Lucerne: Le regard d’Antonio Hautle sur les 50 ans de l’Action de Carême
Apporter sa contribution en vue d’un monde plus juste et plus humain
Lucerne, 29 mai 2011 (Apic) Après 50 ans de travail de développement, l’Action de Carême peut regarder dans le rétroviseur avec fierté. L’œuvre catholique d’entraide a réussi à accomplir beaucoup de travail de soutien dans les pays du Sud.
La concurrence dans la recherche de dons et la crise des Eglises signifient des défis croissants pour l’avenir, affirme le directeur Antonio Hautle, interviewé par l’Apic. Il entend répondre à ces défis avec un travail sérieux, la plus grande ouverture possible et toute la transparence nécessaire.
Apic: Vous êtes directeur de l’Action de Carême depuis 10 ans. Que signifie ce travail pour vous et qu’est-ce qui est important dans votre fonction?
Antonio Hautle: Pouvoir apporter une petite contribution en vue d’un monde plus juste et plus humain à travers mon engagement est pour moi fascinant et enrichissant. Cela se passe dans les contacts avec les paroisses, avec les personnes, chez nous et dans les pays où nous développons des projets. En tant que directeur de l’Action de Carême, il est important pour moi qu’en Suisse nous soyons ouverts aux problèmes du monde. Nous devons élever la voix pour tous ceux qui, dans ce monde, sont méprisés ou marginalisés.
Apic: Vous pouvez vous appuyer sur 50 ans d’expérience. Comment êtes-vous équipé pour affronter l’avenir?
A.H: L’Action de Carême a mis en place beaucoup de savoir et de connaissances sur les réseaux. Avec notre stratégie très élaborée, nos intenses améliorations dans les programmes et les projets, nous sommes actuellement en bonne situation en tant qu’œuvre d’entraide catholique. Et, du fait que nous soutenons bien plus que de simples projets, chaque franc récolté a clairement davantage d’effets.
Apic: Qu’est ce que le «programme stratégique», que vous développez actuellement, a apporté concrètement et comment est-il perçu dans la population suisse?
A.H: Notre travail dans les pays du Sud concernés par notre programme a permis de réaliser davantage de processus d’apprentissage, d’échanges mutuels et surtout une forme de transformation des consciences. Des groupes d’épargne collaborent avec des activistes des droits humains, et des partenaires spécialisés en agriculture transmettent leur savoir dans des communautés de base. L’épargne procure un capital pour les situations d’urgence, et par le biais de nouvelles méthodes de plantation, les populations peuvent augmenter leurs gains. L’aide que nous procurons en tant que partenaires cherche à renforcer les capacités des personnes sur place, afin qu’elles ne deviennent en aucun cas dépendantes.
Apic: Quel sont les principaux défis à relever?
A.H: Plus j’avance, plus cela devient clair pour moi. Les gens dans les pays du Sud ont la capacité de se mettre ensemble et de mener leur vie décemment. Nous devons nous soucier des conditions générales, et de la mise en place de structures économiques et politiques équitables. Mais si nous transmettons notre abondance, les plus pauvres n’ont aucune chance. Ils ne veulent pas mendier, mais apprendre à se suffire à eux-mêmes. Dans ce sens, nous sommes invités à maintenir vivant l’esprit de solidarité chrétienne.
Apic: Plus concrètement, que devons-nous attendre de l’Action de Carême ces prochaines années?
A.H: D’abord, la poursuite de bonnes campagnes de Carême œcuméniques, qui sensibilisent et remuent. Et par-dessus cela, un travail professionnel dans les pays du Sud pour un développement durable et respectueux de l’être humain. Et troisièmement des messages en matière de politique de développement qui continuent à questionner de façon critique nos politiciens et notre économie. L’économie et la politique sont au service de l’homme, et non le contraire.
Apic: Dans quelle mesure l’Action de Carême est-elle touchée par la crise des Eglises?
A.H: Nous le sentons clairement, au niveau financier, dans la baisse de fréquentation des églises. C’est pourquoi nous essayons par tous nos moyens d’atteindre les personnes qui ne se rendent pas régulièrement à la messe. Nous voulons aussi convaincre les paroisses de ne soutenir que l’activité de l’Action de Carême, qui est leur œuvre d’entraide catholique, durant la période de carême.
Apic: La concurrence dans la recherche des dons est plus rude qu’autrefois, et la situation économique est constamment tendue. Comment le vivez-vous à l’Action de Carême?
A.H: La concurrence se fait ressentir. Toujours davantage d’œuvres d’entraide, grandes ou petites, sont actives sur un marché suisse qui s’avère attractif. De plus, il existe d’innombrables petites initiatives, avec des acteurs parfois très agressifs et douteux. Cela nous oblige à accomplir un travail sérieux, à faire preuve de la plus grande transparence et ouverture possibles.
Apic: En fait, les temps sont durs …
A.H: Si nous réussissons à maintenir la confiance des paroisses et des donateurs, alors l’Action de Carême restera encore de nombreuses années un signe de solidarité vécue et un porteur du message de bonheur et d’amour de Dieu dans le monde.
Encadré:
Deux œuvres d’entraide fêtent leurs 50 ans
L’Action de Carême a été fondée en 1961 et a mené 50 campagnes de Carême sur les thèmes de la solidarité. L’année jubilaire sera lancée le 8 juin à Einsiedeln. Une grande fête avec attractions, célébration, rencontres, … aura lieu le 17 juin à Lucerne. Le 11 novembre, le jubilé se joindra à celui de l’organisation partenaire réformée Pain pour le Prochain, qui fête aussi ses 50 ans, sous la forme d’une journée placé sous le signe «Soupe et pain» le 11 novembre à Berne. Cette action s’adresse en particulier aux bénévoles qui soutiennent les deux organisations. Les détails des différents programmes se trouvent sur le site internet www.actiondecareme.ch
Note: Des photos de cette interview peuvent être commandées à kipa@kipa-apic.ch Prix pour diffusion: 80 frs la première, 60 frs les suivantes.
(apic/acm/bb)



