Paris: le Grand prix catholique de littérature à O.-G. Thomas (290694)

apicThomas

Rencontre avec l’auteur de «Bouddha terre ouverte» (Albin Michel)

Paris, 29juin(APIC) Le Grand prix catholique de littérature a été décerné

à Olivier-Germain Thomas, pour son ouvrage «Bouddha terre ouverte». Le jury, composé d’Abnré Frossard, Jean Guitton, Maurice Schumann, Jacques Duquesne, a consacré cette année un livre de voyage à la rencontre d’hommes

et de lieux de lumière dans les pays bouddhistes. L’APIC a rencontré l’auteur, connu pour présenter depuis 15 ans sur France-Culture les livres

qu’il aime, mais aussi pour ses voyages réguliers qu’il entreprend en Inde

depuis 25 ans maintenant. Une rencontre pour savoir comment, en tant que

chrétien, il est possible d’être proche du bouddhisme.

O.-G. Th.: Il n’y a aucune raison que l’expérience spirituelle profonde

soit différente d’un homme à l’autre, d’une tradition à l’autre. Entre le

bouddhisme et le christianisme, il y a bien sûr de grandes différences: vie

éternelle ou réincarnation, relation à un Dieu personnel, essence du christianisme, ou au Bouddha intérieur qui est un principe impersonnel. Mais si

ces oppositions sont pertinentes sur le plan du raisonnement, elles se résorbent dans la démarche intérieure.

APIC: Concrètement, comment faites-vous?

O.-G. Th.: Aucun exercice spirituel ne peut éloigner de Dieu. Je pratique un type de méditation bouddhique qui ne m’empêche pas d’assister à certains offices ni de prier. Et si je fais des retraites dans un centre tibétain de France, j’en fais parfois aussi dans une abbaye bénédictine. Je

n’aime pas le dogmatisme du pape mais, à Assise, il a fait preuve d’un génie d’ouverture magnifique. C’est d’ailleurs pour moi un des plus grands

moments de l’histoire de l’Eglise. Il me semble qu’elle est aujourd’hui pas

loin d’être prête à accepter pleinement les grandes traditions spirituelles. Prenez le Dalaï Lama qui a passé 1h 30 avec le prieur de la GrandeChartreuse: voilà une vraie rencontre spirituelle. Malraux disait que le

dialogue interreligieux doit se faire «racines contre racines».

APIC: En quoi l’Orient peut-il nous aider?

O.-G. Th.: Le rayonnement spirituel est d’ordre objectif, presque concret. Car par la richesse de ses pratiques spirituelles (méthodes de méditation, de concentration, d’ascèse) l’Orient peut nous aider à retrouver un

christianisme moins désséché. Il faut «reconvertir» l’Eglise, si j’ose

l’expression. Dans notre passé, nous avons eu l’équivalent. Le grégorien,

par exemple, était très pratiqué. J’appelle aussi de mes voeux des liturgies beaucoup plus priantes, avec une grande exigence esthétique: pas celle

du rite ancien, car elle est du passé, ni celle d’aujourd’hui, trop désacralisée. L’influence des Eglises d’Orient, même si je reste catholique,

atypique certes, est une chose qui me réjouit.

APIC: Croyez-vous vraiment que le XXIe siècle, selon les mots de

Malraux», sera spirituelle ou ne sera pas?

O.-G. Th.: J’en ai la conviction intime. L’homme ne peut se passer de

l’expérience spirituelle. C’est une nourriture indispensable qu’il retrouvera. Selon quelles voies? La réponse reste ouverte. Je crois pour ma part

qu’il est possible d’inscrire notre foi dans les religions traditionnelles,

mais de l’intérieur, sans étroit dogmatisme. L’Evangile tient le coup à

condition de dépasser son aspect culturel extérieur et de le revivre de

l’intérieur. (apic/pr/propos recueillis par Jean-Claude Noye)

29 juin 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!