Après Crans-Montana, quid des normes anti-incendie dans les églises?
Après l’incendie du bar de Crans-Montana qui a coûté la vie à 41 personnes, dans la nuit du 1er janvier 2026, la question de la sécurité des lieux publics s’est posée avec acuité dans les conseils de paroisse. Elle concerne aussi les églises ou des dizaines de milliers de personnes se rassemblent chaque dimanche. Tour d’horizon en Suisse romande.
Maurice Page et Bernard Hallet
«Le conseil épiscopal a mis cette question à l’ordre du jour de sa séance au début mars, relève pour cath.ch Pierre-Yves Maillard, vicaire général du diocèse de Sion. La première des choses a été de prendre en compte les appels parfois un peu alarmés de certains fidèles, et de quelques paroisses, qui craignaient que l’État n’impose des restrictions à l’exercice du culte, comme pendant le covid, ou des normes de sécurité supplémentaires difficilement applicables.»

«J’ai eu contact avec les responsables au niveau de l’État du Valais qui refusent tout alarmisme. A priori les églises ne sont pas les lieux les plus exposés, par leurs matériaux de construction, leur volume, leurs accès généralement assez larges, etc. Aujourd’hui, ajoute Pierre-Yves Maillard, les spécialistes disposent d’outils de modélisation numérique pour mesurer les risques, par exemple l’évacuation des fumées ou la dispersion d’une foule. Dans une église, nous sommes très loin du bar de Crans-Montana situé en sous-sol et plein de matériaux inflammables.»
Des mesures examinées au cas par cas
En Valais, les églises sont propriétés des paroisses, poursuit le vicaire général. A priori leur sécurité ne fait pas partie du domaine de compétence du diocèse, «mais nous avons néanmoins pris divers contacts pour en discuter. Les responsables de sécurité des communes contactés se sont tous montré rassurants». Ils étudieront au cas par cas, avec les conseils paroissiaux, les éventuelles mesures à prendre, par exemple pour les espaces dédiés aux lumignons, l’inversion du sens d’ouverture des portes, l’installation de poignées de secours, la signalisation des issues ou encore la pose d’extincteurs supplémentaires.
Parallèlement, le diocèse de Sion a mandaté des entreprises spécialisées pour examiner la sécurité incendie des bâtiments dont il est le propriétaire, notamment l’évêché ou le foyer du collège des Creusets à Sion. Il procédera aux éventuelles adaptations nécessaires, note le vicaire général.
Le feu a détruit l’église du Sacré-Cœur à Genève

A l’église du Sacré-Cœur à Genève, détruite par un incendie d’origine criminelle en 2018, mais sans faire de victimes, la question de la sécurité a été évidemment au cœur de la reconstruction, explique Philippe Fleury, président de l’association paroissiale.
L’église a été reconstruite au rez-de-chaussée du bâtiment qui comprend en outre les bureaux de l’Église catholique romaine de Genève (ECR) au premier étage et des salles de réunions au deuxième étage.
L’église n’a pu être ouverte que suite à l’inspection du service du feu du canton, moyennant le strict respect des normes anti-incendie. «La jauge des salles dépend du nombre de sorties de secours. Nous avons dû en ouvrir une supplémentaire à la crypte. La présence de signalisation lumineuse indiquant la voie vers les sorties de secours est obligatoire.»
Enfin les meubles – chaises, bancs, etc – doivent être certifiés ›endurants au feu’. En bois, ils doivent être traités par des vernis spéciaux qui retardent la combustion et certifiés comme tels, précise le président de l’association paroissiale. «Ce qui a engendré un surcoût dans le budget de la reconstruction.»
La chapelle des Brenets (NE)
En ce qui concerne les occupants d’une église, plus que l’emplacement des personnes, ce sont les issues de secours (taille, nombre, sens d’ouverture des portes, etc.) ainsi que les équipements de sécurité (extincteurs, alarme automatique…) qui sont déterminants, indique l’ECAB du canton de Fribourg. Sans oublier les bons comportements à adopter en cas d’incendie: alerter les secours; secourir les personnes; essayer d’éteindre le feu; quitter immédiatement le bâtiment. Des affichettes «Que faire en cas d’incendie?» peuvent être placarder dans les lieux accueillant du public.
De la grande église urbaine à la modeste chapelle des Brenets des montagnes neuchâteloises, la préoccupation est la même: «Après le drame de Crans-Montana, nous nous sommes interrogés sur l’état des lieux et avons fait le tour de la chapelle et de la salle de la paroisse», indique à cath.ch Danielle Dupraz, présidente du rectorat de la paroisse.
La chapelle, une ancienne ferme, a été restaurée il y a douze ans. «A l’époque, nous avions eu une inspection de la commune pour le contrôle des normes anti-incendie.» «La chapelle est prévue pour 60 personnes mais, exceptées les célébrations de Noël et Pâques, il n’y a guère plus de trente personnes à la messe», précise la présidente. L’autel est plaqué en chêne, les murs et le plafond sont en pierre, et le sol et la tribune en chêne massif, un bois qui ne brûle pas facilement, ajoute Danielle Dupraz. «Nous ne risquons pas un embrasement comme à Crans-Montana.»
Paroisse de Châtel-st-Denis
«La rénovation de notre église a été l’occasion de revoir notre plan d’évacuation avec l’architecte responsable», explique Dominique Nanchen, président de paroisse de Châtel-st-Denis, dans le canton de Fribourg. L’église dispose de cinq portes d’évacuation: les trois du portail et deux sorties latérales. Il n’a pas été nécessaire d’en prévoir d’autres. En outre la sacristie possède également une sortie vers l’extérieur. Comme l’église est très grande et peut rassembler jusqu’à 1000 personnes, il est très rare qu’elle soit bondée. Le risque de bousculade en cas d’évacuation urgente est donc faible.

