’où elle a été évacuée le 3 novembre.

A Goma, Soeur Lieve s’occupait de l’accueil des enfants abandonnés et

des réunifications familiales. Les enfants égarés au cours de l’exode, ainsi que les orphelins, dont les parents ont trouvé la mort suite aux massacres et aux épidémies, ont été accueillis à 15 km à l’ouest de Goma, au

camp de Buhimba. Le camp a compté jusqu’à 2’500 enfants.

«Buhimba était un camp trois étoiles», raconte Soeur Lieve. Les enfants

y étaient mieux nourris que dans d’autres camps, ils étaient scolarisés et

les membres du personnel d’accompagnement leur ont témoigné une affection

sans compter. Tous étaient frappés de voir combien certains enfants étaient

traumatisés. Soeur Lieve avait pris l’habitude de se libérer chaque jour

pendant une heure simplement pour jouer avec les enfants. «Les enfants se

souviendront toujours que nous les avons aidés», confie-t-elle.

Pour favoriser la réunification familiale, l’équipe de Caritas à Buhimba

se déplaçait avec des groupes d’enfants ou avec des photos vers les lieux

de distribution des grands camps de la région de Goma, avec un espoir :

qu’un parent ou un proche reconnaisse tel ou tel enfant.

Pour d’autres enfants, il a fallu chercher une famille d’accueil au sein

de la parenté élargie ou parmi les connaissances originaires de la même

colline. L’équipe de Caritas a évidemment continué de suivre ces enfants

dans leur famille d’accueil afin de s’assurer de leur bonne intégration. Au

fil des jours, l’espoir s’est ainsi accru : le 26 octobre, quand il a fallu

fermer le camp de Buhimba pour des raisons de sécurité, il ne restait plus

que douze enfants qui n’avaient pas retrouvé de famille.

Mon travail n’était pas terminé

La religieuse n’est rentrée en Belgique que sous la contrainte des circonstances. «Mon travail n’était pas terminé», déplore-t-elle. Mais dans

des conditions d’insécurité, l’aide était devenue trop difficile. Les véhicules ont d’ailleurs été réquisitionnés par l’armée zaïroise.

Le camp de Buhimba a donc été abandonné lorsque le contingent zaïrois

chargé de la sécurité des camps s’est retiré. Les derniers enfants directement pris en charge par l’équipe locale de Caritas ont été emmenés dans un

autre centre de l’organisation, au camp de Mugunga. Ce n’est certes pas une

solution d’avenir, souligne Soeur Lieve : «Mieux vaut ne pas isoler les enfants dans des camps séparés. J’ai demandé aux représentants du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) de tout faire pour les

maintenir au milieu de la population».

«Nos gardiens aussi ont été tués»

Que se passe-t-il aujourd’hui dans la région de Goma ? Soeur Lieve en

est partie sans jamais avoir pu identifier qui se battait contre qui, ni

pouvoir distinguer si les tirs provenaient de Zaïrois ou de Rwandais. Après

tout, observe-t-elle, «n’importe qui peut endosser un uniforme !»

L’équipe de Caritas avait trouvé refuge dans l’habitation du HCR. Dans

la nuit du 1er au novembre, la dernière protection offerte à l’équipe a été

brutalement retirée : «Nos gardiens aussi ont été tués. Des cinq militaires

zaïrois qui devaient assurer notre protection, quatre ont été retrouvés

morts dans le jardin et un cinquième était blessé».

Dès le vendredi 1er novembre, le HCR avait demandé à toutes les personnes expatriées de ne pas quitter leur domicile. «Le soir, on nous a invités

à nous rassembler», raconte Soeur Lieve. «Nous étions une centaine, dans

les deux habitations du HCR, près du lac. Dans la nuit, il y a eu des tirs.

On s’est abrité comme on pouvait. On a même éteint un début d’incendie dans

une chambre. Le samedi matin, nous sommes partis en colonne vers Gisenyi,

au Rwanda, d’où nous avons rejoint la capitale Kigali, puis Nairobi au Kenya».

Caritas veut retourner à Goma

«Le reste de l’équipe est resté à Nairobi et tous sont prêts à retourner

à Goma dès que possible. Il est urgent que Caritas puisse retourner à Goma.

Parce que les centaines de milliers de réfugiés de la région commencent à

être sous-alimentés. Nous avons du personnel africain sur place. Qu’on leur

rende leur chef, et six cents Zaïrois et six cents autres Rwandais se remettront au travail», témoigne-t-elle aujourd’hui après être rentrée à Bruxelles, à la demande de sa Congrégation.

Le directeur de Caritas Secours International à Bruxelles, Luc Heymans,

confirme le projet de l’équipe rapporté par la religieuse et insiste : «Caritas veut retourner d’urgence là-bas pour venir en aide à 1,5 million de

réfugiés rwandais et burundais, ainsi qu’aux populations zaïroises déplacées dans l’est du pays. Dans différents pays voisins, des stocks sont prêts

à être acheminés aux endroits voulus et des membres de personnel se préparent à retourner sur place dès que possible. Mais il faut prendre au plus

tôt la décision de créer des corridors humanitaires dûment protégés et

d’assurer la sécurité des réfugiés, car à présent, ces centaines de milliers de personnes sans assistance sont menacées par la famine et par les

épidémies. Comment assurer la sécurité nécessaire ? La réponse ne dépend

pas de Caritas, mais d’une décision politique».

Dernière information recueillie par Caritas à Bruxelles : le jeudi 7 novembre, l’équipe de Caritas déplacée à Nairobi a envoyé depuis le Kenya

quelques personnes en reconnaissance en direction de la région des Grands

Lacs, en vue s’informer sur la situation actuelle des réfugiés et sur leurs

besoins, ainsi que pour vérifier l’état des stocks et du matériel laissés

sur place. Malheureusement, vient-on d’apprendre à Bruxelles, ces envoyés

de Caritas n’ont pu passer la frontière du Rwanda au Zaïre.

A Nairobi, comme dans quatre autres villes d’Ouganda et de Tanzanie, des

équipes de Caritas ont constitué ou sont en train de constituer des stocks

de nourriture et d’équipements prêts à être acheminés au plus vite à destination des populations réfugiées et déplacées. Autant que possible, Caritas

s’efforce de se procurer le nécessaire sur place pour épargner les frais de

transport aérien toujours très élevés. L’organisation catholique devra

néanmoins continuer d’envoyer d’Europe en Afrique des biscuits protéinés

ainsi que du lait en poudre, à défaut d’avoir pu recueillir les renseignements nécessaires sur les besoins médicaux actuels des réfugiés. (apic/cippr)

8 novembre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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