Appel à soutenir les minorités persécutées par les jihadistes en Irak et en Syrie
Berne: Les évêques suisses pour une intervention militaire «en dernier recours» en Irak
Berne, 4 septembre 2014 (Apic) Pour protéger les chrétiens et les autres minorités persécutés par les jihadistes en Irak et en Syrie, les évêques suisses sont favorables à une intervention militaire «en dernier recours». Les événements tragiques qui se déroulent actuellement au Moyen-Orient sont au cœur des préoccupations des évêques suisses, qui tenaient leur 305e assemblée ordinaire du 1er au 3 septembre 2014 au séminaire de Givisiez, près de Fribourg.
«Face à la mort, à la peur et à la misère qui frappent les minorités chrétiennes et les autres minorités chassées et menacées, les évêques suisses en appellent à fournir toute l’aide et le soutien possibles», a déclaré jeudi 4 septembre à Berne Mgr Markus Büchel, président de la Conférence des évêques suisses (CES). L’évêque de St-Gall a souhaité que la Suisse fasse preuve de plus de générosité envers les Syriens que la guerre a chassés du pays. Il a cité en exemple l’accueil en juillet dernier de 31 réfugiés syriens traumatisés par la guerre dans l’ancien internat des Missionnaires de Steyl, au gymnase de Marienburg, à Thal, dans le canton de St-Gall.
Attention au retour en Suisse des jihadistes partis combattre au Moyen-Orient
Mgr Büchel a expliqué que le soutien à ces populations en fuite pouvait se faire «par la prière, par des dons aux œuvres caritatives, par l’admission de réfugiés ou par des interventions étatiques dans le cadre de la communauté internationale». Concernant un engagement militaire, il a estimé qu’en principe, pour un chrétien, la violence ne pouvait être une solution pour terminer un conflit. «L’utilisation des armes est vraiment le dernier recours!»
Secrétaire général de la CES, Erwin Tanner a concédé que l’intervention armée était une «ultima ratio». Concernant l’engagement de quelques Suisses aux côtés des milices chrétiennes qui défendent leur communauté en Syrie, il a exprimé la crainte qu’ils ne reviennent en Suisse en s’étant radicalisés après avoir été au cœur des atrocités. Aller combattre sur le terrain, si l’Eglise ne peut l’empêcher, ne lui semble pas être le «chemin approprié». Une quarantaine de jeunes suisses, convertis ou d’origine musulmane, sont partis faire le djihad, selon le Service de renseignement de la Confédération, et «ils risquent à leur retour de poser un problème de sécurité», insiste Erwin Tanner.
Les évêques suisses espèrent que les événements tragiques au Moyen-Orient – Syrie, Irak, Gaza – ne conduiront pas à des tensions entre chrétiens et musulmans en Suisse ni à des dérapages antisémites. «Il serait très heureux que les communautés musulmanes de Suisse condamnent la persécution des chrétiens et autres minorités religieuses», poursuit Mgr Büchel.
Les leaders musulmans de Suisse interpellés
Des responsables musulmans se sont déjà exprimés à ce propos, comme Hisham Maizar, président du Conseil suisse des religions (SCR) et de la Fédération d’organisations islamiques de Suisse (FOIS), et Farhad Afshar, président de la Coordination des organisations islamiques de Suisse (COIS). S’il ne veut pas mettre tous les musulmans dans le même panier et les assimiler aux extrémistes de «l’Etat islamique» (EI), Erwin Tanner, secrétaire du groupe de travail «islam» de la CES, souhaiterait que les responsables condamnent clairement les actes des jihadistes. Il va écrire «le plus largement possible», également à l’organisation islamiste de Nicolas Blancho, président du Conseil central islamique suisse (CCIS), «car il ne faut pas seulement dialoguer avec les modérés».
Saluant l’initiative d’offrir, à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg, une information sur la société suisse à des imams, Mgr Büchel a relevé qu’en Suisse, de jeunes musulmans se radicalisent «en partie par ignorance» et que cette proposition «peut contribuer à la paix et à la sécurité».
Le président de la CES a encore invité les fidèles à prier pour la paix lors des services religieux de dimanche prochain, 7 septembre, «pour que cessent les expulsions, les tortures et les assassinats, pour que les hommes vivent en liberté et en sécurité». Les évêques se joignent ainsi à la prière de la célébration oecuménique à l’église catholique-chrétienne Saint-Pierre-et-Paul à Berne, dimanche prochain, préparée par des représentants de la Communauté de travail des Eglises chrétiennes en Suisse (CTEC) et du Réseau évangélique suisse (RES). Mgr Charles Morerod représentera la CES à cette manifestation de solidarité avec les minorités menacées et la population souffrante de Syrie et d’Irak.
Rencontre avec le pape copte Théodore II
Tandis que les évêques tenaient leur assemblée à Givisiez, le pape Tawadros II (Théodore), chef de l’Eglise copte orthodoxe d’Egypte, visitait l’abbaye de Saint-Maurice, en Valais, à l’occasion des 1500 ans de ce couvent érigé en 515 sur les tombes des saints martyrs de la Légion thébaine, originaires de Haute-Egypte. Ce monastère, le plus ancien de tous les couvents d’Occident qui ont existé sans interruption, entretient depuis deux décennies des relations étroites avec les chrétiens coptes d’Egypte, auxquels il est lié par une vénération commune pour saint Maurice et ses compagnons.