Un autre mesure de sécurité a été l’installation de caméras de surveillance avec un système d’alarme vers les services d’urgence. Cela vise d’abord à prévenir le vandalisme et les vols mais cela peut aussi servir en cas d’incendie ou d’accident. Enfin des extincteurs supplémentaires ont été placés. Autre élément de sécurité, un défibrillateur a été installé à l’entrée de l’église. Par contre il n’a pas été nécessaire de prendre de mesures particulières concernant le mobilier.
Quid des bâtiments historiques?
En Suisse romande, la majorité des églises sont des bâtiments historiques, parfois classés au patrimoine et dont la mise aux normes est parfois impossible. Le service du feu accorde alors une dérogation, mais qui s’accompagne d’un concept de sécurité. «Un escalier en colimaçon qui mène à la tribune ou au clocher d’une église et impossible à transformer sera laissé en l’état mais, en contrepartie, le service du feu autorise un nombre maximum de personnes dans les lieux desservis par ces escaliers», précise Guilaine Antille, responsable du service de communication de l’ECR.
Détection incendie à la cathédrale de Fribourg
Exemple typique de cette situation, la cathédrale Saint-Nicolas de Fribourg, qui n’est évidement pas aux normes anti-incendie. Pour atteindre le sommet de la tour, qui culmine à 74 mètres, les visiteurs doivent emprunter un étroit escalier en colimaçon de 365 marches. «Vu la hauteur, c’est un bâtiment à risque. Il n’y a pas tellement de choix pour évacuer», a relevé sur RTS première Dominique Monney, inspecteur du feu à la Ville de Fribourg.
Des mesures de précaution particulières ont été mises en place. «Un système de détection d’incendie est installé dans la tour, dans la salle du trésor et dans d’autres emplacements. Nous avons aussi fait installer une conduite d’eau, pour que les pompiers puissent brancher des tuyaux à chaque étage.» Le concept a été approuvé par l’Établissement cantonal d’assurance des bâtiments (ECAB). (cath.ch/mp/bh)
Établissements cantonaux d’assurance des bâtiments
Les cantons romands, à l’exception notable du Valais, possèdent tous un établissement cantonal d’assurance des bâtiments (ECA). Ces organes étatiques sont responsables aussi de l’inspection des bâtiments, de la prévention des incendies et, le cas échéant, de la formation des responsables de sécurité communaux et des pompiers. Les églises et bâtiments paroissiaux sont soumis aux mêmes règles que les autres bâtiments qui accueillent du public. Les bases légales en vigueur sont les prescriptions de protection incendie 2015 (PPI) de l’Association des établissements cantonaux d’assurance incendie (AEAI). Les propriétaires, le plus souvent les paroisses et les communes, parfois les cantons (cathédrales) ou des privés (congrégations) restent responsables de la sécurité. Il n’y a généralement pas de contrôles périodiques systématiques. Les éléments mobiliers (bancs, chaires, cloches, orgues, autels, horloges…) doivent être assurés auprès d’un assureur privé.
- Incendies majeurs récents
- Temple du Sentier (VD) (mars 2026): un début d’incendie allumé par une personne déséquilibrée a été maîtrisé par le pasteur lui-même, évitant des dégâts majeurs au bâtiment.
- Église du Sacré-Cœur, Genève (2018): un incendie d’origine criminelle dévastateur a ravagé cet édifice le 19 juillet 2018.
- St-Aubin (FR) (2017): l’église de Saint-Aubin, dans la Broye fribourgeoise, a été victime d’un incendie, dont la cause était probablement technique.
- Église du Lignon, Genève (2014): ce bâtiment a été presque entièrement détruit par le feu suite à une imprudence d’enfants ayant joué avec des bougies.
- Église du Châble (VS) (2011): un incendie criminel détruit l’autel et le podium.
- Série d’incendies dans le canton de Vaud (2001): une vague d’incendies criminels a visé plusieurs églises vaudoises, dont le joyau roman de Saint-Sulpice,
- Temple de Fleurier (1965): le temple réformé a été entièrement détruit par un incendie.







