Pour tenter de freiner le néolibéralisme, il se lance dans la politique

Argentine: Prêtre catholique élu député?

Buenos Aires, 28 février 2001 (APIC) Luis Farinello, un prêtre catholique de 64 ans, aspire à rompre l’hégémonie des partis traditionnels aux élections législatives d’octobre prochain. Son ascension météorique dans les enquêtes augure que son parti «Pôle Social», fondé il y a deux ans, a de bonnes chances d’y arriver dans la province de Buenos Aires, la plus grande du pays. Il espère freiner le néolibéralisme et le bipartisme.

Luis Farinello, qui se définit comme «un curé tiers-mondiste», administre la paroisse de Lujan Sur, du diocèse de Quilmes. Il alimente chaque jour 3’000 personnes dans 12 cantines de la province de Buenos Aires, et dirige une coopérative de logement, des crèches et même une fabrique de langes. On le crédite déjà de 16 % des intentions de vote. Lors de ce scrutin, on renouvellera une partie de la Chambre des députés et la totalité du sénat. Ce sera la première épreuve électorale du gouvernement de l’Alliance composée de l’Union Civique Radicale et du FREPASO, le parti qui, l’an dernier, a amené Fernando de la Rua à la présidence.

Rompre avec le néolibéralisme

Farinello cherche à attirer les secteurs pauvres de la province de Buenos Aires où, selon les données officielles, 3,46 millions de personnes, sur une population de 12 millions, ne parvient pas à avoir accès aux biens et services fondamentaux.

Le curé de Lujan Sur, barbe blanche et voix traînante, s’est lancé dans la politique avec l’intention de se rompre avec le bipartisme entre le parti au gouvernement (l’Alliance) et le «Parti Justicialiste» (PJ), péroniste. «Les gens du PJ et les gens de l’Alliance sont un même parti politique, ils sont résignés face au même modèle», dit-il. Le modèle auquel il fait allusion est la politique économique néolibérale du président De la Rua, qui, à peine arrivé au pouvoir, a décrété une baisse salariale des employés publics, a ordonné une hausse des impôts et a impulsé une polémique réforme du travail.

Quatre ans pour faire ses preuves

Farinello, qui est bien connu en Argentine depuis que, dans un programme de télévision, il a pleuré devant la souffrance des pauvres, n’en est pas à son coup d’essai en politique. Il aurait pu s’y lancer plus tôt, mais son évêque, Mgr Jorge Novak, légendaire défenseur des droits humains, ne lui a accordé que tout récemment la permission de le faire, et pour quatre ans, le temps de prouver qu’il peut aider effectivement les pauvres en s’engageant dans la politique. Les «Justicialistes» et l’Alliance l’ont approché pour tenter de le présenter sur leurs listes. Peine perdue

Rendez-vous en 2003

Farinello a déjà commencé à se bouger. Il s’est réuni avec des députés indépendants, des syndicalistes et des représentants de la démocratie chrétienne. «Il n’y a pas encore d’accord avec qui que ce soit; nous sommes seulement en train de discuter», assure-t-il. Il admet qu’obtenir un siège au Congrès n’est pas suffisant pour atteindre ses objectifs. «Comme législateur, un seul ne peut légiférer, il n’a pas le pouvoir de changer le modèle économique. On rêve qu’aux élections générales de 2003 nous formions un front avec d’autres qui ne se sont jamais vendus et que nous puissions tous ensemble présenter une alternative valable, crédible, et prendre le pouvoir». (apic/cip/om/pr)

1 mars 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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