«Comme les musulmans sont très sensibles aux reliques et qu’ils affirment souvent que les Egyptiens sont automatiquement musulmans, offrir aux évêques du Nil des reliques des martyrs de la Légion thébaine montre que les chrétiens étaient bien là avant eux… Les coptes ont besoin de cet appui de l’Occident!», souligne Mgr Joseph Roduit. Le Père Abbé de Saint-Maurice, membre de la CES, a donné à cette occasion au patriarche copte un petit coffret contenant des reliques (des ossements) des compagnons morts martyrs à Vérolliez. Il a rappelé l’attitude courageuse du chef de l’Eglise copte, qui, durant l’été 2013, se retrouva face à une vague de violences antichrétiennes. De nombreux chrétiens périrent, plus de 50 églises furent réduites en cendres. Théodore II réagit en appelant les chrétiens à ne pas se venger des musulmans et à faire de la fumée des églises incendiées un «encens de prière».
En présence du conseiller fédéral Alain Berset
Les célébrations des 1’500 de l’Abbaye de Saint-Maurice débuteront le dimanche 21 septembre 2014 avec l’ouverture de la Porte du Jubilé – en présence de nombreux prélats invités, ainsi que du conseiller fédéral Alain Berset, qui fera une allocution, – pour se terminer le 22 septembre 2015.
Mgr Jean-Marie Lovey, nouvel évêque de Sion
Les évêques ont accueilli pour la première fois dans leurs rangs le prévôt de la Congrégation du Grand-Saint-Bernard, Mgr Jean-Marie Lovey, qui sera ordonné évêque de Sion le 28 septembre prochain. Son prédécesseur, Mgr Norbert Brunner, prendra ainsi congé de la CES, dont il a été membre, puis président, durant 19 ans. Les évêques ont également échangé en vue de l’assemblée générale extraordinaire du Synode des évêques qui se tiendra au Vatican du 5 au 19 octobre. Mgr Markus Büchel participera à cette assemblée qui préparera le terrain pour l’assemblée générale ordinaire, annoncée pour l’automne 2015. Ces deux Synodes auront pour thème général «Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation».
Le thème de l’accès aux sacrements des divorcés remariés sera discuté par les pères synodaux, car ce souci est également partagé par d’autres Conférences épiscopales, comme celles d’Allemagne et d’Autriche, a confié Mgr Büchel à l’Apic.
Encadré
Les évêques suisses rejettent l’initiative «Ecopop» intitulée «Halte à la surpopulation – Oui à la préservation durable des ressources naturelles», sur laquelle le peuple suisse est amené à se prononcer le 30 novembre prochain. «En demandant une limitation rigide de l’immigration et une planification familiale unilatérale, l’initiative Ecopop prend une mauvaise voie. L’image de l’humain et de la société que donne ce texte soumis à votation est contraire à la vision chrétienne de l’homme et à la doctrine sociale catholique». Les évêques renvoient également à l’analyse critique de Caritas Suisse et à sa prise de position «Fausse route pour la politique démographique».
Encadré
La CES a pris connaissance des statistiques de l’année 2013 établies par le groupe d’experts «Abus sexuels dans le contexte ecclésial». Le rapport annuel 2013 fait état d’annonces aux diocèses de 11 victimes (2012 : 9 victimes) et 14 auteurs (2012 : 9 auteurs). Deux des victimes ont dénoncé des abus commis durant l’année 2013. Tous les autres cas portent sur des abus qui se sont déroulés entre 1950 et 1980. Aucune des dénonciations ne portait sur des abus des catégories les plus graves tels que des actes d’ordre sexuel commis sur une personne incapable de discernement ou des viols. Les atteintes typiques dénoncées sont des propos équivoques ou à connotation sexuelle, des gestes sexistes, des rapprochements indésirables, du harcèlement sexuel.
Encadré
Une délégation de l’Alliance «Es reicht!» (Ça suffit) a discuté avec le présidium de la CES le 1er septembre à Givisiez, sur invitation des évêques suisses. L’Alliance regroupe des opposants à Mgr Vitus Huonder, évêque de Coire, «en bonne partie à l’origine du mouvement de contestation», estime-t-on dans les hautes sphères de la CES. La rencontre au séminaire de Givisiez s’est déroulée «dans une atmosphère ouverte et constructive. Les deux parties souhaitent trouver les moyens de surmonter la polarisation actuelle», peut-on lire dans le communiqué de la CES.
«Un important sujet de discussion a été la divergence épineuse sur de nombreux points entre la doctrine de l’Eglise et la réalité de vie des fidèles. Il s’est également avéré que cette divergence était perçue différemment en Suisse alémanique et en Suisse romande, amenant à des retours émotionnels différents selon les régions. En Suisse alémanique, de nombreux fidèles et agents pastoraux sont secoués et inquiets, ont peur, sont déçus ou résignés. Il faut donc accorder une grande importance à la communication à l’interne et à l’externe». De son côté, Mgr Vitus Huonder a fait paraître le 4 septembre une prise de position où il regrette que le présidium de la CES ait publié un communiqué qui le concerne sans qu’il ait pu participer aux discussions. Il relève qu’il y a chez les initiateurs de l’Alliance «Es reicht!» d’importants désaccords concernant des éléments essentiels de la foi. (apic/be)



