Profondes divisions au sein de l’Eglise argentine et chilienne

Argentine: Le président Menem appuie la décision du Vatican dans l’affaire Pinochet

Buenos Aires, 5 mars 1999 (APIC) La démarche vaticane en faveur de l’ex-dictateur Pinochet divise les fidèles et les évêques en Amérique latine. En Argentine le président Carlos Menem n’a pas hésité à prendre partie pour la hiérarchie de l’Eglise, favorable à la démarche du Saint-Siège, contre un autre courant, qui clame son incompréhension.

Alors que le monde est dans l’attente de la décision des Lords britanniques sur «l’avenir» du général chilien, responsable du massacre et de la «disparition» de milliers de personnes durant sa dictature, le président Menem a simultanément manifesté un double désaccord. D’une part aux critiques formulées par plusieurs évêques, dont Mgr Carlos Camus, particulièrement déçus par l’intervention du Saint-Siège, de l’autre aux manifestations des Mères de la «Plaza de Mayo», à Buenos Aires. Une campagne que le président Menem qualifie de défi lancé contre la personne du pape.

«En temps que catholique et président du pays, je tiens à marquer ma solidarité avec le pape face à l’attaque cruelle qui, lamentablement, sort de la bouche d’un compatriote», a déclaré le président Menem, en s’en prenant ainsi à Mgr Camus, évêque de Linares. Ce dernier avait fait part, en termes très vifs, de son désaccord avec le soutien, pour «des raisons humanitaires», accordé par le Vatican à l’ex-dictateur. Le général Pinochet, s’était-il indigné, n’a jamais pensé une minute à l’humanitaire en commettant ses atrocités. Il ne s’est pas davantage repenti, ni n’a jamais manifesté la moindre volonté de demande de pardon.

Le gouvernement argentin s’en prend également aux Mères de la Place de Mai, qui avaient manifesté devant la nonciature et rendu publique une lettre ouverte au pape. Par la voix du ministre des Cultes, il exprime sa «profonde horreur» face aux offenses proférées par les Mères et les Grand-Mères de la Place de Mai. Ces dernières manifestent toujours à Buenos Aires pour réclamer justice pour les enfants, petits-enfants ou époux, assassinés ou «disparus» par les militaires argentins durant la dictature.

Au Chili enfin, le soutien officiel de la Conférence des évêques du pays apporté cette semaine à la démarche vaticane, pourrait bien diviser davantage les fidèles. Et creuser, estime-t-on, un fossé plus large encore entre la population. (apic/aci/rep/pr)

5 mars 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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