Assassinats politiques et «disparitions»: l’inacceptable drame mondial
Amnesty International et sa section Suisse partent en campagne (191093)
Berne, 19octobre(APIC) «Assassinats politiques – ’disparitions’. Sortonsles de l’ombre!». C’est avec ce mot d’ordre que la section suisse d’Amnesty
international (AI) se joint à la campagne mondiale lancée par le Secrétariat international à Londres pour lutter contre la violence meurtrière et la
terreur. Pour ce dernier en effet, les «disparitions» et les assassinats
politiques constituent la plus grave menace pour les droits de l’homme dans
le monde des années 90.
Une conférence de presse donnée mardi à Berne par la section suisse a
marqué le coup d’envoi d’une campagne de sensibilisation. Qui se voudrait
aussi et surtout une campagne d’actes de la part de la communauté internationale qui, trop souvent, ferme les yeux sur les actes répétés d’assassinats politiques et de «disparitions» commandités par de trop nombreux gouvernements en Amérique latine, en Afrique, en Asie et en Europe. Les témoignages entendus mardi à Berne laissent songeur sur des pratiques courantes et toujours impunies. Dans ce sens, la section suisse d’AI demande au
Conseil fédéral de condamner les assassinats politiques et les disparitions en tant que violations particulièrement graves des droits de la personne et de mener une politique de prévention conséquente.
Dans le but d’informer, des groupes d’AI organiseront en Suisse et ailleurs bon nombre d’activités publiques. Les cas évoqués durant la campagne
permettront d’illustrer l’ensemble de la problématique. Chaque mois, diverses manifestations porteront sur différents pays: Colombie, Turquie, Brésil, Philippines, Guatémala et Afrique du Sud. «Il s’agira de mettre en
évidence les personnes «disparues», et de les sortir de l’ombre, afin de
montrer que nous ne les oublions pas. D’exiger également que les gouvernements fassent enfin quelque chose». Ces actions seront liées à des visites
auprès des ambassades concernées par ces crimes.
Avec les Eglises
La journée des droits de l’homme du 10 décembre sera également un moyen
de souligner l’importance du problème. En Suisse, la section d’AI a choisi
de commémorer cette journée avec les Eglises et beaucoup d’autres organisations, au moyen des «Lumières pour les disparus». Dès le mois de mars, un
travail particulier sur la Colombie – malheureusement connue pour ce genre
d’actes. Cette campagne-pays est appelée à se dérouler jusqu’à fin juin 94.
La campagne de la section suisse d’AI est encore assortie de recommandations adressées au Conseil fédéral. La Suisse, estime AI, doit exiger des
explications sur le destin des victimes et insister sur la nécessité de
poursuivre les coupables en justice de la part des pays ou de tels actes
sont commis. La Suisse doit s’assurer sur l’utilisation des armes par les
forces militaires avant d’exporter du matériel. Une attention particulière
doit être accordée à l’exportation des avions «Pilatus». Pour AI, les représentations diplomatiques suisses à l’étranger devraient poursuivre une
politique de reconnaissance et de soutien des organisations non gouvernementales locales. Le Conseil fédéral doit en outre débloquer des crédits en
faveur de l’engagement de la Suisse dans les programmes de réhabilitation
en faveur des victimes de disparitions qui auraient «réapparu», et participer à des programmes préventifs de formation aux droits de l’homme.
La campagne d’AI au niveau mondial: l’espoir déçu du «Nouvel ordre»
«L’espoir que l’on avait de voir les droits de l’homme respectés dans le
cadre du ’Nouvel ordre mondial’ tant annoncé est bel et bien mort, estime
pour sa part le secrétariat de l’Organisation à Londres. Les régimes en
place, qu’ils soient anciens ou nouveaux, et les groupes armés d’opposition
assassinent en pleine rue ou font purement et simplement ’disparaître’
leurs opposants».
Alors que les dictatures militaires et les régimes autoritaires étaient
naguère les principaux coupables de ce genre d’atrocité, on voit aujourd’hui de plus en plus souvent des gouvernements censés respecter les
droits de l’homme faire abattre ou enlever leurs opposants, en application
d’une politique délibérée de répression, constate AI.
La communauté internationale préfère trop souvent fermer les yeux sur
ces violations, déplore AI. Les gouvernements responsables de massacres et
de «disparitions» jouissent de la protection ou du soutien réitéré d’alliés
puissants, plus soucieux de préserver leurs intérêts stratégiques ou économiques que de défendre les droits de l’homme. «Dans les années 80, la France et les Etats-Unis, entre autres pays, ont ainsi armé, entraîné et financé les forces de sécurité tchadienne, alors que celles-ci se livraient au
massacre systématique de milliers de civils sans défense».
Dans son rapport intitulé «Disparitions et assassinats politiques dans
les années 80-90. L’inacceptable», AI montre que partout dans le monde des
gouvernements et des groupes armés d’opposition tuent ou font «disparaître» délibérement des personnes de toutes conditions sociales, n’épargnant
ni les enfants, ni même les nourrissons.
Des pays comme l’Afrique du Sud, le Cambodge, l’ex-Yougoslavie, la Somalie, le Zaïre, l’Irak, le Myanmar (Birmanie), le Pérou, le Togo, le Sri
Lanka, le Tadjikistan, la Turquie sont montrés du doigt, tout comme sont
dénoncés les homicides perpétrés par l’opposition armée en Egypte, en Algérie ou encore au Pérou ou au Soudan.
«Une action internationale réelle et concertée est nécessaire si l’on
veut mettre un terme aux assassinats politiques et aux «disparitions», explique AI. Qui demande à l’ONU de se doter de moyens renforcés pour agir en
cas d’urgence». (apic/pr)



