Leur crime: diffusion de propagande religieuse
Arabie Saoudite: Des chrétiens relâchés et expulsés après six mois de prison
Riyad, 5 février 2002 (APIC) Grâce aux pressions internationales, 14 chrétiens étrangers accusés d’avoir diffusé de la propagande religieuse chrétienne en Arabie Saoudite, ont été libérés puis expulsés. Ils avaient été arrêtés par la police religieuse saoudienne entre juillet et septembre derniers à Djeddah.
Les ouvriers immigrés chrétiens étaient dans le collimateur de la police religieuse, connue sous le nom d’Al Mutawaeen ou de Hayat al Amr bil Maaruf wan Nahi an al Munkar (Comité pour la propagation de la vertu et la prévention du vice, CPVPV). Cet organisme redouté a pour mission de veiller au strict respect des règles de conduite établies. Le Comité, en théorie semi-autonome, ?uvre dans la pratique en étroite collaboration avec la police et les gouverneurs des différentes localités.
Ces travailleurs immigrés étaient tous employés dans des entreprises saoudiennes et sept d’entre eux sont des hommes mariés avec enfants. Ils ont été découverts par la police religieuse alors qu’ils se réunissaient dans leurs habitations privées pour des rencontres de prières. Selon l’organisation de défense des chrétiens persécutés «Middle East Concern», après l’amnistie générale concédée en décembre 2001 par le roi pour la fin du Ramadan, les autorités de Riyad avaient promis de libérer les chrétiens à l’occasion de Noël, puis de les expulser du pays.
Entre la négation de la liberté religieuse et les pressions internationales
Après six mois de prison, le calvaire des 14 détenus chrétiens est enfin terminé. 12 d’entre eux ont été expulsés du pays avec leurs familles entre le 20 et le 30 janvier, après avoir été transférés à la prison de Breman, où séjournent les détenus en passe d’être libérés. D’après les organisations humanitaires qui ont suivi l’affaire, les deux derniers (les Ethiopiens Gabayu Tefer et Bahru Mengistu) auraient été également relâchés et expulsés le 2 février. Le décret d’expulsion du pays est une issue trouvée par le gouvernement, pris entre les pressions internationales pour la sauvegarde des droits humains et l’intégrisme islamiste interne qui n’admet pas la liberté religieuse.
Les chrétiens, accusés de propager leur foi (prosélytisme), avaient été arrêtés par la police religieuse saoudienne entre juillet et septembre 2001 à Jeddah. Ils sont de différentes nationalités: indienne (1), érythréenne (3), éthiopienne (8), nigérienne (1) et philippine (1). Leur mésaventure a commencé le 19 juillet 2001 par l’arrestation à Jeddah de l’Indien Prabhu Isaac, qui a travaillé pendant 17 ans en Arabie saoudite. A son domicile, la police religieuse a retrouvé et confisqué des bibles, des livres de chant, et des cassettes audio et vidéo sur des thèmes chrétiens. Son arrestation a conduit à la détention de 13 autres hommes accusés des mêmes crimes.
Selon Christian Solidarity Worldwide (CSW), une association qui défend les chrétiens du monde, les prisonniers n’ont jamais fait l’objet d’accusations officielles. Ils n’ont pas eu le droit de rencontrer des représentants de leurs consulats et ont subi en prison des traitements inhumains. L’organisation Middle East Concern rappelle que, après l’amnistie générale déclarée en décembre 2001 pour la fin du Ramadan par le roi saoudien Fahd, les autorités avaient promis aux chrétiens qu’ils seraient libérés, pour ensuite le nier à l’occasion de Noël. Plus de 12 000 prisonniers avaient retrouvés la liberté grâce à l’amnistie, mais pas les chrétiens.
Du discours à la réalité
Dans un article publié par le site web «Arabia on-line», le prince Talai Ibnu-Abdel-Aziz Al Sa’ud, membre de la famille royale saoudienne, affirme que la présence chrétienne dans la société arabe est «une véritable force, qui garantit la diversité et aide à maintenir une vision équilibrée». Mais la version radicale de l’islam appliquée en Arabie Saoudite interdit les manifestations publiques de culte non musulman. Des responsables saoudiens déclarent publiquement que les chrétiens peuvent se rencontrer en privé pour la prière, mais la police religieuse arrête souvent ceux qui le font. Selon les observateurs, il est piquant de constater qu’il n’y a pas de liberté religieuse dans la «grande mosquée» – c’est ainsi que l’Arabie Saoudite définit son territoire – alors que ce pays est considéré comme l’un des plus fidèles alliés du «monde libre» en lutte contre l’intégrisme religieux. (apic/fides/be)



