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Zurich: Les paroisses zurichoises face à la (130295)

fermeture de la «scène ouverte» de la drogue

A la veille de la fin du Letten, entre peur et compassion

Zurich, 13février(APIC) A la veille de la fermeture de la grande «scène

ouverte» de la drogue de la zone du Letten, ordonnée par les autorités zurichoises, les paroisses de la métropole alémanique sont partagées entre la

peur et la compassion. Toxicomanes et dealers, qui devront avoir quitté les

lieux mardi, ont commencé à se répandre par petits groupes dans d’autres

endroits de Zurich.

Certaines paroisses craignent désormais que leurs églises soient utilisées par les «fixers» – on a déjà retrouvé des seringues et même des drogués dans les bâtiments – mais le phénomène a encore peu d’ampleur. Toutefois, la paroisse grecque-orthodoxe de Zurich attend la fermeture du Letten

avant d’inaugurer sa nouvelle église dédiée à Saint Dimitrios.

D’après un sondage de l’agence APIC, ce sont pour le moment en premier

lieu les services sociaux des paroisses zurichoises qui se sentent concernées par le déplacement de la scène de la drogue dans les autres quartiers.

Les différentes paroisses sont quant à elles partagées entre la peur et la

compassion. Mesures de sécurité alternent avec une aide ponctuelle aux toxicomanes.

La plupart des paroisses catholiques affirment n’avoir pas remarqué jusqu’à présent une augmentation des activités des toxicomanes et des dealers

aux abords immédiats des églises. Romuald Müller, secrétaire de la paroisse

Maria Hilf à Zurich-Leimbach, ne signale aucun problème nouveau. A proximité de la place Goldbrunnen, se trouve la paroisse du Sacré-Coeur. Tandis

que le manège des toxicomanes qui se piquent s’étale sur la place, le calme

règne aux abords de l’église.

A la paroisse des Rois-Mages à Zurich-Enge, qui se trouve près de la zone chaude de Zurich, la question de fermer l’église n’est plus taboue depuis longtemps. Les responsables de la paroisse veulent d’abord voir ce que

donnera la fermeture du Letten. A la paroisse de Saint-Antoine, dans le

quartier huppé de Zurich-Hottingen, on a déjà été confronté à la présence

de drogués. Pourtant jusqu’à maintenant, on a pu régler par le dialogue les

problèmes posés par les toxicomanes.

Des églises qui se barricadent

Située en plein milieu de la «scène ouverte» de la drogue à Zurich, la

paroisse Saint-Joseph n’est pas épargnée. A plusieurs reprises, René Egger,

le sacristain, a dû sortir de l’église des toxicomanes en train de s’injecter leur dose. Si durant la nuit, l’église est fermée, il en est désormais

de même durant la journée, quand le sacristain est absent. L’église est déjà entourée d’une clôture, mais on envisage de la protéger davantage en

dressant des grilles supplémentaires.

La situation autour de l’église, dans le quartier de l’Industrie, est

normale, explique encore le sacristain. La drogue y est présente, mais les

fidèles ne se laissent pas trop impressionner et n’ont pas été dissuadés de

se rendre à l’église. «Nos gens se sont habitués à la scène. Ils n’en ont

plus tellement peur». Pour lui aussi, il faut attendre la fermeture du Letten, pour voir comment la situation va évoluer.

Non loin du quartier de l’Industrie, on trouve également la paroisse

Saint-Pierre et Saint-Paul. Sous le porche de l’église, des employés de la

paroisse ont déjà pu observer des drogués qui se piquaient. Les buissons le

long de l’église servent de caches pour y camoufler des sachets de drogue.

Fils de fer barbelés et caméras de surveillance

L’église évangélique réformée de Saint-Jean est située à cent mètres du

Letten. A l’initiative du Conseil de paroisse, un dispositif de protection

a été mis en place pour contrer les intrusions des «fixers». On a installé

des caméras de surveillance et un éclairage et disposé du fil de fer barbelé. L’église est également fermée durant la journée.

La pasteur de la Johanneskirche, Heinrich Streit, se sent pourtant responsable de la pastorale auprès des drogués. Il leur offre de l’aide quand

il le peut. Devant l’église, il y a aussi des toxicomanes qui se prostituent pour pouvoir acheter leur dose quotidienne. Le pasteur craint

qu’après la fermeture du Letten, le milieu de la drogue se répande dans

toute la ville et dans les maisons privées. Il estime aussi que la violence

qui lui est liée va encore augmenter, et ne sait pas si la fermeture du

Letten va détendre la situation.

Au-dessus du Letten, se trouve la nouvelle église grecque orthodoxe dédiée à Saint Dimitrios, dont le bâtiment n’est pas totalement achevé.

L’église est fermée, mais on trouve régulièrement des traces de sang et des

seringues dans la cour de l’édifice. Un responsable de la communauté grecque-orthodoxe de Zurich déclare que tant que le problème de la drogue dans

les alentours n’est pas réglé, la nouvelle église ne pourra être consacrée,

«car personne ne viendrait à l’inauguration». (apic/gs/be/ba)

13 février 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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