Chili: L’Eglise critique durement le système carcéral

Après un incendie mortel dans une prison de Santiago

Santiago, 10 décembre 2010 (Apic) L’Eglise catholique chilienne a durement critiqué la situation déplorable du système pénitentiaire, après la mort le 8 décembre de 81 détenus dans un incendie dans une prison surpeuplée de Santiago.

Au moins 81 prisonniers ont péri et 14 autres ont été gravement blessés dans la nuit de mardi à mercredi dans l’incendie qui a ravagé la tour n°5 du centre pénitentiaire de San Miguel, à Santiago. Trois policiers et un pompier ont aussi été blessés et plus de 200 prisonniers ont dus être évacués. Des matelas incendiés lors d’une bagarre entre détenus aurait déclenché le feu, a révélé la presse locale.

En visite sur les lieux du drame quelques heures plus tard, l’archevêque de Santiago, Mgr Francisco Javier Errazuriz, a déploré la tragédie et durement critiqué la surpopulation et le manque de surveillants dans les prisons. «Nous savions que des situations difficiles se produisaient dans les prisons, mais en arriver à 81 morts, c’est quelque chose de réellement terrible, a déclaré le cardinal à la presse. Et dire que cela fait si longtemps que nous demandons qu’on se préoccupe des conditions de vie dans les prisons.»

«Les prisonniers doivent pouvoir grandir dans leur dignité»

L’archevêque de Santiago a estimé que la réhabilitation des prisonniers est impossible quand les prisons sont surpeuplées. «Nous avons besoin d’un lieu de réhabilitation où les prisonniers puissent grandir dans leur dignité», a-t-il ajouté. Au centre pénitentiaire de San Miguel, 1’900 hommes étaient derrière les barreaux, soit 1’000 de plus que sa capacité. «Il n’est pas acceptable qu’il existe cette surpopulation et que la gendarmerie [chargée de surveiller les prisons au Chili] ait si peu de personnel», a condamné Mgr Errazuriz.

Selon la presse locale, seuls 6 surveillants se trouvaient à l’intérieur de la prison au moment du drame, le reste des 26 fonctionnaires étant postés dans l’enceinte, mais à l’extérieur des bâtiments. Pour les organismes de défense des droits de l’homme, l’incendie mortel de San Miguel met en évidence les conséquences de la surpopulation et l’insalubrité dans les geôles chiliennes. Ainsi, Human Rights Watch a appelé le Chili à modifier substantiellement son système pénitentiaire. Pour sa part, Navi Pillay, haut-commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, a demandé aux autorités chiliennes d’autoriser les organismes de défense des Droits de l’homme à entrer dans leurs prisons pour faire un état des lieux.

En 2008 déjà, la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH), organe autonome de l’Organisation des Etats Américains (OEA), avait tiré la sonnette d’alarme, déplorant «un haut niveau de surpopulation, peu vu dans le reste de la région, des conditions d’insalubrité extrême (qui incluent toilettes précaires ou sans eau potable, alimentation, hygiène et santé), tout comme de très mauvaises infrastructures et de sérieuses déficiences ou absences de véritables programmes de réadaptation sociale» dans les prisons chiliennes.

Ce vendredi, l’identification des corps, pour beaucoup calcinés, se poursuivait, une quarantaine de victimes ayant déjà été formellement identifiées. Avec 318 prisonniers pour 100 000 habitants, selon le Centre d’Investigation et Information Journalistique (CIPER), le Chili est le pays latino-américain qui compte le plus de prisonniers. (apic/str/be)

10 décembre 2010 | 14:45
par webmaster@kath.ch
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