Birmanie: L’Eglise catholique garde l’espoir d’un changement, malgré le maintien au pouvoir de la junte

Après l’élection d’un ancien général au poste de président

Birmanie, 9 février 2011 (Apic) Le 4 février 2011, la Birmanie s’est dotée d’un président, l’ex-général Thein Sein, prolongeant ainsi le pouvoir totalitaire de la junte sous l’apparence d’une «démocratisation» des institutions. La nouvelle a été accueillie sans surprise par la population, y compris les chrétiens, qui ne s’attendaient pas à un quelconque changement, ni à ce qu’il y ait davantage de justice et de paix dans le pays. La plupart des jeunes pensent que «tout est truqué» et que «ce seront toujours les mêmes qui dirigeront le pays», rapporte Eglises d’Asie (EDA), l’agence des missions étrangères de Paris (MEP).

Connu pour être un fidèle du généralissime Than Swe, à la tête de la junte depuis 1992, Thein Stein a commencé son ascension avec la répression sanglante des mouvements populaires de 1988, puis celle de «la révolution safran», menée par les moines bouddhistes en 2007. Il devient alors premier ministre et porte-parole officiel du pouvoir en place. Le pouvoir absolu de Than Shwe est, de fait, renforcé par l’apparente «démocratisation» des institutions.

Le président, qui doit être un militaire ou un ancien militaire, n’est pas responsable devant le parlement, mais seulement devant le chef des armées, Than Shwe. Cumulant les fonctions de premier ministre et de président, épaulé de deux vice-présidents également proches du généralissime, Thein Stein a annoncé qu’il formerait son gouvernement dans les jours à venir.

D’avantage de liberté religieuse

Selon EDA, le 8 février dernier, Aung San Suu Kyi, icône de l’opposition birmane et empêchée par la junte de se présenter aux élections (1), a réitéré sa demande de maintien des sanctions contre la junte par la communauté internationale. La levée de l’embargo économique avait été proposée par certains pays voisins et partenaires économiques de l’Etat totalitaire, arguant de la mise en route d’un processus démocratique.

Lundi 7 février, par l’intermédiaire de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), la dissidente avait déjà fait connaître le résultat d’une étude démontrant que le boycott des Etats-Unis, de l’Union européenne, du Canada et de l’Australie affectait bien la junte et ses associés économiques, et non, comme on pouvait le craindre, les citoyens de l’Union du Myanmar. Le 8 février, la dissidente a appelé à un maintien des sanctions, mais avec des modifications «dans l’intérêt de la démocratie, des droits de l’Homme et de l’environnement».

Toujours selon EDA, du côté de la communauté chrétienne, peu nombreuse mais active en Birmanie, les responsables des différentes Eglises avaient déjà appelé, à la veille du scrutin de novembre 2010, à des «élections en toute liberté et transparence». Le communiqué, adressé au généralissime Than Shwe, était signé de Mgr John Hsane Hgyi, évêque de Pathein et président de la Conférence des évêques catholiques de Birmanie (CBCM), ainsi que de l’anglicane Dawn Yin Yin Maw, présidente du Conseil protestant des Eglises de Birmanie (MCC).

Une fois encore, en janvier dernier, alors que le nouveau Parlement s’apprêtait à entrer en session pour désigner le nouveau président, l’Eglise catholique a tenu à réaffirmer sa position. Elle a rappelé qu’elle considérait comme «primordial et nécessaire» le fait d’accorder davantage de liberté religieuse en Birmanie. Mgr Charles Bo, archevêque de Rangoun (Yangoon), a relevé les discriminations que subissaient les chrétiens dans certaines régions du pays. Cette mention des persécutions des minorités ethniques de confession chrétienne par l’armée birmane était d’ailleurs confirmée, le 19 janvier 2011, par un rapport de l’ONG Physicians for Human Rights, dénonçant les graves violations des droits de l’Homme par les autorités, dans l’Etat Chin, contre l’ethnie du même nom, à 90 % chrétienne. Selon l’ONG, les violences subies de façon répétées par ces populations (viol, meurtre, torture, travaux forcés, destruction de biens) appellent une enquête des Nations Unies pour crimes contre l’humanité.

Toujours dans ce message de janvier, Mgr Bo faisait également remarquer qu’avant la nationalisation de 1965, «le système éducatif du Myanmar était connu pour son excellence dans toute l’Asie», comme la haute qualité des hôpitaux et des institutions gérées par l’Eglise catholique. Il a rappelé que, depuis cette date, il était indéniable que la situation n’a fait que se dégrader. Le prélat a conclu par l’espoir que la nouvelle Constitution puisse permettre à l’Eglise d’ouvrir et de gérer à nouveau des écoles et universités privées.

Une marionnette

L’ONG Christian Solidarity Worldwide (CSW) n’a pas ménagé ses critiques envers le régime militaire, à l’occasion de l’examen du dossier birman par le Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies à Genève, peu avant la nomination de Thein Stein. Le 1er février 2011, le responsable de CSW pour l’Asie du Sud-Est, Benedict Rogers, a notamment qualifié le nouveau Parlement de «marionnette du régime militaire qui continue à tenir les rênes du pouvoir», ajoutant qu’il «était temps pour les Nations Unies de jouer un rôle actif dans le dialogue entre le régime, le mouvement pro-démocratique d’Aung San Suu Kyi et les minorités ethniques».

A l’heure actuelle, toutes confessions confondues, les chrétiens représentent en Birmanie un peu moins de 5% d’une population bouddhiste à plus de 89%. Malgré tout, l’Eglise, déjà très engagée dans l’action sociale et humanitaire, n’hésite pas à intervenir également dans le domaine des libertés et des droits de l’Homme.

Notes

(1) Aung San Suu Kyi, célèbre dissidente, lauréate du prix Nobel de la paix, privée de liberté pendant près de 20 ans, n’a été libérée qu’une semaine après les élections. En 1990, lors des dernières élections en Birmanie, la LND, parti d’Aung San Suu Kyi, avait remporté les élections, mais le résultat du scrutin avait été aussitôt annulé par la junte. (apic/eda/nd)

9 février 2011 | 09:13
par webmaster@kath.ch
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